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Bouche, ouvre-toi

Ta bouche n’est pas vraiment une bouche. C’est à la fois une porte, une serrure et une clé. C’est une entrée et une sortie. C’est une route secondaire. C’est une aire d’autoroute.
C’est une paire de ciseaux. Ce qui coupe et ce qui est coupé. Ce qui mord et ce qui est mordu. Ce qui mâche, ce qui est mâché. C’est une arme à double tranchant.
Ta bouche, c’est un radiateur pour les hivers trop longs. C’est la braise et la cheminée, la chaleur du corps, le feu qui circule à l’intérieur, qui couve dans la trachée, qui tranche le froid au couteau.
La morsure de l’air se travaille mâchoire dégagée, ouverte sur l’inconnu. L’incision fait couler ce qui reste de vie entre les dents. Desserre, ouvre, dévore. Les bouches entravées ne sont bonnes qu’au silence.
©Perle Vallens

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Chasse-spleen

Grenade ©Perle Vallens

L’écorce écrasée entre les doigts éclate, coule, libère son jus. A cœur, crevé, éperdu de billes écarlates que la langue tendue récolte. La peau scintille, grain à grain piquée, à vif. L’effusion, le velours et le lin, la lie d’un autre temps qu’une aigreur surprend. La glue colle au palais, un repli sous la lèvre battante. Le sang attendu se répand, trace son stigmate, la plaie saillante rompue de la chair. Une blessure, sans gravité.
©Perle Vallens