atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·poésie

Ciel d’argile

sans agitation les nuages ne montrent aucun signe d’animosité
sont d’immobiles argiles souples légères d’une clarté ambiguë
flottent en nappes déshabitées dans ce premier bain du jour
d’un gris de poussière pâli et confus comme brouillé
rien ne suinte rien ne perle ne déteint dans le silence
rien ne menace la contention du ciel en suspens
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Trouée de ciel

Le ciel baisse sa vue devenue courte
passe sous la corniche 
s’éloigne et se rapproche
Le ciel joue avec nos nerfs et nos yeux
chasseur cherche sa proie loin des nuages 
chatouille la terre à l’orée d’un crépuscule qui tarde
Trouée grande comme le sas du jour 
le ciel y pénètre par la plus petite ouverture 
pour l’élargir 
remplace sa houle par plus grande tempête 
par furie de vent
Cette violence du ciel ravage sans grand bruit 
juste un souffle pour obscurcir 
pour s’affranchir du jour 
froid et dur tombé entre nos mains 
Le ciel blesse sans en avoir conscience 
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo n&b·poésie·prose

Séquences ciel

Au bord du chemin roule quelque chose qui ressemble à une pierre.
Elle pourrait s’envoler si on soufflait dessus. Alors je souffle dessus.
Le vent m’aide dans mon entreprise.
Rafale ou saccade, la chamade du cœur de la pierre, à brides rabattues.
Blanc, le ciel bat son unisson.

Regarder le mont gardien de ses neiges jadis.
Leur fonte en rigoles, en rivières.
Une berceuse à tremper entre deux rochers avant l’heure de la sieste.
S’approcher des cimes, troisième à gauche derrière l’écran total des sapins.
Ici, étang à poissons, ciel à rapaces, le pressentiment d’un orage à venir dans la zèbrure du jour.

C’était au bord du lac, bientôt la nuit, bientôt le soleil fondu au fond.
Gesticulent les lézards, leur dernier soubresaut.
Tout se cache, chassé par l’unique coup de balai de l’obscurité.
La poussière sous le tapis d’herbes.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Des ombres

A une certaine heure du jour 
où les ombres ont grandi trop vite
où le ciel s’est aminci jusqu’à la maigreur 
le risque est de renoncer 
d’abandonner sa patience
à même le sol
et délaisser le souffle

L’ombre, cette étreinte de la lumière
qui n’en finit pas de finir 
©Perle Vallens

Emotion·poésie·prose

Bleu comme un mot

mot ciel©Perle Vallens

Je rêve d’une vie avec vue sur le ciel mais toujours mes yeux traînent par terre.
De crainte de les perdre, je les range dans ma poche. Je pourrais les mettre dans ma bouche, là où dorment les mots. Peut-être qu’ils y croiseraient le mot ciel. Il est bien plus petit, moins bleu mais cela peut sans doute suffire au début, le mot ciel. C’est peut-être un tremplin ou une échelle. Peut-être que le mot ciel est un mot-clé pour ouvrir le ciel.
©Perle Vallens

Emotion·Non classé·photo couleur·poésie·prose

Insonorisé

gorge de nuit©Perle Vallens

L’insouciance par dépit, douleur par désœuvrement, la brûlure au feu du jour qui rejoint la nuit sans crier gare. Le sommeil se délave, bleuit, fade eau de vaisselle qui lessive chaque nuit une vie tempérée, noyée dans ses contours flous.
Un peu de ciel se cueille dans la paume, se boit à grand coup de bleu entre les paupières. Vitrifié l’envol des nuages entre deux versants de vert, grandeur nature. L’étreinte ment et l’absence louvoie, feint d embrasser, persiste dans son inconsistance, l’hérésie d’un baiser chaste.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Grand bleu

grand bleu©Perle Vallens

D’un plongeon
le ciel dévore le paysage
il mange tout
jusqu’aux nuages

Le beige cède la place
au bleu roi
grand auréolé
de ses sacrements

Le pur et l’impur
envers du décor
dessine la trace
de nos tourments
dans le sens inverse
des aiguilles solaires

L’azur sans tâches
à perte de vue
nous dispute
la chasse au gris
qui nous ronge

La pêche de trop d’or
fait cligner l’oeil
au firmament
la douleur est trop vive
sous la paupière
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Lavis

La détrempe du ciel délavé s’emplit de suies douces, se peint de dessins incertains que l’âme décalque, ton sur ton. Humeur de soir striée de noirs sillons qui s’épanchent en ruisseaux.
L’esprit soupire, essuie sa propre essence d’une pluie sans fin. Il ne sait plus s’assoupir, reste en éveil devant tant d’obscurs essaims, le bourdonnement incessant de tous les fantômes, l’ombre des vivants et le souffle des morts.
©Perle Vallens