photo n&b·poésie·prose

Elle dit

Elle dit. Et c’est une cérémonie dont rien ne se garde, dont tout s’échappe. Elle est restée longtemps au bord du rêve. Elle est restée la tête en bas. Elle est restée ainsi en silence. Elle a ouvert le rêve avec la bouche. Le rêve a coulé au fond de sa gorge. Le rêve l’a nourrie en goutte à goutte. Le rêve l’a arrachée à elle-même. Elle nage maintenant. Au plus profond.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Principe d’inertie

inertie©Perle Vallens

Léthargie, cet engourdissement jusqu’à l’os, le lent poison de l’inaction. L’âme se courbe dans l’incertitude, repliée sous le corps, dans l’obscurité vague des organes endormis. Le coeur abandonné au ballast, les pensées éparpillées au vent, un résidu du puzzle jamais terminé. L’âme muette, ternie de sentiments brûlés au botox.
On ne sait plus ce qu’est s’élancer, sauter dans le vide. On ne sait plus voir l’invisible, deviner les paroles insensées qui se murmurent au loin. On ne sait plus que se réfugier derrière les fenêtres closes.
Ce qui ne dort pas attend. Ce qui n’attend pas rêve peut-être. Ce qui ne rêve pas pense sans cesse. L’obsession emplit le cerveau et ceint tout entier des bras jusqu’aux pieds.
On reste là, ombre de la pierre sur le chemin que rien ne décolle. Le poids d’une suie noire, la nuit tombée sur nos épaules.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Point de (non) retour

point de (non) retour©Perle Vallens

Tu reviendras pour les nuits, réglisse noir que l’on suce pour allonger le temps. Tu reviendras comme en résidence, comme en ermitage, en lit de silence. Tu reviendras dans la blancheur de l’aube qui fait renaître les amants. Tu reviendras en rêve pour marteler ton nom à la cloche du printemps. Tu reviendras chaque fois pour parler sur ma bouche, pour animer mes mains, pour éveiller mes yeux à l’invisible. Tu reviendras dans une autre vie, un autre vertige. Tu reviendras pour érafler l’évidence.
Si tu reviens, il sera peut-être trop tard.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Puzzle

Les hématomes gris du ciel s’ouvrent sur la clarté sans nom de la lumière, le miroitement où demeurent les rêves du jour. D’un sautillement, les parcourir comme par dessus des moutons blancs. Longs fuseaux affamés, des bras comme des coutelas, tailler et morceler en éclats quotidiens, des pièces à assembler pour faire durer les prières, pour entrouvrir les persiennes, pour traverser les siècles à venir. Ou les heures, l’éternité entière remplie dans un seul instant, la légèreté d’une brise, l’intensité d’un brasier dans un seul morceau de rêve.
©Perle Vallens