Emotion·poésie·prose

Les mots ne disent mot

cheveux sur la langue©Perle Vallens
Prendre de la distance c’est mettre une distance entre soi et le reste.
La distance se parcourt de façon inversée. Elle éloigne. Elle ne se place pas au hasard. Elle mesure ses pas de retrait, à rebours, à rebrousse poil. Attention au recul, à la sécheresse désertique du sol que l’on quitte lorsque l’on se quitte soi-même.
On risque le glissement de terrain. Sémantique assoiffée de toujours plus de mots. Le réconfort de ses vieux jours. Les mots incompris, les mots incompatibles, les mots insalubres, les mots infaillibles.
Les mots qui dérapent et glissent en dehors de leur sens. Les mots qu’on ramasse à la petite cuillère, bouillie de petits mots dans la bouche. Bouillon de culture que l’on peine à recracher.
Mots indécis qui tournent innombrables dans la bouche. Mots incapables d’en sortir.
Mots encrassés qu’écrasent des mauvaises habitudes. Mauvais sort jeté aux premiers mots, premiers nés de la langue, les mots maudits.
Mots cheveu sur la soupe. Mots cheveu sur la langue. Mots qui encombrent, mots qui se cabrent entre les lèvres, chevaux indomptés, mes mots d’amour pires qu’une pochade. Mots pochette surprise expulsés un à un, langue de belle mère. Mots confettis jusque dans mon lit, mots confisqués à la bouche cousue.
Mots doux à la petite semaine. Mots minuscules à peine audibles, mots adipeux qui en ont gros. Mots dissidents, mots décidés, mots placides au quant à soi bien placé à l’extérieur.
Mais, quand les mots consentent, ils ne disent mot.
©Perle Vallens

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