photo n&b·poésie

Roue

Huitième merveille ou quatrième roue
Quitte à choisir je préfèrerais merveille
des merveilles mais la roue tourne
avec ou sans moi
ce n’est pas la roue qui tourne mais le monde
avec ou sans nous

Le soleil fait son paon
il tourne sans se soucier
sans sourciller il poursuit
sa ronde et nous ne sommes ni
la quatrième roue ni la troisième
mais embourbés jusqu’au coude
C’est toujours mieux que
jusqu’au cou
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·prose

Personne. Seulement.

Un rayon par heure suffirait, une zébrure suffisante de lumière, un feu extérieur survenu qui survient encore au bout des doigts. Suffisamment pour dessiner le contour de nos vies.
Personne pour supprimer nos prisons. Personne pour supprimer l’inertie, personne pour définir mieux que nous le provisoire. Personne pour boire mieux que nous à la source. Personne pour s’élancer. Seulement le soleil.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Ombre portée

ombre portée©Perle Vallens

Les souvenirs flous s’ajoutent aux souvenirs flous, la perte de réalité s’engouffre dans les silences. On les boit d’un trait, sans ajouter un seul mot. Derrière le soleil, s’ombrent encore les chevelures innocentes, elles s’étalent dans l’opale clarté, se portent si longs dans la brève lueur de fin des heures.
Elle, c’est le repli d’un souffle d’avance, d’une vie inversée. Tombée de naissance, elle ne peut s’éteindre même à terre, allongée au bord du jour.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

A la fenêtre

à la fenêtre©Perle Vallens

Ressort grippé de la planète, l’humain ronge son frein, l’immortalité à deux pas. Place nette tout autour, on entendrait voler un chat. Les oiseaux seuls saluent encore le soleil dès l’aube. Nous autres, les yeux collés aux fenêtres, baillons et crachons notre ennui sur les écrans fleuves du vide. La volière est ailleurs, cancane tout le jour, ne dort jamais que d’un œil. Qui honnit qui, l’homme en creux de lui-même. Qui applaudit qui, personne ne se dit meilleur ou pire pourtant l’ombre plane au-dessus. Le goéland de toutes nos peurs sans cri, sans heurt. Il reste juste là, menace ce qui nous reste d’humanité derrière nos yeux de mouette, le regard tendu vers demain comme une main. Quémander les miettes d’un soleil promis chaque jour. Respirer un air qui circule encore dans nos poumons. Sourire aride et édenté juste ce qu’il faut d’avoir mordu trop fort les affres âpres de la vie.
Derrière la vitre travaille l’or du jour, en grand. Le cinémascope dolby surround et technicolor fleurit la vision aveuglée, pixellise la lumière en paillettes qui pique l’oeil. Personne ne nous prendra cette part que l’on attrape prudemment, volets ouverts.
Alors, on sourit au soleil qui nous regarde.
©Perle Vallens