corps·photo couleur·poésie

coeur nu

je suis la ligne du cœur
le pli en plein milieu
les pointillés détissés
je suis la découpe des liens
la cicatrice la signature
ce nom qui tiraille
une salaison au soufre
brûle jusqu’aux lèvres
si on le prononce
je suis le poids intercostal
la pointe nue de l’organe
qui a mangé la langue
qui a mâché la chair
qui l’a digérée jusqu’à sclérose
jusqu’à disparition progressive
je suis la face externe
du ventricule le viscère noir
fraîchement vidé de ses épines
génétiquement programmé
pour battre encore
je suis ce muscle débraillé
impudique dévasté
j’écarquille ce roc fendu
j’écarte chaque pan d’hier
tiré pour l’en couvrir
j’arrache chaque grillage des côtes
qui l’empêcherait de tenir seul droit
ce jour où il reposera dans ma main
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

A la truelle

son hypnotique de la truelle
racle lisse terrasse la matière
caresse palisse dans sa lenteur
ce geste sans impatience
tapote rompant le rythme et le charme
tasse essuie reprend l’envoûtement
le voile de ciment à ceinturer l’existence
presse lessive insiste sur la fissure
ce qui s’effrite parsemé de doutes
ce qui se regarde en face
toutes cicatrices confondues
ce qui ricoche d’emblèmes pierreux
de roches qui s’écroulent
sans linteau pour retenir la scission
ce qui ronge le cœur même
au bord de l’épuisement
la fission brutale du noyau
l’éclatement total l’éparpillement fluide
ce qui se répare le trou béant dans la structure
le rafistolage des pistes brouillées
attraction de couches successives
espacements expulsions extrasystoles
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Au ventre

Au ventre il y a la peur, il y a le cœur aussi, et l’estomac qui se contracte à chaque fois, à cause de la peur, à cause du cœur.
Au ventre il y a l’oeil le plus grand qui digère la peur, qui digère le cœur.
Au ventre il y a la bouche la plus grande qui avale tout du cœur, de peur de recracher.
La peur se détache, elle se décroche de la mâchoire, elle tombe loin du ventre, loin de la bouche. La peur se chasse, s’expulse, s’étourdit. La peur se respire à plein poumon. Elle s’applaudit à son tour. Elle s’offre un répit.
Avant il y avait un ventre tout tremblant de secousses, maintenant il y a un ventre lisse, un ventre sans valeur, sans défaut, sans haussement de sourcil.
Le ventre souffle lui aussi. La peur, ce sera pour un autre jour.
©Perle Vallens