montage photo·Non classé·photo couleur·poésie

Jamais les mots

jamais les mots séchés
sur le fil des conversations
jamais les mots ne franchissent vraiment
jamais ne s’acharnent plus loin que nécessaire
se voient dépareillés déshabillés pleine désolation
jamais ne naviguent au-delà préfèrent se noyer
toujours tremblent leur balbutiement
trempent comme soupe en bouche
pâtes-lettres d’étrille entre quatre dents
trop sans chanter ou dire leur fait
feraient tache dans leur acharnement
feraient jaser sur le très rouge de la langue
flamme nue en plongée dans les yeux
les mots s’y noient en jet de pierre
ricochent encore leur bruit de gorge
la trancheront bien proprement dans le sens du désir
si le tranchant des phrases bien aiguisé
si leur chant court à la corde
vocalisent d’été baisent dévoreraient pleines lèvres
puis épuisés mordus décimés si disette
si amnésie minute avant amoncellement
si excision déforme l’angle d’attaque
défibrille le tissu laryngé sa densité basse
qui saigne déjà d’encre abondance
traces possibles de flux inversé
qu’on appellerait romance
monceaux de mots s’entassent atones
essoufflés leurs spasmes à peine passage frayé
décharge personnelle de mots-détritus
espacement insuffisant pour protéger
l’avancée valse par valse ou déjouer la danse
à moins d’un prodige
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Bouche ouverte

Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens

écriture·Emotion·photo couleur·poésie·prose

Mots à la bouche

les mots la bouche©Perle Vallens

Je vole des mots, je les mets dans ma bouche, je les mange encore mous, je les mâche, je les étire, je les allonge. Je les garde longtemps, je goûte le jus qui jaillit de leur son, j’agace les consonnes au passage, j’avale les voyelles, tant pis pour elles.
Les mots, je les torture un peu pour qu’ils parlent. Je les triture et les trifouille. Je les enroule au bout de la langue, je les fourre en boule, je les funambule sur le fil de salive. Ils se font mousser, ils font des bulles.
Les mots, je les moule dans mes mains, je les modèle à ma façon, je les mélange, je les empile. J’en fais une tour, une forteresse, des murs pour me protéger de l’extérieur. Je les tricote en écharpe, en laine âge pur, en agneau vierge pour soigner ma gorge.
Les mots, je les remue avant qu’ils ne meurent.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Soulever les mots

les mots la langue©Perle Vallens

Tu soulèves les mots, c’est ton activité favorite. C’est un exercice quotidien pour muscler la langue.
Tu soulèves les mots doucement au début parce que les premiers mots sont lourds. Tu soulèves les mots comme des pierres pour regarder dessous. Tu cherches la mousse, l’humus accroché aux mots. L’humidité, c’est signe que les mots sont vivants.
Tu ajoutes ta propre salive pour mouiller les mots. Ça glisse mieux ainsi. Les mots mouillés s’entendent mieux. Fraîchement humectés de sens, les mots se comprennent mieux. On se comprend mieux. Si je mets mes mots sur ma langue directement dans ta bouche, peut-être que toi aussi tu comprendras mieux.
La salive, c’est le soleil pour faire pousser les mots. Celui qui dit est toujours un peu jardinier. C’est facile de faire germer des mots sur le bout de sa langue, c’est donné à tout le monde. Mais il faut aussi prendre le temps de voir grandir le mot avant de l’expulser, avant de l’offrir. Un bouquet de mots ne s’improvise pas il faut y mettre les formes, la ponctuation, les respirer, connaître le chant du mot nouveau-né.
Tu soulèves les mots avec la langue, tu les galbes, tu les glisses, tu les sens. Ils sont volumineux, vivaces, tu en veux plein la bouche, persistants, tenaces. Pour un peu, tu les garderais pour toi.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Tenir sa langue

langue©Perle Vallens

La langue rongée, mordue dedans la bouche vide sur la longue rangée des mots. La langue coupée du reste du monde.
La langue tombée si bas qu’elle ne dit plus rien. La langue court les rues désertes, le désarroi des îles.
La langue s’échoue loin des repères connus, se cogne contre des paroles convenues.
La langue salive à l’idée de l’autre, depuis longtemps l’oublié, l’esprit vague qui hante la gorge.
La langue captive rend ses armes de feu.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo couleur·poésie

Chasse-spleen

Grenade ©Perle Vallens

L’écorce écrasée entre les doigts éclate, coule, libère son jus. A cœur, crevé, éperdu de billes écarlates que la langue tendue récolte. La peau scintille, grain à grain piquée, à vif. L’effusion, le velours et le lin, la lie d’un autre temps qu’une aigreur surprend. La glue colle au palais, un repli sous la lèvre battante. Le sang attendu se répand, trace son stigmate, la plaie saillante rompue de la chair. Une blessure, sans gravité.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Boire le noir

Chants d’aparté, mélodie labile, la mémoire nous fuit. L’inféconde sève défile floue sous nos yeux aveuglés. Elle glisse molle et vile le long de la colonne temporelle. Elle coule entre nos doigts, nous échappe, tâche nos mains de son empreinte ébréchée, l’encre craquelée de souvenirs oubliés.
Je vois dans les paumes noircies les traits de son visage sans savoir si je lis l’avenir ou le passé.
A lécher les cicatrices, la langue se perd en conjectures.
©Perle Vallens 

écriture·Emotion·Erotisme·poésie

Upstairs

Demain n’est pas hier. Tu changes d’envie comme de chemise. Je préfère tes chemises.
J’ai l’esprit d’escalier. Je m’arrête à chaque marche. Trop longtemps, silencieuse.
Parfois, tu préfères une langue bien pendue, tendue vers tes envies qui changent. Une langue sauce piquante. Du piment sous la chemise pour que le cœur voit rouge.
J’ai l’esprit d’escalier, je n’ai pas le goût des ascenseurs, ils mènent trop souvent à l’échafaud, mots hachés gros, guillotinés entre les dents.
Ma langue reste cachée entre deux marches, muette dans l’attente de ta prochaine chemise.
©Perle Vallens 

Erotisme

Ceci est son corps

Marie de Béthanie
Marie de Béthanie (auteur inconnu)

Génuflexion. Corps ployé au sien en offrande, mes cheveux balaient doucement ses jambes. Ma langue se pose dans les boucles douces qui ornent sa peau. Elle trace en sillons les chemins innombrables sur ce paysage toujours renouvelé, des circonvolutions, des abords et des détours, des voies inconnues et des sentiers battus à coup de caresses de bouche.
J’aime me perdre sur ces chemins, longuement, langue pendante, yeux mi-clos. Ma carte du tendre en ses vallons ennivrants et ses percées poivrées, ses immenses routes arpentées tout le long de lui. Je les parcours de haut en bas, d’est en ouest, du dessus au dedans, je cherche toutes les pistes de cette jungle désirée, sans machette pour mieux me fourvoyer. J’enjambe et je frôle, j’allonge mon ardeur, j’étale ma chaleur, je ne suis plus qu’une bouche sur son corps.
Je déborde de toutes mes eaux, de mon désir irrépressible. Ma bouche n’est que salive, mon sexe n’est que cyprine. Veines volcaniques, éruptive sous la peau, la passion condensée goutte à gouttes sur mon parchemin vivant, vibrant. J’écris psaumes et poèmes d’une même encre, fluide et mousseuse parfois, j’humidifie encore et j’exhale, je déplisse et je polie, je lustre et je lisse le derme vernissé. Je deviens Marie-Madeleine, lavant de l’eau de ma bouche les pieds de l’homme sacré, avec toute la dévotion de la servante aimante. Je ferme les yeux, communiante recevant le corps de son amant, qui fond et soupire entre mes lèvres.
©Perle Vallens

comptine·Erotisme

Loup y es-tu ?

Manara chanel
Manara pour Chanel

Promenons-nous dans l’émoi
Quand le loup est aux abois
Si le loup y était, il me mangerait !

Loup y es-tu ? Mordras-tu ?
D’un coup de patte sur ma peau
Laisseras-tu tes traces d’ego ?
M’allumeras-tu ? M’embraseras-tu ?

Promenons-nous dans l’émoi
En attendant qu’il y soit
Si le loup y était, il me baiserait  !

Loup y es-tu ? Me prendras-tu ?
Le corps et l’âme, au lit tendus
D’un coup de langue, loup y es-tu ?
D’un coup de croc, m’aimeras-tu ?
Un peu ?
©Perle Vallens