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Le corps ou l’ombre (2)

Le corps dur, froid, raide. Rigidité ante mortem, béton de prime abord.
Le corps, le grand vide, le grand démembrement, l’absence de tremblement.
C’est une perception dépecée. Débarrassé de sa substance, le corps est une mue triste.
Défaut d’existence, déficit de consistance réelle, l’écart chronique se creuse entre soi et soi.
Celui qui est là n’y est pas vraiment. Il simule une certaine semblance, le flou du visage, l’ombre du corps.
Il est son propre fantôme.
©Perle Vallens

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Le corps ou l’ombre

Le corps se digère mal, il ne passe pas. Il persiste dans son inconduite, il persiste dans ses erreurs.
Au jugé, le corps est coupable. Il a tous les signes du coupable. Il garde ses distances, il est bien trop immobile pour être vrai. Le corps se trahit tout seul.
Il parle pour ne rien dire. Il parle dans le vide. L’audience a quitté la salle. Il faut suivre les signes.
A l’évidence, le corps semble insensible. Il semble passif sous les apparences trompeuses d’une fébrilité mal jaugée. Il fausse compagnie. Il fait semblant. Il truque les cartes. Il terrasse le souffle suspendu à la peau. D’un geste il se condamne.
©Perle Vallens

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Ombre portée

ombre portée©Perle Vallens

Les souvenirs flous s’ajoutent aux souvenirs flous, la perte de réalité s’engouffre dans les silences. On les boit d’un trait, sans ajouter un seul mot. Derrière le soleil, s’ombrent encore les chevelures innocentes, elles s’étalent dans l’opale clarté, se portent si longs dans la brève lueur de fin des heures.
Elle, c’est le repli d’un souffle d’avance, d’une vie inversée. Tombée de naissance, elle ne peut s’éteindre même à terre, allongée au bord du jour.
©Perle Vallens

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Forêt noire

Forêt ©Perle Vallens

Là-bas, la poussière saupoudre chaque densité invisible nourrie au sang des saisons. L’ombre se dépose en présure, en brisure de sel sur le caillé du ciel. La forêt s’est refermée à force d’attendre la lente floraison.
Derrière les volets de feuillage, les bouches errent, lèvres à vide, cherchent des baisers noirs dans les bras des arbres.
©Perle Vallens

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Un pas

L’appui se quitte dans l’ombre.
L’horizon se foule au pied, large gravier soufflé à la bouche. Il s’éparpille dans le reste de lumière, à perte de vue.
Au premier pas, le verre dans l’œil ne brille plus. L’espace s’agrandit dans le vide.
L’abîme flotte à l’arête de la cheville, gicle un voile noir, un sang de jais. La pensée s’éjecte en reptations illusoires, éclabousse le seuil de l’envie.
Quitte à tomber, encore avancer.
©Perle Vallens

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Une feuille

Une feuille s’est envolée. Elle s’est perdue en chemin. Elle s’est perchée suspendue au bord de l’instant, comme le mot sur la langue, celui qui ne veut pas sortir, qui reste muet, immobile, dans l’attente d’un glissement.
Puis la feuille est tombée en chuchotant au vent le mot silencieux, le souffle que l’on n’entend pas, à peine un murmure.
Elle s’est évanouie dans l’ombre, comme on tombe dans l’oubli.
©Perle Vallens