Emotion·photo couleur·poésie·prose

Autoportrait aux roses

autoportrait rosier©Perle Vallens

La fin de la nuit brille de sa dernière ombre, claque noir à pleine vitre. Je me vois dans ses yeux pleins qui portent les premières couleurs de l’aube. Elle m’offre le dessin d’un massif de roses, plissé dans le flou du reflet. Redouter la piqûre et le souffle lointain de l’arbuste. Se garder de toutes ses griffes tenues à distance. Visage absent, deviner les pétales sur mes joues comme autant de doigts de soie.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Se faire des idées

se faire des idées©Perle Vallens

Vous vous faites des idées. Des idées parasites qui s’installent durablement dans vos têtes, qui franchissent parfois le seuil de vos bouches.
Vous vous faites de drôles d’idées. Des idées fausses, des idées noires que personne ne sait blanchir. Il faudrait les laver à grande eau, à gros grain, les passer au karcher, les vouer au silence.
Vous vous faites des idées que personne ne sait dire, que tout le monde tait par peur des représailles. On le sait, les idées sont dangereuses, elles tournent comme des toupies en cercles vicieux, elles creusent des labyrinthes où nous nous perdons.
Vous vous faites des idées qui deviendrons les nôtres par esprit de conquête, elles prendront le pouvoir comme elles prennent la tête.
Je me fais des idées qui ne sont pas les vôtres, je les laisse s’envoler, libres et folles, éprises de liberté. Des idées pour les arbres et les oiseaux. Des idées pour habiller le ciel. Des idées autres pour ouvrir vos idées closes.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Maux d’orage

maux d'orage©Perle Vallens.jpg

Parler ou se taire, au fond cela revient au même. Quand on sait d’avance. Quand les mots tournent depuis longtemps dans les corps inertes. Les mots bougent, se heurtent, se rompent en éclat de lettres. Un envol de voyelle esseulées, en suspens dans les ventres. Plus les mots se disloquent et plus le corps reste immobile, plus le visage se fige.

La pupille ne pétille plus en son nuage vierge jusqu’à ce qu’un mot s’échappe et remonte à la surface de l’oeil. Cèdent les digues qui ne tenaient plus qu’à l’espace du ciel. Le mot quitte sa berge et noie tout de ses eaux d’orage.
©Perle Vallens

Emotion·hommage à·photo n&b·poésie

Dispense de vanité

dispense vanité©Perle Vallens.jpg
Autoportrait, hommage à Francesca Woodman

Sission consommée entre le corps et l’esprit
la fissure s’agrandit la fuite les effets sordides
l’absurde et impossible fardeau
les festivités dont on se fout

La seule voie possible
serait une sensibilité suspendue
pensée du moindre mal
une complaisance envers soi
taire les passions tristes
faire absolument silence

La sphère tourne toujours
son centre s’enfonce
en profondeur
c’est pour dissimuler
un reste de pudeur
©Perle Vallens

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Blanc d’oeil

blanc d'oeil ©Perle Vallens

Qui de ma bouche ou de mes yeux parle le mieux ? Qui se tait, qui ne ment jamais, qui voit en songe toutes les vérités ? Qui salue, d’un battement de cils, tous les avènements, les épiphanies et les perditions ?
Mes yeux baillent pour mieux te laisser entrevoir, s’entrouvrent pour mieux te laisser pénétrer. Ils brillent et brûlent dans ton regard, ils prient tes mains et prêchent le blanc pour mieux voir le noir.
Mes yeux grands ouverts, c’est une double vue de vies multiples où lire l’essentiel. En aveugle.
©Perle Vallens