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Vidéo-poèmes en ligne : comment Youtube influence la création poétique, mémoire d’Agathe Rollet

Dans le mémoire d’Agathe Rollet (master 2 – Université d’Avignon), qu’on peut lire ici, plusieurs corpus poétique qui prennent la forme de vidéo et une diffusion sur youtube ont été étudiés, voire disséqués. Me concernant elle a opté pour les ciné-poèmes, et notamment celui d’après in the mood for love de de Wong Kar-Wai, visible sur youtube ici.

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Précipice

précipice©Perle Vallens

Elle souffle sur l’objectif pour faire vibrer les ondes, pour faire bouger l’image, pour la faire revivre. Temps de pose bien trop long pour que l’image reste nette. Temps de pose bien trop court pour y voir quelque chose d’intéressant.
Elle pénétrerait la lumière. Coup de boutoirs inaltérés lancés à grande vitesse. Bombardement avant obturation de la paupière. Basse lumière avant shot d’explosion. 1/8000 avant impact à même la peau. Les protons se bousculent dans le vestibule de la mémoire. Les particules gesticulent à mi chemin entre le rêve, le souvenir et la réalité. Finalement le flou est tout indiqué. Finalement, la pluie laisse des traces. Finalement, la carapace glisse plus bas à mesure que tu t’avances plus près.
Tout le monde le sait, au bord du précipice, la vue est plus belle.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Boire le noir

Chants d’aparté, mélodie labile, la mémoire nous fuit. L’inféconde sève défile floue sous nos yeux aveuglés. Elle glisse molle et vile le long de la colonne temporelle. Elle coule entre nos doigts, nous échappe, tâche nos mains de son empreinte ébréchée, l’encre craquelée de souvenirs oubliés.
Je vois dans les paumes noircies les traits de son visage sans savoir si je lis l’avenir ou le passé.
A lécher les cicatrices, la langue se perd en conjectures.
©Perle Vallens 

Emotion·photo n&b·poésie

Grand tain

Au miroir assailli d’ombres, leurs rides se reflètent sur mon visage qui s’efface déjà.
Les impuretés se déposent comme un sable, dessillent les yeux, envahissent la bouche. L’épaisseur tapisse le palais d’humeurs aigres et tièdes.
Rien ne sert de cracher, la saleté incruste chaque grain, chaque sédiment. L’architecture des sentiments s’ouvrage dans le creuset d’une terre brute que les ans ont chargé de couches. Elles ont fini par sécher. Elles ont couvert les brèches. Elles se sont collées, entassées sur les souvenirs. Elles sont si épaisses qu’elles les empêche de respirer.
Voit-on encore clair dans le tain du silence étamé par le temps ?
©Perle Vallens