Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 5 par 5 (6 – par 6)

26
On pourrait se cacher que cela ne changerait rien. On pourrait fermer les yeux que l’on verrait encore à travers les paupières tous les cris du monde. On verrait à travers les autres yeux. On verrait en aveugle volontaire tout ce que l’on refusait de voir.
Et on croirait peut-être encore que le ciel existe.
©Perle Vallens

27
Le silence possède son propre son
sa mélodie inaudible entre les mots
une petite musique qui ne s’entend
que dans l’espace clos
l’écart sous la peau
©Perle Vallens

28
Je laisserais flotter mes cheveux à la surface des choses, j’irai d’errances en errances, je passerai du temps sans comprendre, sans voir,
sans attendre le possible, sans savoir ce qui est souhaitable, sans prendre la mesure du temps.
©Perle Vallens

29
Il est temps de mettre des chaussures aux jours, des chaussures de marche pour randonner plus loin, pour rallonger les heures.
Sinon, nus pieds, perd son temps en errances, en instants précis qui ont perdu leur sens.
Pas de chaussures de sport, non. Les jours sont assez sportifs comme ça, ils courent déjà bien assez vite. Ils doivent réapprendre la lenteur. On pourrait leur bander les yeux, ils ralentiraient. Ils chercheraient leur chemin. Ils hésiteraient entre la droite et la gauche.
Ils avanceraient tout doucement sur la route.
©Perle Vallens

30
De mauvaise humeur, de mauvaise augure
le visage s’ombre et se dépeint
sur l’envers de la carte
Aucun indice ne laisse supposer
quand le sourire reviendra
©Perle Vallens

31
Ce qui se cache sous le lit
le monstre tapi dans ce qui reste
d’enfance se montre parfois
entre les interstices du parquet
C’est là qu’il vient encore ramper
à certaines heures de la nuit
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2020, 5 par 5 (4)

16
Au fuseau horaire
il est toi moins trop d’heures
La fusée ne décolle toujours pas
©Perle Vallens

17
Ce qui fait les tempêtes
ce qui nous défait
ce qui nous ensevelit
ce qui s’annonce
pour demain
©Perle Vallens

18
Au fond de mon verre
il y a un reste de mirage
une sorte de piège
une vision vivace
Déjà hameçonnée
je disperse le visage
dans l’alcool
©Perle Vallens

19
La nuit m’est alcool
Tout étourdi par les étoiles
l’assoiffé boit à grand traits
La nuit me désaltère
©Perle Vallens

20
Quelque part couleur corail
Quelque part fruit cru
Quelque part bruits sauvages
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2020, 5 par 5 (3)

11
Pugnacité toujours
dans le mouvant de la vie
le poing levé contre
le flot répugnant
l’enfer quotidien
l’insupportable néant
©Perle Vallens

12
Terrain glissant
la passation des mots
de la langue à la langue
comme nourriture
comme salive
comme source de soi
©Perle Vallens

13
Les signes se dessinent sur le sable
dansent en ondes immobiles
creusent des sillons sur la dune
Toi, tu ne sais les déchiffrer
Tu attends la pluie
©Perle Vallens

14
Fracas des armures
les casques et les matraques
tout contre les carcasses
tout contre les cadavres
©Perle Vallens

15
Tout au bout du monde
à l’avant poste à la bordure
à l’approche des dernières bornes
au point de la route qui dévie
aller
©Perle Vallens

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Inktober 2020, 5 par 5 (2)

rongeur, en accord avec le poème 6

6 Cerveau rongeur
grignote jusqu’à l’os
la moelle des jours
un à un baignés
dans le jus des souvenirs
©Perle Vallens

7 La panse chic
sous la chemise
en soupente bien meublée
du corps rachitique
vieilli avant l’âge
©Perle Vallens

8 Aiguisées pour la chair
crue de son meilleur sang
les dents cisaillent
en pointillés leur chemin
à suivre
©Perle Vallens

9 Au lancer de couteau
tout devoir à la paume
traverser la trouée
des mots et fendre
la page blanche
©Perle Vallens

10 Lanceur d’alertes
ou de faux espoirs
il perce la bouche
de trois longs traits
sans couleur
©Perle Vallens

corps·Emotion·Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2020, 5 par 5

Inktober est un rendez-vous initialement graphique, à l’encre (ink) que je détourne en mots cette année, une série de poèmes courts. Chaque jour correspond à un mot imposé, dont voici la liste. Par facilité, je les proposerai 5 par 5. Illustré, au moins pour l’un d’eux. Ici, une peau encrée sur dos humain, en référence au dernier poème.

1 Crever l’oeil du poisson
pour mieux voir sous l’écaille
l’argent bat plus vite
dans la lumière
©Perle Vallens

2 La flamme affleure la main
la mèche consumée, la cire coule
à même la peau
La douleur n’est rien mais la lumière
©Perle Vallens

3 Le cœur prend trop de place
Il vole toute l’énergie du corps
Volumineux, (trop) volubile, volcanique
une seule veine le fait exploser
©Perle Vallens

4 La radio a décelé une anomalie
rien de grave, juste un organe trop gros
On pense à ouvrir la cage thoracique
Qui sait si un oiseau n’y est pas enfermé ?
©Perle Vallens

5 Lame de fond ravage
le fond de l’âme
aucun drame, aucune peau
graphée, à peine un épigramme
©Perle Vallens