C’est l’histoire d’un poème qui disparaît dans une bouche, mots mâchés, enfermés sous la langue. L’inspiration de cette disparition progressive, c’est la série/chaîne DDT (Disparition du Texte). C’est un vidéo-poème en ligne sur la chaîne youtube Perle Vallens.
Étiquette : bouche
Jamais les mots

jamais les mots séchés
sur le fil des conversations
jamais les mots ne franchissent vraiment
jamais ne s’acharnent plus loin que nécessaire
se voient dépareillés déshabillés pleine désolation
jamais ne naviguent au-delà préfèrent se noyer
toujours tremblent leur balbutiement
trempent comme soupe en bouche
pâtes-lettres d’étrille entre quatre dents
trop sans chanter ou dire leur fait
feraient tache dans leur acharnement
feraient jaser sur le très rouge de la langue
flamme nue en plongée dans les yeux
les mots s’y noient en jet de pierre
ricochent encore leur bruit de gorge
la trancheront bien proprement dans le sens du désir
si le tranchant des phrases bien aiguisé
si leur chant court à la corde
vocalisent d’été baisent dévoreraient pleines lèvres
puis épuisés mordus décimés si disette
si amnésie minute avant amoncellement
si excision déforme l’angle d’attaque
défibrille le tissu laryngé sa densité basse
qui saigne déjà d’encre abondance
traces possibles de flux inversé
qu’on appellerait romance
monceaux de mots s’entassent atones
essoufflés leurs spasmes à peine passage frayé
décharge personnelle de mots-détritus
espacement insuffisant pour protéger
l’avancée valse par valse ou déjouer la danse
à moins d’un prodige
©Perle Vallens
Nuage à la bouche

substance baudruche
gonflables à mesure qu’ils se chargent
de leur poids du jour
les nuages cherchent leur expansion
laissent échapper leur blancheur
pourraient franchir les frontières du ciel
trouvent une bouche plus grande qu’eux
qui les aspire comme rafale
les avale pour de faux
bulles de chewing-gum barbapapa
neige impalpable en suspension
poudreuse mangée entre les lèvres
©Perle Vallens
Nom à la bouche

Confluence de tes mots à mes lèvres
s’ouvrent sur ton nom
mordu de sa belle mort
entaillé d’un signe d’un silence
mouillé de la pluie de ma bouche
qui le baigne
qui brasse et malaxe
mâche et le saigne
achève dans ses jus
impossible à digérer
ton nom ma plus chère bactérie
prise en amitié colonisée
désigne ma faiblesse
mon désir
petite créature
multirésistante
©Perle Vallens
la possibilité d’une bouche

conciliabule inconciliable
symphonie inachevée
suite sans repos sans reprise
quelle réponse donner au doute
dans l’échancrure du matin demeurent
trois mots en suspens mal placés
mal assis dans le repli carré
d’une pulsion
la possibilité d’une bouche
©Perle Vallens
Bouche ouverte

Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens
Des poux dans la bouche

Les arracheurs de dents te cherchent des poux dans la bouche
Ta langue ne tourne pas assez à leur goût
Elle penche trop en dehors
Elle pêche des mots qui peuvent convenir
mais il n’y a que des inconvénients à parler
avec des cailloux et des molaires creuses
c’est bien trop massif, ça prend toute la place
Tu as un dentier sur mesure
pour remplacer les canines tombées
pour corser la saveur des phrases
Tu ne ménages pas ta morsure
On ment, on triche et c’est comme sucer une chair fraîche
La pastille de la peau blanche
détachée et plaquée au palais
On a les addictions qu’on peut
On a des douleurs dentaires à trop mâcher
par intérim
Il manque toujours un trou pour cacher
les déchets
Pas de préchi-précha
la bouche vaut mieux que ça
Et la peau chante mieux que les mots
©Perle Vallens
Cache-cache

Ma bouche trop occupée
pour cacher quoi que ce soit
qui s’étouffe dans la gorge
des archives de la chair
le cerveau est de mèche
qui mâche chaque mot
déjà appris
©Perle Vallens
Un cri

Soudain, il y a eu un cri
Soudain, il y a eu un couteau
lancé en l’air
La cicatrice coupe le sourire en deux
Demi bouches à baiser quand même
©Perle Vallens
Touche, lumière

La nuit se mâche et puis s’échappe
Un prêche ou un coup de hache
La lumière touche le seuil et lave la bouche
©Perle Vallens