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Un autre langage

Reçues en partage, les forêts dansent. Au plus sombre, les arbres surgissent et pensent en nous-mêmes. Ils apparaissent en sons, en mots libre dans nos bouches.
Nous jouons avec les esprits. Nous cachons nos langues dans nos mains. Nous inventons un nouveau langage noué dans l’écorce. Nous y gravons de nouveaux sens versés dans l’eau des pluies. Bientôt ils germeront. Alors.
©Perle Vallens

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Forêt

forêt©Perle Vallens

La forêt est un corps. Un corps nu et rêche, rustique et fort, solide comme la souche première qui le fit forêt.
La forêt est un être autonome et autosuffisant.
La forêt n’a besoin de personne pour vivre.

Tous les animaux restent sur place, drive-in et déjeuner sur le pouce.
La forêt recycle elle-même ses déchets. Toute branche morte tombe, tout animal mort finira par s’enterrer de lui-même.
Tout ce qui grouille et fouille la terre retourne à la terre.

Tous les arbres poussent dans le même sens en se nourrissant de la même chose. De là, du bas, de l’intérieur du sol vient la vie. Et du ciel aussi. C’est pourquoi tous les arbres regardent dans la même direction. Ils attendent l’eau qui étanchera leur soif. C’est pourquoi ils s’étirent et poussent si haut. Il se dit qu’ils dansent avant l’orage, agitant leurs feuillages. C’est la danse de la pluie.
©Perle Vallens

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Retour à l’état sauvage

état sauvage©Perle Vallens

Il est possible d’exiger un droit au retrait d’identité pour un délai indéterminé. Peut-être se disperser un peu, se diluer en transparence de soi. Taire ce que l’on est, tarir les sources du nom et de l’origine.
Eventrer les cages d’escalier, en écarter les barreaux. Se retrancher volontaire au fond des forêts.
Seule persistance d’une trace de vie, un souffle anonyme.
Aucune disparition signalée.
©Perle Vallens

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Bradycardie

bradycardie©Perle Vallens

De ce côté-ci de l’image, il n’y a rien à voir. Quelque chose est caché dans le paysage.
La page se trouble d’une impression immobile, quelque chose de tapi que l’on sent bouger.
Il y a quelque chose que le vent fait glisser à la lisière des nuages.
Il y a quelque chose de couché qui respire dans l’ombre des arbres.
Juste un souffle, qui te prend par surprise. Respirer la lente pulsation de la forêt, au plus secret de l’image. Prendre le pouls lent de la vie.
©Perle Vallens

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Forêt noire

Forêt ©Perle Vallens

Là-bas, la poussière saupoudre chaque densité invisible nourrie au sang des saisons. L’ombre se dépose en présure, en brisure de sel sur le caillé du ciel. La forêt s’est refermée à force d’attendre la lente floraison.
Derrière les volets de feuillage, les bouches errent, lèvres à vide, cherchent des baisers noirs dans les bras des arbres.
©Perle Vallens