
jamais les mots séchés
sur le fil des conversations
jamais les mots ne franchissent vraiment
jamais ne s’acharnent plus loin que nécessaire
se voient dépareillés déshabillés pleine désolation
jamais ne naviguent au-delà préfèrent se noyer
toujours tremblent leur balbutiement
trempent comme soupe en bouche
pâtes-lettres d’étrille entre quatre dents
trop sans chanter ou dire leur fait
feraient tache dans leur acharnement
feraient jaser sur le très rouge de la langue
flamme nue en plongée dans les yeux
les mots s’y noient en jet de pierre
ricochent encore leur bruit de gorge
la trancheront bien proprement dans le sens du désir
si le tranchant des phrases bien aiguisé
si leur chant court à la corde
vocalisent d’été baisent dévoreraient pleines lèvres
puis épuisés mordus décimés si disette
si amnésie minute avant amoncellement
si excision déforme l’angle d’attaque
défibrille le tissu laryngé sa densité basse
qui saigne déjà d’encre abondance
traces possibles de flux inversé
qu’on appellerait romance
monceaux de mots s’entassent atones
essoufflés leurs spasmes à peine passage frayé
décharge personnelle de mots-détritus
espacement insuffisant pour protéger
l’avancée valse par valse ou déjouer la danse
à moins d’un prodige
©Perle Vallens



