corps·Erotisme·photo n&b

La plume et la peau (fable)

Sur un lit de fer douillettement molletonné, s’étalait une ode à la sensualité…
Courbes rondes, opulence d’albâtre, cheveux de jais et front bombé,
La belle alanguie bercée par une comptine coquine, rêvassait.
La peau fine sur le poignet, translucide, appelait la bouche
et la fesse moelleuse, divers ustensiles prompts à allunir et aptes à l’attendrir.
Longue, droite, la penne entra en scène dans une main de vilain.
Flatteuse, elle promena sur la peau lisse, ses douceurs et caresses, avec tendresse.
La peau frissonna de plaisir, se chair-de-poula et s’offrit davantage.
Mouvante sur le muscle qui ondulait, elle faisait des vagues pour aller à la rencontre de la plume, sa nouvelle amie.
Or la plume ne l’entendait pas de cette oreille, elle fit volte face, et glissa cul pointu sur l’épiderme, fortement désireuse de marquer territoire et d’apposer sceau. Mais gare à la signature, qu’une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus.
Quelques traces dessinèrent, fendues, sur la soie d’un lobe laiteux, puis la plume disparut dans le sillon, parcourant les méandres liquides dont elle se barbouilla copieusement. Plongeant dans cet encrier improvisé, elle émergea, barbes ébouriffées et hampe humide, sourire large, pour venir graver quelques signes sur la peau marquée. Traînée fluide et rosée imprimant à la peau frétillante quelques lettres en forme de devinette, la plume allait bon train au creux de ces reins. Quand elle eut couvert toute la peau de lignes et de cyprine, la plume resta interdite, dans la main du vilain, dont elle vint alors taquiner le vit… Et la peau se retrouva toute chose, un peu perdue sans son amie.
Mieux vaut une main à plume, qu’un manque de peau.
©Perle Vallens

Cette fable est une vieillerie écrite en 2016, exhumée à l’occasion de cette édition de l’agenda ironique, avec le thème de la fable proposé par Max-Louis.

écriture·Emotion·Erotisme·poésie

Upstairs

Demain n’est pas hier. Tu changes d’envie comme de chemise. Je préfère tes chemises.
J’ai l’esprit d’escalier. Je m’arrête à chaque marche. Trop longtemps, silencieuse.
Parfois, tu préfères une langue bien pendue, tendue vers tes envies qui changent. Une langue sauce piquante. Du piment sous la chemise pour que le cœur voit rouge.
J’ai l’esprit d’escalier, je n’ai pas le goût des ascenseurs, ils mènent trop souvent à l’échafaud, mots hachés gros, guillotinés entre les dents.
Ma langue reste cachée entre deux marches, muette dans l’attente de ta prochaine chemise.
©Perle Vallens 

Emotion·Erotisme·poésie

Berceuse

Ce serait une musique douce, un embarquement soyeux sur une rive de drap blanc, un chemin pavé de lumineuses incertitudes, un voyage immobile, un aller avec retour entre deux vibrations. Peut-être en serais-je le guide. Je prendrais ton esprit comme on prend par la main, pour t’emmener ailleurs, plus loin, là où tu offrirais ton abandon, tes rêves, tes peurs, tous tes doutes, tes désirs. Je m’en emparerais pour m’en draper, me vêtir de leur chaleur, à l’ombre de tes mots, au creux de tes silences. Je m’en inonderais le corps et m’en abreuverais. Alors, je pourrais m’échouer sur ton ventre, contre ton flanc, entre tes cuisses. J’y boirais ton odeur, celle délicate, ourlée, veloutée, celle plus sauvage, assassine, douce-amère. Les yeux fermés, bercés sous la paupière, crevés par la lumière de ce chant muet, ton souffle.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Plat du jour

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La nuque s’étale, s’allonge, s’emballe de chevelure. Magie du feu, l’encolure brunie au gel de la brûlure. Au sol, une phalange soulève un linge, s’aventure, prolonge plus loin l’assaut, tranche le souffle en deux, assaille les chairs. La vie se brouille en double vue, tracé de près en lignes courbes. Un giratoire cafouille dans les plis. Doigts piégés bougent à peine, assagis. La raison chancelle et s’affole entre deux arpèges, fléchit et se morcelle, émiettée dans les effluves tièdes d’une narration bien connue, d’un chant familier.
Chuter en silence, s’alléger du fardeau de l’absence, manger seule un festin anonyme.
©Perle Vallens

Erotisme

Femme-grenouille

Huile2 PV

Elle entrebâille puis écarquille les cuisses, une équerre tout sourire qui s’ouvre d’un coup. Elle se penche pliée sur elle même et observe la trace qui s’agrandit et qui prend le contrôle de son regard. Cela fait une tâche moitié humide moitié opaque sur la culotte. Le truc qui faisait dire « c’est sale » quand elle était petite. Elle lape dans le vide et sa langue claque.
Elle mouille, cela coule d’elle à flocons. Si elle quitte sa culotte, cela glissera à la lisière, en haut des cuisses, c’est sûr !
Elle se saoule de cette souillure. Elle ne dessille pas. Les yeux grands ouverts hypnotisés ne se lassent pas et boivent ce liquide qui s’épand d’elle.
Elle ne touche pas encore l’ourlet des lèvres abreuvées qui se voilent d’un masque blanchi, un peu gluant. Des filaments s’étirent dans l’ouverture qui glapit. Ils explosent en gouttelettes sur les parois satinées, un peu grasses et lisses, un entrefilet dans les pages béantes qui racontent le vertige.
Elle s’ouvre juste, écarte le tissu de la culotte, poisse ses doigts, les agite dans le clapotis de l’onde, dans la moiteur tiède qui gagne du terrain. Sa pupille s’accroche au piton moelleux de sa vulve, ne lâche pas sa prise, pâle surprise rugissant rouge à vu d’œil. En visée, les abords glissants, sans ventouse.
Elle s’enfle et se travaille en profondeur, batracien ambitieux qui barbote dans l’esquisse saumâtre sans bouée de sauvetage, pour atteindre les grands fonds. La barrière de corail s’épanouit sous le plongeon, sous la poussée sauvage d’une véritable équipée. Quatre doigts, pas moins ! Et le pouce appuie sur la perle qui s’empourpre.
Un imaginaire marin plisse les yeux reptiliens, fouisse dans l’antre amphibien. L’univers se rapetisse dans ce centre première classe, un firmament annonciateur de milliers d’étoiles. Une seule obsession, suivre cette sente, toute luisante de déraison consumée, de cette lente montée des eaux qui finit par l’éclabousser jusqu’au poignet dans un silence bercé de chuintements.
©Perle Vallens

Actualité

Un an, beaucoup de dents

marilyn-gateau-anniversaire

Attrape-rêves a déjà un an. Quelques 130 billets, érotisme et surtout poésie, après que l’écriture soit devenue publique, il y a un environ an et demi.
Merci aux revues littéraires, photographes, éditeurs avec  lesquels il y a eu quelques premières collaborations. D’autres sont à venir…
Merci surtout aux lecteurs, fidèles ou occasionnels qui passent par ici.

Actualité·écriture·collectif·Emotion·Erotisme·La Musardine·recueil

Osez 20 histoires de candaulisme – La Musardine

osez candaulisme

Vient de paraître chez La Musardine le nouveau recueil de nouvelles de la collection « Osez 20 histoires » sur le thème du candaulisme. J’y signe notamment un récit narré par une femme qui assiste aux ébats de son amant avec une autre femme. Comment ? Pourquoi ? Avec quelles émotions ? Quelle intensité vécue ? C’est ce que l’on découvrira dans Les larmes de Candaule. Le recueil fraîchement édité est disponible ici.
En voici un extrait :

« L’attente fait monter le désir d’habitude mais je me sens fébrile, les mains moites, anxieuse comme rarement. Je gigote sur ma chaise, croise une jambe, puis l’autre, je tire sur mes bas vers le haut, ma jupe vers le bas. La porte s’ouvre enfin. Ils entrent tous deux, ils me scrutent. Lui à peine, il fait dévier son regard vers autre chose, le lit, le sol, le mur, en m’évitant soigneusement. Il semble plus gêné que moi. Elle en revanche, m’observe avec attention et une pointe de désir s’allume dans sa pupille. La situation l’excite ! Elle s’approche avec un chaloupé étudié, une langueur de chatte. Elle m’embrasse. Le velouté de ses lèvres sur ma joue et la douceur de sa voix calment la tempête qui gronde dans mes veines.
– Bonjour, merci de m’avoir invitée et de m’avoir fait confiance. J’espère que tu auras autant de plaisir que nous.
(…) »

Erotisme·poésie

L’heure du repas

dali
A table avec Salvador Dalí

Sauver ma peau
mon corps sur un plateau

Qu’un fou arrache
l’ennui
à coup de hache
Qu’il mâche la chair nue
une magie sous les doigts
des frissons plein la bouche
Qu’il me mange
sans ménagement
Qu’il me réchauffe
entre ses dents
Qu’il lèche les plaies
salées de vertige
Qu’il chasse mes élégies
ronge la mélancolie
Elle ne fera pas de vieux os

Vous en reprendrez bien un morceau ?
©Perle Vallens