Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 5 par 5 (6 – par 6)

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On pourrait se cacher que cela ne changerait rien. On pourrait fermer les yeux que l’on verrait encore à travers les paupières tous les cris du monde. On verrait à travers les autres yeux. On verrait en aveugle volontaire tout ce que l’on refusait de voir.
Et on croirait peut-être encore que le ciel existe.
©Perle Vallens

27
Le silence possède son propre son
sa mélodie inaudible entre les mots
une petite musique qui ne s’entend
que dans l’espace clos
l’écart sous la peau
©Perle Vallens

28
Je laisserais flotter mes cheveux à la surface des choses, j’irai d’errances en errances, je passerai du temps sans comprendre, sans voir,
sans attendre le possible, sans savoir ce qui est souhaitable, sans prendre la mesure du temps.
©Perle Vallens

29
Il est temps de mettre des chaussures aux jours, des chaussures de marche pour randonner plus loin, pour rallonger les heures.
Sinon, nus pieds, perd son temps en errances, en instants précis qui ont perdu leur sens.
Pas de chaussures de sport, non. Les jours sont assez sportifs comme ça, ils courent déjà bien assez vite. Ils doivent réapprendre la lenteur. On pourrait leur bander les yeux, ils ralentiraient. Ils chercheraient leur chemin. Ils hésiteraient entre la droite et la gauche.
Ils avanceraient tout doucement sur la route.
©Perle Vallens

30
De mauvaise humeur, de mauvaise augure
le visage s’ombre et se dépeint
sur l’envers de la carte
Aucun indice ne laisse supposer
quand le sourire reviendra
©Perle Vallens

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Ce qui se cache sous le lit
le monstre tapi dans ce qui reste
d’enfance se montre parfois
entre les interstices du parquet
C’est là qu’il vient encore ramper
à certaines heures de la nuit
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Noyade autorisée

Elle fait la planche, elle fait la morte, elle fait le compte de ses années. Tout cela n’est pas si long, tout cela est peut-être un jeu.

Elle fait une offrande. Elle s’offrirait sans contrepartie pour un peu d’amour et de considération. Elle s’offrirait bien des vacances, très loin de toute réalité.

L’eau accueille ses cheveux. C’est déjà une offrande. C’est déjà un gage de bonne conduite. Les alevins votent pour. Les poissons se méfient. Ils restent toujours à l’écart, ils restent à l’ombre des rochers, ils restent en sous-marin, en sous-main des basses besognes.

Elle flotte en surface, ses cheveux coulent. Un jour, elle les coupera pour de bon.

Elle souffle par la bouche et le nez, elle souffre comme les animaux. Elle s’offre encore un peu tant qu’il fait jour.

Elle se baigne dans l’eau sale. L’eau de vaisselle, l’eau délavée, l’eau vaste qui sait la contient toute, l’eau qui sait l’emprisonner.

Un jour, elle se laissera baigner, laver de tout. Un jour, elle se noiera entièrement dans la vie.
©Perle Vallens