photo couleur·poésie

Bestioles

exposition transitoire du vivant
là où bestioles visibles à l’œil nu
leurs organes au stéthoscope
vague air humain sous l’animal
ou belles plantes manucurées
vivaces avant la floraison

la saison prochaine échappe
à tout contrôle des saillies
un taux de natalité
oscillant autour de zéro
un drôle de z et deux o
une façon compulsive d’avaler ses proies
de se dévorer les entrailles

on raye la valeur ajoutée du nom
se remplace par cet énième cryptonyme 
un pseudo augmenté de sa chair 
pleine viande dans ses parenthèses
on sait ce désir qui s’agite en surface
qui fermente par énigme ou par miracle
forme ses bulles à seule fin d’explosion

aucun capteur ne suffit à mesurer 
la précision aigue ce vers quoi se tend
l’arc du corps
aucun calibre n’atteint aussi bien sa cible
que l’intensité de l’intention
la chasse est déjà ouverte
©Perle Vallens

Embarquement poétique/Jeudi des mots·Erotisme·lecture·poésie·prose·vidéo·You Tube

Nouaison dans le Jeudi des mots/Printemps des poètes

Nouaison est le poème choisi par Ghyslaine Elbe à l’occasion du dernier Jeudi des mots, (groupe de lecture de poésie emmené par Marilyne Bertoncini), une édition intitulée Un jeudi nommé désir, le thème de ce Printemps des poètes étant précisément le désir. Ici désir amoureux et charnel.

Nouaison

Il y a des bras plus grands que des bras.
Et des jambes plus longues qui arpentent les tailles, les torses, toute l’étendue de nous. Tenus, légers, que soulève l’impatience, frissonnants de l’épuisement à venir. 

Il y a les langues qui s’entortillent, se pressent à se dire des secrets, à saillir la joie. Les langues qui enchantent la musique de nos souffles. 
Nos bouches s’emmêlent, se mordent, se mâchent chaque fois pour garder longtemps le goût en mémoire. 

Il y a nos corps aux jointures qui se touchent, les flancs fouettés par la fougue, la houle que nous formons. Et la chair gonflée de notre chaleur, brusquement montée en crue. 

Il y a nos mains qui prennent la mesure des frénésies. Les doigts fendent et dansent, dans les fêlures, assignés aux carnages et à la lumière. 

Il y a ce qui claque hors sol, ce qui respire dans l’étreinte, ce qui se renouvelle, ce qui nous appelle, encore. Là où tout est comblé, où aucun vide entre nos corps encastrés. 
Nouaison, non prisonnière, je ne nie pas, je m’érige grandie de toi, amplifiée, augmentée par le désir. 
©Perle Vallens

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Elle dit (2)

Elle dit. Et c’est encore un soubresaut qui la saisit, une trace laissée dans le silence. Elle ne sait si le son l’emporte, si la voix lui redessine une veine. Le sang lui bat au fond du ventre. C’est là que le mot qui s’est échappé trouve refuge. C’est là qu’il geint longtemps après. C’est là qu’il joint toutes les terminaisons nerveuses. C’est là que se rejoue le désir. Elle se Iaisse fléchir. Encore un peu.
©Perle Vallens

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Barbaque

barbaque©Perle Vallens

Tourner sa viande dans sa cage comme pendu à son unique pan de vie, le billot qui maintient la chair droite, debout. Un flottement au crochet, l’échine branle d’avant en arrière. La tête oscille, dodeline, acquiesce, l’oeil cligne et pend la paupière dans l’attente d’un soubresaut, d’une giclée dans les veines. Une morsure dans la chair, un spasme vital. Dent pour dent, entamé avant extinction totale. Le corps balance dans l’attente du désir cannibale.
©Perle Vallens

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Toi

Toi ©Perle Vallens

Toi, tu voyages avec moi, je t’emmène partout sans valise, tu n’es pas encombrant, juste une voix et une image.
Toi, je te mange chaque jour, je t’ai dans l’estomac. Parfois je te digère mal. La faute aux coups de poing. Quand le cœur redescend dans le ventre. Un trop plein de trop vide.
Toi, je sais bien que tu existes pour de vrai quelque part, mais je t’invente tous les jours et je me raconte des histoires, je te glisse dans des livres.
Toi, si cela ne suffisait pas, il faudrait te recréer, jour après jour, un dessin d’homme au bout de mes doigts.
Tu vis dans ma tête, tu ne le savais pas ?
©Perle Vallens

Erotisme·poésie

L’heure du repas

dali
A table avec Salvador Dalí

Sauver ma peau
mon corps sur un plateau

Qu’un fou arrache
l’ennui
à coup de hache
Qu’il mâche la chair nue
une magie sous les doigts
des frissons plein la bouche
Qu’il me mange
sans ménagement
Qu’il me réchauffe
entre ses dents
Qu’il lèche les plaies
salées de vertige
Qu’il chasse mes élégies
ronge la mélancolie
Elle ne fera pas de vieux os

Vous en reprendrez bien un morceau ?
©Perle Vallens