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Exposition foehn au centre Wangari à Paris

Depuis septembre a lieu une exposition poétique et graphique organisée par le collectif de la micro revue écopoétique foehn au centre Wangari à Paris (porte de Montreuil). Il y a eu un vernissage, des lectures auxquelles je n’ai pu participer mais lors de mon séjour récent pour le salon de la revue, je suis allée me perdre dans cette « forêt » de poèmes, les lire et c’était beau. L’exposition dure jusqu’à la fin du mois, il y aura alors aussi un finissage (je n’y serai pas non plus). Voici un retour en images :

poésie·prose

fin de saison

Frotte l’air, aigrette comme élytre, froissée sa force de fin de saison, pétales grippés, secs, écrasés de vent, une craie bercée ou un fusain, un bruissement de fanaison.

Perle Vallens

Illustration :John Singer Sargent, Dans les oliviers à Capri, détail (exposition actuellement au musée d’Orsay)

photo n&b·prose

Le pire

Je pars des faits.

1. Il y a eu un orage.
2. Il y a eu des inondations.
3. Il y a eu pire.

Plusieurs énonciations possibles renvoient au réel et à son travestissement, comme en témoignent ensuite les annonces au JT, les titres des journaux, les effets de superpositions d’un post numérique, les interviews, les images qu’on imagine fake tellement improbables. Une illusion non choisie, un trompe l’œil qui prend l’eau.

La réalité instagrammée charrie des boues. On voit des véhicules dispersés, des quatre-roues flottant, des personnes perchées sur le toit des voitures. Peut-être hilares pour tromper l’effroi. L’effet serait comique si la catastrophe n’était pas perceptible, en transparence. Ce que l’image ne montre pas, ce que le hors champ, la voix off sont impuissants à crier, c’est la perte de repères. La perte de ses biens, et dans la finitude extrême, la perte de la vie. Parce que certains êtres sont morts, emportés par les courants, ensevelis par des trombes d’eau, écrasés sous des arbres déracinés.

Les pluies diluviennes, une fois l’orage passé, que sont-elles devenues ? Que deviennent les m3 stagnant ? Disparus le lendemain, asséchés si vite que le désastre semble n’être jamais advenu. Hormis les sacs poubelles, les déchets divers, les étoffes éparses prises dans les branchages. Le jour d’après, tout est comme avant, le niveau de l’eau après la montée revenu à celui du jour précédent comme si de rien n’était. Les visages ruisselants essuyés, les vêtements essorés, il faut vider, éponger, balayer, nettoyer, remblayer, reconstruire. Ce qu’on ne peut pas c’est ressusciter.

La déchirure du ciel si vive, si brève, s’est déjà refermée. Sa membrane fine s’est déjà reformée, bleuie, après grisaille informe, après lueur blême. Ce bleu parfait et sans nuages, ce bleu si pur et si cruel. Tout le monde le sait, le bleu du ciel ignore les morts. Et les oiseaux piaillent l’oubli.

Perle Vallens

(poème écrit il y a un moment, réminiscence d’une vague d’inondations)

Actualité·Dissonances·lecture·Revue littéraire & fanzine·Salon de la revue

Lancement de la revue Dissonances au salon de la revue

Le numéro 49 de la revue Dissonances vient de paraître, elle a pour thème l’enfer et on peut la trouver ici ou la commander en librairie. J’y signe un poème intitulé inferno dia.

Le lancement aura lieu le samedi 11 octobre à 18h00 au salon de la revue, Halle des Blancs-Manteaux à Paris. Je lirai en compagnie d’autres autrices et auteurs de la revue. Vous êtes les bienvenus !
NB vous pouvez retrouver ici le programme du salon.

photo n&b·poésie

temps pluvieux à orageux

des rives d’une pluie intacte non encore coulée
mimer le bruit des vagues et celui d’avant l’orage
sons lourds passent lentement de l’air
à la menace
le souffle danse sa valse au fond du ventre
nourrir le vide en attendant le battage
du tonnerre le cœur
tambourine par avance
la rage est un mot impossible à prononcer
la bouche ouverte chercher un autre langage
dans l’espace entre le silence et l’oubli
elle s’essaie à l’absence
le doigt sur la gâchette de l’infiniment
pour se donner une contenance
l’eau roule sa sueur
jusque dans ses mains
elle se laissera chavirer par la pluie

Perle Vallens

collaboration artistique·poésie·prose·vidéo·vidéo-poème·You Tube

Dans l’agonie des derniers jours (dit-elle)

Ce nouveau vidéo-poème est né d’une rencontre à Arles avec la photographe Florence Moniquet et en particulier une de ses photograhies qui m’a propulsée dans l’univers durassien.
Avec mon amour pour Marguerite Duras, voici un montage en hommage à l’autrice, son amour pour la mer, personnage récurrent de son oeuvre textuelle et cinématographique.
Avec aussi en écho une pièce écrite dans le cadre de sa thèse de recherche-création par Camille Protar, doctorante à l’université d’Avignon.

Le vidéo-poème associe une de mes captations vidéos en mer Méditerrannée (et une photo de la lune au début), un texte écrit et mis en voix, des extraits audio (cut up son) de Marguerite Duras et une photographie de Florence Moniquet.
Bon visionnage !

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Disparition progressive

Dans le bois de Vincennes, on frotte nos semelles dans les feuilles mortes comme quand on était gamin, comme quand on avait cette insouciance douce, ce cœur léger. C’est bien trop tôt pour ces jeux d’automne, on est début août et les arbres perdent déjà leurs feuilles. Elles jaunissent, virent au brun et tombent dans l’air étouffant d’une pseudo canicule. Je cherche dans mes souvenirs les promenades d’été, le visage et le corps liquéfiés dans l’envahissement solaire. La sueur n’est pas rosée et je me demande comment transpirent les arbres quand il fait si chaud. 

Je sais qu’ils dépérissent à cause des sécheresses répétées. Leur mortalité s’est accrue de 80% en dix ans. Dans certains massifs des centaines d’individus sèchent sur pied. Ils sont secs comme des vieillards. Rabougris et ternes. Ils souffrent de températures élevées, comme nourrisson malnutri. Ils souffrent d’une maladie incurable. Comme un cancer. J’aimerais pouvoir dire qu’ils végètent. 

Ils se dessèchent et s’affaiblissent. Ils penchent, se déracinent, ils tombent et gisent à terre après les tempêtes. Ils brûlent aussi. Plusieurs millions d’hectares de forêt dans le monde partent en fumée chaque année. La suie recouvre les survivants, souvent décapités. Comme jadis les condamnés, à la hache. Les autres, les morts sont abattus, tronçonnés, remplacés parfois par de plus jeunes, moins résistants que leurs aînés.

Je n’ai pas osé compter ceux éradiqués l’année dernière entre la gare et la zone d’activités, plusieurs dizaines, tous sains, droits comme le i de intact avant que quelqu’un décide de les supprimer. Tous d’âge honorable même si je n’ai pas compté non plus les cernes des troncs sectionnés. Je n’ai pas su combien d’oiseaux, d’insectes, de vers de terre, de micro-organismes ont perdu leur abri et leur compagnon. Je ne sais pas non plus la quantité d’oxygène manquante, non rejetée par ces arbres qui ne sont plus là, ni le volume de dioxyde de carbone qu’ils n’absorberont plus maintenant qu’ils sont morts. Cet air un peu moins respirable, cette atmosphère un peu moins tolérable, comme émanation d’un gaz écocide, relent aigre et nauséabond d’un mépris envers les vivants non humains. Non, je ne sais pas chiffrer la perte.

Perle Vallens