Il est beaucoup question de feu, de flammes en ce moment dans ma poésie.
Voici à nouveau des mots, sur des images… Sur la chaîne youtube Perle Vallens, toujours :
Inflammable

Je plaide coupable de trafic
d’émotions de troc
de sentiments rackettés
Ce n’est pas vraiment une affaire de fric
c’est pour gagner ma croûte hautement inflammable
c’est pour garder mon regard grand augmenté
de toutes les causes perdues dans lesquelles
on verserait une nouvelle version de kérosène
C’est une histoire de feu dans la main
déployé en braises à chaque fois
pour chaque vie tisonner comme on touille
Je les sauve pour plus tard
pour avoir chaud dans mes hivers durables
C’est pour dire du bien au mal du monde
C’est histoire de setup pour cogner à
toutes les portes et qu’à leur tour
elles prennent feu
©Perle Vallens
L’eau des mots

le cœur fatigué se nourrit du peu
du feu qu’il trouve encore
mangera le soleil dès l’aube
pour se réchauffer
sucera l’eau des mots sans bouger les lèvres
comme une glace qui ne fond pas
qui n’en finit pas de fournir son lot
de possibilités de combinaisons multiples
d’agencement de joies de matières à jouer
je suce te dis-je
jusqu’à l’estompe
©Perle Vallens
De l’éphémère dans Cairns 30
A l’occasion du Printemps des Poètes, Cairns 30 se compose sur le thème de l’éphémère. Le texte écrit à cette occasion l’a été à l’attention des jeunes lecteurs de la revue. Le temps, ça veut dire quoi pour un enfant, un adolescent ?


Caviar 46

Purcell (hommage)

Déchanter Purcell
à l’oreille à la bouche
touche l’air musical
touche l’œil même
son humidité cachée
Lâche Purcell
décompte les armes
sous forme blême
d’enjambements
dans trachée vierge
Purcell avant silence
claque dans ta gorge
son haut vocal
sa chaleur de prodige
son déjà cuit au ventre
Te saisit l’énergie chantée
le sens ancien des tragédies
cette flèche à couleur d’étoile
qui t’atteint exaltée à l’extrême
limite Purcell au cœur
©Perle Vallens
Hommage au compositeur anglais Henry Purcell, en écoute sur soundcloud sur un extrait de The indian queen.
Froid

Fuis, froid
ton humeur broie
ce trop blanc
gel à prise rapide
fige trop vite dans les veines
ce que tu laisses à ma peau
bleuie cassante
crisse comme cristaux
me scie en surface
ton souffle gris
m’atteint avec la précision
de mille lames
m’entame ton vent
vif pure glace agglomère
en congères intérieures
m’entaillent gués à découvert
stalactites ou couteaux
ni ne montent ni
ton baiser n’a rien
d’ardent rien mais mord
dedans ma chair
frigide ce givre
que tu sculptes
dans mes entrailles
tes élégies me laissent
de marbre plaquée
dans mon hiver
mon feu finira bien
par te faire fuir
©Perle Vallens
Ras les yeux

Ciel de marbre
non cérusé
poudreuse du jour
Ciel de cendres
a cassé son gris partout
parsemé des restes de blanc
au dessus de nos têtes
chenues de peupliers
de chênes et d’ifs
le gui des nuages
descendu ras les yeux
en guise de voile
d’hivernage
©Perle Vallens
En butée

le désir n’a pas déserté
il se tient aux portes
rangs serrés de pulsations
disent l’éclat de l’histoire
qui cogne encore
qui bute dans mes entrées
qui percute et fait trébucher
balbutie et titube
jusqu’à l’aube
©Perle Vallens
Stroboscopique

La tête danse sous un chapelet
de cheveux emmêlés
On passe sa main et c’est
comme chercher l’aiguille
dans la botte de nœuds
…
chaque incisive perce
le matin au même endroit
précisément là où il saigne
il faut laisser au jour
le temps de cicatriser
…
la lumière a des pulsions
fait des zooms exprès
des effets stroboscopiques
elle refuse de caresser le sol
à la fin elle se réfugie au ciel
©Perle Vallens