
Tu ronges depuis le bord externe de l’ongle, taillant, épointant, limant l’irrégularité que tu as toi même créée. Il faut retrouver la forme ovale, harmonieuse, l’arrondi que tu t’appliques à rectifier, il faut éliminer les défauts, les découpes de travers, les départs à l’oblique. Le son crisse, celui de tes dents qui entament et mordillent. Le son te remonte dans l’os de la mâchoire jusqu’à celui du tympan, créée une caisse de résonance, son marteau, ses crispations.Tu ébarbes, tu rognes les petites peaux, les cuticules, tu tires dessus avec les dents puis tu replies les doigts à l’intérieur de la paume. Tu observes, tu détailles chaque progression, les dimensions rétrécies, tu sais que dans peu de temps, ce sera trop tard, que tu ne pourras plus rien faire ni poser un vernis ni même des faux ongles, il n’y aura plus assez de surface pour une manucure de secours. Tu arracheras ce qui subsiste de crasse sentimentale sous la cornée. Tu racleras, tu suceras, ravalant chaque mot perdu sous le bombé blanc, la lunule encore vierge de ta rage et buvant les dernières paroles, le suc planqué sous la rainure. Après, tu t’attaqueras à la chair, détachant de petits morceaux, d’infimes éclats de peau, d’insignifiantes parcelles du territoire, du pourtour de l’ongle, parfois jusqu’au sang. C’est à la première tache laissée sur ta manche que tu te diras qu’il faut que tu arrêtes cette détestable manie, ce geste compulsif, ronger tes ongles jusqu’à l’os.
Perle Vallens
les ongulés n’ont qu’à bien se tenir !
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Eux ne se les rongent pas, sinon ils n’avancent plus.
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mais quel écervelé… bien sur ! 😉
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