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Pommes pourries

Il est une flottaison continuelle du temps, l’écoulement inclassable qui ne permet pas la pleine possession des instants précieux.

La fabrique des jours ignore les appels, les efforts prévisibles, la précision des secondes. Elle se dilue, dévale les pentes, déplie le ciel..
Elle se défie des attentes, ignore le lendemain, réfute toute impatience. Pas d’affût, pas de démission. Le flou laisse la place à toutes les possibilités.

Le défilement des paysages se tissent de sol sec et d’humus, l’humide empreinte, les meurtrissures et les oraisons. Il se fiche des branches sur le passage, il s’effiloche dans l’ombre de pierres empochées. L’offrande de l’arbre effeuillé tombée au pieds..
Les pommes ont roulé et pourrissent d’un sourire à la terre.
©Perle Vallens

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La mer scie

Le seul mouvement qui vaille, la vague. La mer avance et recule avec une constance qui force l’admiration, qui suscite l’effort repetitif. Avancer puis reculer pour mieux avancer, pour encore reculer. C’est la répétition, la même façon perpétuelle de continuer. Le ressac de chacun, ses échecs, les échappatoires, les reculades.
La mer ne se soucie de rien d’autre, elle avance et recule. Elle scie le temps en deux mouvements. 
Elle scie dans le vide de la vague qui se remplit aussitôt, elle avale le vide et se remet à scier. elle scie sans fin depuis si longtemps que le sens a été oublié. Personne ne sait, personne ne se souvient. 
La mer scie sans cesse dans la simplicité, elle scie dans l’insouciance. Elle passe et repasse sur les impatiences, elle les use à force, elle assure une certaine continuité des choses. Il n’y a qu’à suivre le mouvement.
©Perle Vallens

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Temps mort

temps mort©Perle Vallens

Temps mort comme un cheval trop vieux. C’est une parenthèse blanche qui brûle les yeux, un aveuglement momentané, une césure dans une phrase. La voix s’éraille puis se tait. L’incertitude prise en tenaille entre deux instants. L’absence comme démence profonde, cachée. Ce qui ronge l’intérieur, très lentement, ne se ressent pas, ne se réalise pas, dort dans sa saumure, empoisonne doucement, de son venin de miel, du fiel de sa main.
Temps de rien et de doute. Temps d’autre âges, d’autres lieux qui toujours reviennent comme le chien à sa place. Temps que le vent n’emporte pas, qui stagne, eau croupie des heures, le marécage où s’englue le fil ininterrompu de l’ennui. Temps qui sale le ressac d’un coup de langue toujours recommencé. Toujours lèche, jamais ne s’arrête.
©Perle Vallens

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Temps zéro

temps zéro©Perle Vallens

Le temps mort d’avant demain. Le temps du vide à ras bord.
Mettre le pied sur la margelle de l’année de référence. Le pas incertain, le buste branle, les bras en balancier. Trouver une nouvelle façon de marcher. Avancer à l’aveugle, sans trop savoir où l’on met les pieds ni qui a enlevé le paillasson. Même le chien ne peut plus s’essuyer les pattes.

Temps zéro où tu comptabilises les jours. Tu pourrais presque les marquer d’une croix sur le mur de ta chambre. Le temps trotte dans ta main droite, il bat la mesure au ralenti d’une mélodie qui pèse chaque heure davantage. Temps passé ne vaut pas mieux que temps à venir que temps que tu ne vois pas, même en portant ta main gauche en visière.

Le temps se dissout dans une absence de sons, silence triple couche qui tapisse les murs. La nuit lancinante s’étoffe en frottis doux sur le drap, le temps ne triche pas sur lui-même. Tu peux toujours compter les minutes, elles ne passeront pas plus vite.
Le temps se découpe à l’infini, en portions sujettes à disparition. Le temps s’avale à mesure qu’il mange. Sa digestion est lente et difficile. Aucun renvoi possible. Le temps va inexorablement, droit devant, tête baissée. Et toi, tu le prends de plein fouet, un peu plus chaque jour.
©Perle Vallens