Henri Cartier-Bresson – Images à la Sauvette (Verve, 1952), p. 27-28, Seville, Espagne, 1933
Tout se cherche dans le hors-champ. L’invisible se laisse au mieux deviner, soumis à imaginaire interprétation. Dans l’aplat de lumière trop blanche qui tapisse la chaussée, dans le découpage obtus des ombres, dans leurs arêtes trop nettes dans l’enfilade de murs effrités, de ruelles qu’il s effacent, dans l’immobilité se lit une chaleur écrasante de plein été. L’œil elliptique compromet la vision élargie qui s’interrompt dans le visage flou de deux enfants. L’un en mouvement que l’autre regarde dans l’attente possible, sa bouche entrouverte sur possible interpellation, surprise suspendue sur le mot inconnu. Regard de répréhension, incitation, exhortation ou conseil avisé, de l’aîné sur le plus jeune, on hésite. Le soleil éclate en liseré de chandail, qui contredit l’impression de chaleur intense, et sur le haut du crâne, nimbé, comme coiffé, non auréolé de faux ange, collé à la façade décrépite de cette image à la sauvette.
Perle Vallens
(texte écrit au musée Cartier-Bresson, devant cette photographie)
Certaines personnes se sont interrogées sur la photographie de couverture (signée Perle Vallens) de peggy m., elle n’est pas gratuite, sans signification. Sa raison d’être se dévoile dans le récit.
L’oyat (ammophila arenaria), également nommé jonc des dunes ou roseau des sables est une plante vivace qui pousse en terrain sablonneux grâce à un système racinaire très profond. Elle joue un rôle important dans la formation et la fixation des dunes. Elle a aussi son rôle à jouer dans peggy m.
Au dessus, des herbes sauvages, joncs des dunes, roseaux des sables. Autrement dit la vie.
Les Rencontres Estivales de la Velouse se dérouleront du 18 au 20 août 2023 à Charly (Cher). Trois jours de performances, scènes ouvertes, siestes poétiques, ateliers… autour de la musique, la danse, le théâtre, la poésie, la photographie… Y seront exposées plusieurs oeuvres à partir du 10 août en extérieur et dans une éphémère maison de la poésie en partenariat avec La Péninsule – maison de la poésie du Cotentin.
Je n’y serai pas physiquement mais y seront présentés plusieurs de mes vidéo-poèmes, photo-poèmes/poèmes graphiques, aux côtés d’artistes, poétesses et performeuses : Maud Thiria, Hortense Raynal, Guylaine Monnier, Milène Tournier, Corinne Le Lepvrier, Elisa Darnal, Adeline Miermont-Giustinati et Lo Moulis.
Il y a cette route pas loin de La Laune. C’est la D104. Il faut continuer depuis Vauvert sans tourner au château d’eau. Tout droit, jusqu’au pont. J795+PV Le Cailar est le code que me donne Google maps, même si je ne sais pas trop à quoi ça correspond. Je préfère géolocaliser le point rouge, saillant, en forme de montgolfière (dont j’imagine qu’elle pourrait s’envoler jusqu’au site à atteindre). La route, je l’ai repérée sur la carte avant de venir passer trois semaines dans cette Petite Camargue arborée de vignes et d’arbres fruitiers. Elle mène au Pont des Tourradons, une zone de marais, entre canaux de navigation et d’irrigation. Une zone d’élevage de taureaux, de manades et de prés, de chevaux et de hérons pic-boeufs, qui se déplacent sur leur dos. On ne sait si c’est par paresse ou pour prévenir d’éventuels prédateurs. Dans le ciel, un seul oiseau de proie, parfois, au-dessus des lapins qui gambadent à l’aube. C’est le deuxième ou le troisième jour au petit matin. Tout s’englue de brume, dense, qui s’épaissit vers 7h00 avant de se disperser. C’est ce jour-là que je décide de partir en repérage. J’attends une autre matinée blanche, un autre lever aux aurores pour m’enfoncer dans l’évanescent (l’appareil atteste le 19 juillet 2022, je ne me rappelle plus précisément l’heure). Les entrées maritimes, les chaleurs estivales sont propices à l’avènement des nuées. Cette neige impalpable, cette façon de pénétrer dans un souffle nuageux. C’est là que naissent les fantômes, là que pousse le ciel nimbé de sel et de l’humidité de la terre. Le visage vaporisé renoue avec l’errance des brumes, se laisse baiser par la moiteur matinale, baigné dans le flou. On ne sait s’il s’en salit ou s’il s’en lave de ce bain. L’œil s’élance au delà du visible, comme détecteur de l’autre côté de l’obturateur.de ma focale fixe, mon objectif chouchou. 100 iso et ouverture maximale, temps d’exposition 1/400, pour plonger dans le mystère des basses lumières et du brouillard qui dégoutte le ciel. Netteté « difficile », dixit a posteriori. J’ajuste le cadrage, je me rapproche, je m’écarte. Toute la série flotte entre les arbres, les buissons de salicornes, je progresse sur zone sablonneuse dans l’humidité. J’attends le soleil, sans mitrailler, en prenant tout mon temps. J’en ai, je me l’accorde, j’y ai droit. Le temps s’étire dans le blanc. Cette photo-ci c’est la réminiscence du Blanche Neige de Disney, mon premier film vu au cinéma, effrayée (ou plus tard, de Evil dead), la branche comme un bras, une main, décharnée. L’arbre vivant, habité, en dépit de son apparence souffrante ou de mort. L’arbre est là où la brume absorbe tout jusqu’au silence. Il est là où flottent les fantômes. Perle Vallens
Première participation aux ateliers du Tiers Livre. Je ne sais pas trop si j’ai bien répondu à la consigne d’écriture, si elle a bien été comprise…
Ce premier livre est en fait un livre de photographies sur l’enfance empreint de poésie et annoncé hier sur mon autreblog. J’en reprends ici la présentation.
Les choses de l’enfance ne meurent jamais totalement. Chaque jeu, chaque découverte nous nourrit, nous construit dans notre vie d’adulte. Nous grandissons avec elle. Nous passons les épreuves de la vie, nous passons les âges mais l’enfance nous accompagne, enfouie. C’est un paysage intime qui s’élabore et se regarde pas strates et qui fait de nous notre propre archéologue…
Ainsi débute ce petit livre de photographies sur l’enfance, dont le format s’accorde si bien avec la thématique. 130×130 et 64 photos en noir et blanc pour rythmer l’enfance, 64 carrés d’embellie pour la faire rimer avec la joie qui perdure, bien au-delà. Puissent-elles être le conducteur vers vos propres souvenirs, vers votre propre joie.
Le livre est édité aux éditions Jacques Flament et disponible ici. Il peut aussi se commander chez votre libraire.
Milonguera est un projet réalisé avec mes danseuses de filles sur le thème du tango argentino, sur un air de Gotan Project, Santa Maria. Pas Buenos Aires mais les ruelles d’un village de Provence. Voici la version courte.
Faut-il craindre la nuit, ses ombres denses, son opacité ? Faut-il redouter ses propres incertitudes, ses mauvais rêves lorsqu’ils s’étalent en herpès sur son sommeil ? Surtout, ne pas dormir sans les avoir bâlafrés, sans avoir éclairé pleins phares l’obscurité.