écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Caresse d’écorce

Photo Prax lou – Modèle Perle Vallens

Là, ce qui siffle c’est lui déjà
sous le vent
ce qui craque sous les pas
l’aiguille par le chas de mes poumons
et sa voix ventriloque par mes lèvres
j’aspire le même air
l’arbre sa lente oraison
son appel à renaissance
feuillaison de jeunes pousses
je sais du vert fluo sa force
sa fraîcheur accrochée au limbe foliaire
l’éparse anatomie la vivace au ciel
aère ma boîte crânienne
à ma main accrochée sa chamade
l’écorce bat dans son crissement
éreinté de centenaire
parle son langage muet des pinèdes
que je bois comme le mot premier
adossé à ma bouche
vers lui j’avance et je me colle
ma source ventre à terre
meuble de ses racines longues
leur lente progression souterraine
sinueux d’insectes et de rampants
par ses interstices la sève
la saveur de résine me bascule
à ma tête enfouie la sienne envolée
hisse toujours plus haut
le tronc à la caresse
sa persistance
ma refloraison
Perle Vallens

Modèle photo·photo couleur·poésie

Dendrophile

modèle Perle Vallens – photographe Prax Lou

La main arbustive feuillette le vert
la verticalité tendue vers le ciel
tâte la nudité l’entre-deux du tronc
applique le symbole à la stabilité du torse
en tension le long du pseudo-thorax
exosquelette d’insecte branlant sur ses deux jambes
risque de casse toujours possible
d’une ossature trop frêle
pour être humaine
toujours crisse entre deux pas
toujours écarquillée l’estampe entre les cuisses
et le sourire de l’iliaque se brise
la fossette du coccyx à moins d’un baiser
sincère dans le bas des fesses

Arbre n’est pas pénis si stature phallique
j’attaque sa cime pour faire comme si
entrefeuille ses espaces vierges
sa verdeur déjà d’hier
suce l’écorce à défaut du fruit
pense l’à venir le sortir droit des branches
sa sève en dépose du suint
en caresse des aisselles
son tressaillement de feuilles
panse sa blessure son ouverture
ses fluides pleine gorge à boire
son jus de plein été
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

L’ombrageux

C’est le soir que je préfère, au pied du grand ombrageux à l’extrémité nord du jardin. Là, je regarde les feuilles s’agiter. C’est dans la pénombre qu’elles tremblent. C’est à la saison prochaine qu’elles tomberont.
Dessous, l’écorce est la peau qui m’abrite. Elle craque mais ne fend pas. L’arbre s’érige dans toute sa puissante verticalité en protecteur. Sa vitalité me traverse, sa douceur m’assemble, je me rapproche, je me reconstitue.
Il m’offre les cordages de ses racines, chevillées à mes jambes. Allongée dans l’herbe tiède de la fin d’été, je m’absorbe dans le murmure du feuillage. C’est le chant de la mélancolie et des fanaisons à venir. C’est un sifflement qui étourdit, qui engourdit et apaise. Une lente litanie, une petite brise, un baiser qui se dépose sur mes joues et mon front.
Les feuilles palpitent, elle papillonnent au bout des branches, mains au bout des bras, et c’est dans le prolongement du tronc que dure le souffle. Elles s’étoffent en vert, s’étirent, tracent des mouvements souples qui se perdent dans mon iris et renaissent dans mes veines.
Elles tanguent, elles me guettent. Je les rejoins. D’en bas, j’atteins la cime, si haute, touffue, plénitude affranchie de toute folie humaine. J’étreins leur respiration. J’embrasse qui m’embrasse. J’entre dans leur petit désordre végétal, l’impression fugitive d’être si légère.
Enciellée comme elles, je vole. Elles volent en moi. Elles vivent en moi jusqu’à la fin du jour.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·noir·photo n&b·prose

Marée noire

La nuit est noire, profonde, visqueuse, poisseuse. Elle se répand. Elle s’étend aux arbres nus et grelottant d’hiver. Le noir nappe chaque branche, dégouline sur le tronc jusqu’aux racines qui soulèvent l’asphalte, noire et granuleuse, la joue râpeuse de la rue sous la semelle.
Le noir fond en surface, il oscille, avance dessous. Et nous marchons, le pas incertain, instable, à se laisser envahir, à se laisser engloutir par la chaussée molle, dégoulinante, où s’agglutinent les ombres. Cela suinte sous la botte, cela colle, glue noire qui déborde et nous mord.
Noir le glacis de la nuit tombée à terre. Noir le pétrole épais sur les murs. Noirs les pas qui s’enfoncent dans le latex liquide. Noires nos silhouettes floues, noirs nos cheveux, nos regards.
Voir noir. Voir le noir partout. Marée noire qui monte jusqu’au cou, jusqu’aux yeux. Tout ce noir nous submerge. Tout ce noir noyé dans le noir.
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·prose

Un autre langage

Reçues en partage, les forêts dansent. Au plus sombre, les arbres surgissent et pensent en nous-mêmes. Ils apparaissent en sons, en mots libre dans nos bouches.
Nous jouons avec les esprits. Nous cachons nos langues dans nos mains. Nous inventons un nouveau langage noué dans l’écorce. Nous y gravons de nouveaux sens versés dans l’eau des pluies. Bientôt ils germeront. Alors.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Parasitique

lierre©Perle Vallens

Celui qui n’a pas la conscience tranquille, qui voit bouger d’infimes regrets au bout de ses doigts, une culpabilité tentacules qui se répand. Celui-là ne dort pas la nuit, vit à peine le jour. Intranquille et fébrile dans le mythe des vies sereines.
L’ombre s’emprisonne à la racine, le lierre gagne les entrailles par toutes les porosités de l’âme. Détrempée et molle comme une éponge, elle tressaille, animal pas encore mort.
L’assaillant jamais ne renonce. Le terrain se gagne à coup de dés et de soleil, fertile de tous les instants mal dégrossis, enchevêtrés, triste paresse de ce qui a été vécu et qui subsiste dans l’indolence. L’ombre retient l’être prisonnier, pris dans des stères qui de cabanes sont devenues cages.
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo n&b·prose·Short Edition

Le souffle du printemps

l'enfant et l'arbre©Perle Vallens

(…) Le temps s’écoulait lentement dans cette enfance méditative. Le garçon ne se lassait jamais, il ne quittait rarement son poste de guet agenouillé dans la verdure que pour la hune d’une haute branche de cerisier. D’en haut, tout lui paraissait à la fois plus simple et plus lointain. Il faisait corps avec ce promontoire de bois et de chair qui le faisait sembler plus sylvestre qu’humain (…)
©Perle Vallens

Un texte court à lire sur Short-Edition. Un peu de légèreté poétique par là-bas…

Emotion·photo n&b·poésie

Fumée sans feu

fumée sans feu©Perle Vallens.jpg

Tu dis, il n’y a pas de fumée sans feu, la folie couve sous l’incendie.
L’arbre bien ancré dans la terre ne craint pas les accidents, ne feint pas de crier entre ses branches.
L’usinage du vent garantit un air qui continue de souffler, qui pousse ses traces blanches en parallèle des nuages, en contrepoint des neiges fondues depuis lontemps déjà. L’équipe de contrôle grave chaque sillon sur chaque octave de vapeur qui s’échappe, chaque trace aux murs percés.
Tu vois, l’espoir est une toupie qui tourne, tourne et dessine les contours d’une fumée sans feu.
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo n&b·poésie

Kissing ball

vieux tronc©Perle Vallens.jpg

Il n’y aura pas de gui cette année
Toute la sève a été sucée
Il ne reste plus qu’un tronc à l’écorce trouée
un nichoir grand ouvert
aux heures creuses et à tous les vents
un réconfort pour les oiseaux au bec tendre
un baiser de plume pour passer l’hiver
Il ne reste plus qu’une trace d’ours
ancienne et presque effacée
la morsure d’un nid de frelons
une croix gravée sur le tronc qui s’effrite
Il faudra attendre un printemps de plus
pour laver à grande eau
le temps qui passe
©Perle Vallens