atelier Laura Vazquez·écriture·noir·photo n&b·prose

Marée noire

La nuit est noire, profonde, visqueuse, poisseuse. Elle se répand. Elle s’étend aux arbres nus et grelottant d’hiver. Le noir nappe chaque branche, dégouline sur le tronc jusqu’aux racines qui soulèvent l’asphalte, noire et granuleuse, la joue râpeuse de la rue sous la semelle.
Le noir fond en surface, il oscille, avance dessous. Et nous marchons, le pas incertain, instable, à se laisser envahir, à se laisser engloutir par la chaussée molle, dégoulinante, où s’agglutinent les ombres. Cela suinte sous la botte, cela colle, glue noire qui déborde et nous mord.
Noir le glacis de la nuit tombée à terre. Noir le pétrole épais sur les murs. Noirs les pas qui s’enfoncent dans le latex liquide. Noires nos silhouettes floues, noirs nos cheveux, nos regards.
Voir noir. Voir le noir partout. Marée noire qui monte jusqu’au cou, jusqu’aux yeux. Tout ce noir nous submerge. Tout ce noir noyé dans le noir.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Bouche ouverte

bouche ouverte©Perle Vallens

Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens