atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·prose

Plein feu

Il aura fallu une seule allumette pour que ça flambe.
Il y a eu d’abord de petites flammes fébriles, hésitantes, blanches et bleutées, un peu timides encore.
Il y a eu ensuite des poussées vives vers le haut, flamboyantes, d’un jaune qui jubile.
Alors, la danse a pu commencer, sinueuse, ondoyante.
J’ai vu les flammes lécher le bois et le ronger, le noircir jusqu’à disparition de la souche. Je les ai vues rougir d’un seul coup, puissantes dans les broussailles, et prendre de l’ampleur. Je les ai vues s’élever, dilatées, dépliées, déroulées de tout leur long. Je les ai respirées, toutes leurs odeurs envoûtantes de pin brûlé, de cade, de résine, d’herbes et de branches d’olivier. Je les ai entendu gémir sous l’écorce qui craque.
Maintenant, elles dansent, elles ondulent dans le mitan du foyer, mobiles, emmêlées et je les suis du regard, je les devine, je les précède. Elles persistent et s’insinuent, leurs circonvolutions dans celles de mon cerveau, longues volutes qui m’embrument, m’enfument, où je me consume à petit feu, rampant, insidieux. Il me pénètre par les pores, un écarlate qui me cuit, me picore la peau, boucanée, fumigée.
Je me laisse envahir par la chaleur, je me laisse engourdir mais paralysie partielle, quelques chose dans la moelle et dans l’oeil, le scintillement continu me retient à demi, à la moitié de mon coma. Avant sifflement sourd, avant sursaut de minuscules explosions végétales, avant effondrement brutal d’une branche dévorée par le feu, avant crépitement aigu d’étincelles qui s’envolent dans l’ombre.
Alors, je m’éveille de ma somnolence, je saisis un insaisissable, je perçois quelque chose de nouveau, d’inouï dans les flammes, leur sourire, leur souffle, leur énergie. Elles m’auréolent et me figent dans le dessin de leurs élancements, une montée au ciel, une grâce. La lumière pure, brute m’entoure, me couvre toute. Elle me submerge, me baigne d’une ondée d’or, d’un incendie. Elle me brûle et je brille. Peut-être une épiphanie ou une fièvre.
Au milieu du brasier, j’ai regardé longuement les flammes et elles m’ont rougi les yeux.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Fumée sans feu

fumée sans feu©Perle Vallens.jpg

Tu dis, il n’y a pas de fumée sans feu, la folie couve sous l’incendie.
L’arbre bien ancré dans la terre ne craint pas les accidents, ne feint pas de crier entre ses branches.
L’usinage du vent garantit un air qui continue de souffler, qui pousse ses traces blanches en parallèle des nuages, en contrepoint des neiges fondues depuis lontemps déjà. L’équipe de contrôle grave chaque sillon sur chaque octave de vapeur qui s’échappe, chaque trace aux murs percés.
Tu vois, l’espoir est une toupie qui tourne, tourne et dessine les contours d’une fumée sans feu.
©Perle Vallens