Résonances est une revue éditée par Jacques Flament qui se propose de marier textes et photos. L’impossibilité d’un cri est une micro-nouvelle écrite sur la base de cette photographie de Patrick Devresse et qui évoque tout ce que le corps nous dit, ce qu’il tait et surtout ce qu’il exprime de douleur.
Spectacle des “dix mots” le vendredi 20 mars 2020 à 19h30 à l’auberge de jeunesse Yves Robert. Entrée libre
Universlam est fier de vous présenter la troupe « Dis-moi DIX mondes » qui interprétera un florilège des textes écrits dans le cadre de « Dis moi DIX mots au fil de l’eau», une initiative du ministère de la Culture et de la Communication.
Le jeu, c’est la poésie…orale. Les slameuses et les slameurs se lâchent dans la langue de Molière. Jeux de mots, flots de syllabes, voix douces, tremblantes, fortes et saccadées. Ou quand de simples citoyens font de l’oralité le terreau de leurs élans artistiques.
Le spectacle est suivi par une scène ouverte. Grignotages sur place.
Auberge de Jeunesse HI Paris Yves Robert
20, esplanade Nathalie Sarraute (en face du 43 rue Pajol) 75018 Paris
Tel : 01 40 38 87 97
Après l’oralité, la version papier ! Choisir de partir a été retenu parmi les textes reçus et sera édité aux côtés de 39 autres slams.
Hors concours, hors thème mais avec les 10 mots quand même, voici en audio, Douleur cash :
J’attends. Il n’y a plus rien à attendre et pourtant, j’attends. Peut-être que cela s’appelle l’espoir ? Un message dans le noir, une lumière dans les mots, une surbrillance dans ma nuit.
J’attends l’esprit tapageur qui ravage ma raison.
J’attends les saisons, celles des couleurs que l’on pose sur la joue, à la bordure des lèvres, à l’orée du cœur, à l’ombre d’une mémoire, repeinte, toute fraîche. Le pinceau coule encore…
J’attends une résurrection qui ne vient pas. Je n’attends même pas une rédemption. Juste un sursaut, une pulsation, une vraie. Pas juste un battement sourd et biologique, pas juste cet organe qui pompe le sang par habitude.
J’attends que l’on m’ôte le poids de l’absence. Cela pèse trop lourd sur le cœur. Il faudrait le faire dégorger pour le rendre plus léger, ponctionner le trop plein, distiller ce qui reste de vie.
Est-ce que je l’attends encore, celui qui tambourine à l’intérieur, caisse de résonance, vibration du corps, amplificateur de voix ?
Il faudrait arracher l’épiderme et écarter les chairs sous les côtes, inciser sans flancher, extraire et raccourcir, panser et recoudre. A quoi bon attendre, il est là, en moi, niché à cœur, bien caché, tapi sous la peau. Il surgit sans crier gare, toute griffes dehors, à l’assaut de mon cou dénoué, qu’il étrangle de sanglots.
J’attends qu’il sorte ou qu’il reste, qu’il disparaisse ou qu’il adhère, qu’il me parle ou qu’il se taise, qu’il me tue ou qu’il me vive. Est-ce que je sais ce que j’attends ?
J’attends l’abandon de la douleur.
J’attends le silence dans les veines et la neige sous la paupière.
J’attends l’hiver, la glace qui anesthésie les chairs, qui cautérise les plaies, qui emprisonne la peine, qui empêche les fleuves de couler.
J’attends le désert, sans un souffle, sans un heurt. J’attends le ciel nu, sans étoiles, sans feu, sans rêve, sans âme. J’attends juste une trêve.