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Lavis

La détrempe du ciel délavé s’emplit de suies douces, se peint de dessins incertains que l’âme décalque, ton sur ton. Humeur de soir striée de noirs sillons qui s’épanchent en ruisseaux.
L’esprit soupire, essuie sa propre essence d’une pluie sans fin. Il ne sait plus s’assoupir, reste en éveil devant tant d’obscurs essaims, le bourdonnement incessant de tous les fantômes, l’ombre des vivants et le souffle des morts.
©Perle Vallens

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Nécrophage

Faut-il craindre la nuit, ses ombres denses, son opacité ? Faut-il redouter ses propres incertitudes, ses mauvais rêves lorsqu’ils s’étalent en herpès sur son sommeil ? Surtout, ne pas dormir sans les avoir bâlafrés, sans avoir éclairé pleins phares l’obscurité.

Se réveiller au pied du mur, blanchi de la pâle heure du crépuscule, porté par l’opâle lueur d’un réverbère. Le ciment s’effrite et se craquelle au regard cerné de cadavres.
C’est un crépi fissuré où s’égratignent les souvenirs, les blessures mal refermées.
C’est un miroir de craie où se reflètent les peurs, les os brisés et les ailes perdues.
C’est une pierre poreuse qui charrie l’amer et déborde de faux sentiments, comme un fossoyeur déterre les crânes et les fleurs.
S’y voir borgne et muet au chagrin, le corps absent et les mains vides, transparent à soi-même.
Que reste-t-il encore de l’enfance ?
©Perle Vallens

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Sweet home

Ma maison boit la nuit, broie du noir, craque l’opaque en éclat blanc. Ma maison est ivre, livrée à l’intime, danse avec les ombres. Ma maison charrie les corps, cherche les noms, recrache les chants en poussière d’argent. Ma maison bascule dans les songes, salue les arbres et sombre sous les étoiles.
Parle-lui des branches qui frôlent les fenêtres en arches floues, en panaches effleurés. Elles soufflent leur hâle nocturne à la face de craie en lustres indécents, étoffent le crépis desséché de langueurs obscures . Elles so’ffrent au silence, assassinent les soies lentes du crépuscule, Elles essuient les cernes des souvenirs, flottent et suintent l’encre, c’est leur caresse, leur étreinte sur les murs, leurs mots murmurés.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Pluie acide (Paris brûle-t-il ?)

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Joseph Beuys et le coyote (performance 1974)

La nuit ne dissimule plus rien, elle ne cache plus les mensonges. Elle a arraché les masques, chasseurs en friches dans l’ombre des autres.
Si Babel s’écroule sous les coups, il n’y aura pas assez d’heures, pas assez d’écrous, pas assez de cœurs. Si Gomorre s’effondre, quel parapluie s’ouvrira sous l’avalanche ?
On ne voit plus les décombres, on ne tient plus les comptes. On dénombre juste les peurs. Il reste encore des cheveux sur les crânes.
Combien de temps avant que les loups ne sortent, qu’ils ne prennent la place ? Combien de temps avant que les fauves n’avalent à vue, d’avoir tant gueulé sans être entendus ? Combien de temps avant que le ciel ne s’abîme dans le feu, que le noir ne tombe sur nous ?
Attendre la pluie pour nettoyer tout ça, laver à grande eau les désarrois et les affronts, les afflux de sang qui coulent déjà.
©Perle Vallens