Ce nouveau vidéo-poème est un clin d’oeil indirect à David Lynch, ainsi qu’à Maggie Nelson (son amour pour la couleur bleu, son livre Bleuets).
Étiquette : bleu
Image numérique

cet instant où je deviens image numérique
ou bien animal
dont l’œil clignote bleu
la paroi lisse de l’écran est une cage
derrière laquelle on s’ébroue
on se trémousse
sans fausse pudeur
je m’évertue à être autre chose
que cette IA dont tout le monde parle
ayant séparé le corps de ma boîte crânienne
l’appli est une mer gelée
une scène publique où chacun se perd
ou s’enchaîne
et la hache s’est fondue dans le poème
que tu ne dis pas
Perle Vallens
Brins d’elle

Elle, brindilles sous la peau
s’éparpillent à peine
leur bruissement sous le vent
avant leur envol
leur souffle avant le feu
l’embrasement et les fièvres
avant la flambée douce
La peau se fait herbe ou brûlot
©Perle Vallens
Insonorisé

L’insouciance par dépit, douleur par désœuvrement, la brûlure au feu du jour qui rejoint la nuit sans crier gare. Le sommeil se délave, bleuit, fade eau de vaisselle qui lessive chaque nuit une vie tempérée, noyée dans ses contours flous.
Un peu de ciel se cueille dans la paume, se boit à grand coup de bleu entre les paupières. Vitrifié l’envol des nuages entre deux versants de vert, grandeur nature. L’étreinte ment et l’absence louvoie, feint d embrasser, persiste dans son inconsistance, l’hérésie d’un baiser chaste.
©Perle Vallens
Grand bleu

D’un plongeon
le ciel dévore le paysage
il mange tout
jusqu’aux nuages
Le beige cède la place
au bleu roi
grand auréolé
de ses sacrements
Le pur et l’impur
envers du décor
dessine la trace
de nos tourments
dans le sens inverse
des aiguilles solaires
L’azur sans tâches
à perte de vue
nous dispute
la chasse au gris
qui nous ronge
La pêche de trop d’or
fait cligner l’oeil
au firmament
la douleur est trop vive
sous la paupière
©Perle Vallens
Peau bleue

Blafarde pensée
au sceau du lit
loin des remous
des draps froissés
Chasser l’ennui
l’indolente paresse
Aux deux seins se vouer
au ventre qui se creuse
à la force de la chair
la marelle des corps
parcourue à cloche pieds
sous une toile tarentule
un voile de doigts tendus
sur le bleu de la peau
©Perle Vallens
poème publié initialement sur Short Edition