La voix s’étrangle de ne rien dire
Il a rangé la cravate
l’agrafe du goitre gravée sur la jugulaire
Il a foulé aux pieds l’uniforme
troué au côté, à l’endroit du cœur
un liseré pourpre replié sur l’envers
des paupières refermées
A la place, il s’habille de tripes
la tenue qu’il préfère
sa peau de poète
la fripe nue sur les chairs
un bleu de travail comme un ciel
qui laisse passer la lumière
large poche sur la poitrine
pour contenir les maux criés
les prières et les pleurs
Rien ni personne
il est juste un passeur
Il panse la misère en mots
Il a des priorités qui ne sont pas les leurs
Il tient de ces propos !
Il passe pour une forte tête
On le prend pour un rêveur
un déserteur de rangs
un empêcheur de se tenir droit
d’avancer d’équerre
Il dit trop haut, il écrit trop fort
ce que les autres ne pensent même pas
Il a beau leur dire
ils ne comprennent pas
Ils s’évertuent à croire
ils ignorent les ailleurs
ils refusent de les voir
Tout ce qu’ils veulent
c’est qu’il fasse ses heures
dans son costume étriqué
corvéable sans merci
Le texte A main levée a été retenu aux côtés de 4 autres narrations par l’équipe Anagramme organisatrice du concours « Dis-moi dix mots ». Il sera lu lors la soirée d’inauguration, préambule aux lectures radiophoniques des trois lauréats. Celle-ci aura lieu à la Tête Bleue à Grenoble le jeudi 11 avril 2019 à 19h. Voici les premières lignes de A main levée :