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Ouija

Les mots planent au dessus de la tête 
entre deux lacunes qui semblent des silences 
en profitent pour voler des impressions erronées
impriment des souvenirs qui s’affichent sur le côté pile  
se déroulent en couleur leur défilé à fendre le cerveau 
Au début agréables à regarder
puis deviennent une imposture insupportable
un genre de plagiat ce déjà vu qui gêne
qui dérange le présupposé du passé
ce qu’on pensait bien rangé
A un moment ils deviennent une menace  
une suffocation brusque
une façon de prononcer ouija
sans fantôme pour remonter jusqu’à la bouche
©Perle Vallens

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Des mots sous les pas



Faire quelque chose ou ne rien faire qui ne serait de l’ordre du sacrifice
d’une résistance au doute s’offrir sa propre résilience
juste le silence pour réparer trois pièces essentielles
trois éléments en remerciement d’une gestation
le geste où manque le combustible
ce qu’il y a d’impossible à comprendre
le besoin de consolation ou l’endormissement
s’engourdir dans la froidure des choses
dans la clarté nouvelle le bruit dans la neige
le craquement des mots sous les pas
©Perle Vallens

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Les mots ne disent mot

cheveux sur la langue©Perle Vallens
Prendre de la distance c’est mettre une distance entre soi et le reste.
La distance se parcourt de façon inversée. Elle éloigne. Elle ne se place pas au hasard. Elle mesure ses pas de retrait, à rebours, à rebrousse poil. Attention au recul, à la sécheresse désertique du sol que l’on quitte lorsque l’on se quitte soi-même.
On risque le glissement de terrain. Sémantique assoiffée de toujours plus de mots. Le réconfort de ses vieux jours. Les mots incompris, les mots incompatibles, les mots insalubres, les mots infaillibles.
Les mots qui dérapent et glissent en dehors de leur sens. Les mots qu’on ramasse à la petite cuillère, bouillie de petits mots dans la bouche. Bouillon de culture que l’on peine à recracher.
Mots indécis qui tournent innombrables dans la bouche. Mots incapables d’en sortir.
Mots encrassés qu’écrasent des mauvaises habitudes. Mauvais sort jeté aux premiers mots, premiers nés de la langue, les mots maudits.
Mots cheveu sur la soupe. Mots cheveu sur la langue. Mots qui encombrent, mots qui se cabrent entre les lèvres, chevaux indomptés, mes mots d’amour pires qu’une pochade. Mots pochette surprise expulsés un à un, langue de belle mère. Mots confettis jusque dans mon lit, mots confisqués à la bouche cousue.
Mots doux à la petite semaine. Mots minuscules à peine audibles, mots adipeux qui en ont gros. Mots dissidents, mots décidés, mots placides au quant à soi bien placé à l’extérieur.
Mais, quand les mots consentent, ils ne disent mot.
©Perle Vallens

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Mots à la bouche

les mots la bouche©Perle Vallens

Je vole des mots, je les mets dans ma bouche, je les mange encore mous, je les mâche, je les étire, je les allonge. Je les garde longtemps, je goûte le jus qui jaillit de leur son, j’agace les consonnes au passage, j’avale les voyelles, tant pis pour elles.
Les mots, je les torture un peu pour qu’ils parlent. Je les triture et les trifouille. Je les enroule au bout de la langue, je les fourre en boule, je les funambule sur le fil de salive. Ils se font mousser, ils font des bulles.
Les mots, je les moule dans mes mains, je les modèle à ma façon, je les mélange, je les empile. J’en fais une tour, une forteresse, des murs pour me protéger de l’extérieur. Je les tricote en écharpe, en laine âge pur, en agneau vierge pour soigner ma gorge.
Les mots, je les remue avant qu’ils ne meurent.
©Perle Vallens

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Soulever les mots

les mots la langue©Perle Vallens

Tu soulèves les mots, c’est ton activité favorite. C’est un exercice quotidien pour muscler la langue.
Tu soulèves les mots doucement au début parce que les premiers mots sont lourds. Tu soulèves les mots comme des pierres pour regarder dessous. Tu cherches la mousse, l’humus accroché aux mots. L’humidité, c’est signe que les mots sont vivants.
Tu ajoutes ta propre salive pour mouiller les mots. Ça glisse mieux ainsi. Les mots mouillés s’entendent mieux. Fraîchement humectés de sens, les mots se comprennent mieux. On se comprend mieux. Si je mets mes mots sur ma langue directement dans ta bouche, peut-être que toi aussi tu comprendras mieux.
La salive, c’est le soleil pour faire pousser les mots. Celui qui dit est toujours un peu jardinier. C’est facile de faire germer des mots sur le bout de sa langue, c’est donné à tout le monde. Mais il faut aussi prendre le temps de voir grandir le mot avant de l’expulser, avant de l’offrir. Un bouquet de mots ne s’improvise pas il faut y mettre les formes, la ponctuation, les respirer, connaître le chant du mot nouveau-né.
Tu soulèves les mots avec la langue, tu les galbes, tu les glisses, tu les sens. Ils sont volumineux, vivaces, tu en veux plein la bouche, persistants, tenaces. Pour un peu, tu les garderais pour toi.
©Perle Vallens

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Bulle de mots

bulle©Perle Vallens

Les mots furtifs se glissent de la langue à la page, en peu en vrac matinal, désordonné comme les cheveux, en bataille mal rangée. Ils se heurtent dans la bouche endormie entre le café chaud et la tranche mal mâchée. Ils s’amoncellent dans leur bulle entre les lèvres closes, retenus avant l’entrée en scène. Les mots ne retrouvent pas leur place. Ils ne retrouvent pas leur sens.
©Perle Vallens

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Mots en meute

paupière fermée©Perle Vallens

la poésie est amnésique, elle est le poids de non mémoire, de non identification.
Les mots ne disent rien de compréhensible. Les mots se cherchent juste un chemin à travers la peau. Ils vibrent en percussion que nous percevons de loin, à l’intérieur.
La rage aide à rassembler les mots perdus. Tous les mots en meute regroupés sur le-dessus se mettent parfois à hurler.
Les paroles noyées dans la nuit ne veulent rien dire, juste qu’elles se noient dans la nuit.
©Perle Vallens