photo n&b·poésie

temps pluvieux à orageux

des rives d’une pluie intacte non encore coulée
mimer le bruit des vagues et celui d’avant l’orage
sons lourds passent lentement de l’air
à la menace
le souffle danse sa valse au fond du ventre
nourrir le vide en attendant le battage
du tonnerre le cœur
tambourine par avance
la rage est un mot impossible à prononcer
la bouche ouverte chercher un autre langage
dans l’espace entre le silence et l’oubli
elle s’essaie à l’absence
le doigt sur la gâchette de l’infiniment
pour se donner une contenance
l’eau roule sa sueur
jusque dans ses mains
elle se laissera chavirer par la pluie

Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Cloche-pied

La pluie maquille mon visage, macule le sillage de ton nom, chaque particule du chemin, chaque flaque me chante une marelle, chaque ciel atteint me flanque par terre. Chaque caillou me dit le manque, chaque ricochet est une claque, chaque éclaboussure résonne de ta voix.
A pieds joints, je saute encore dans le paysage délavé, j’esquisse le geste flou d’un baiser dans la boue.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Pluie acide (Paris brûle-t-il ?)

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Joseph Beuys et le coyote (performance 1974)

La nuit ne dissimule plus rien, elle ne cache plus les mensonges. Elle a arraché les masques, chasseurs en friches dans l’ombre des autres.
Si Babel s’écroule sous les coups, il n’y aura pas assez d’heures, pas assez d’écrous, pas assez de cœurs. Si Gomorre s’effondre, quel parapluie s’ouvrira sous l’avalanche ?
On ne voit plus les décombres, on ne tient plus les comptes. On dénombre juste les peurs. Il reste encore des cheveux sur les crânes.
Combien de temps avant que les loups ne sortent, qu’ils ne prennent la place ? Combien de temps avant que les fauves n’avalent à vue, d’avoir tant gueulé sans être entendus ? Combien de temps avant que le ciel ne s’abîme dans le feu, que le noir ne tombe sur nous ?
Attendre la pluie pour nettoyer tout ça, laver à grande eau les désarrois et les affronts, les afflux de sang qui coulent déjà.
©Perle Vallens