atelier Laura Vazquez·écriture·dessin·prose

Au fusain

J’ai suivi la piste des premiers hommes
Je l’ai suivie d’instinct du bout de mon fusain
J’ai suivi un tracé ancien mal défini mal dessiné
J’ai suivi un certain horizon
moins lointain que ce qu’il ne paraît
J’ai suivi maints et maints visages
comme des appels par leurs noms
J’ai suivi les ossatures dans le tremblement de la main
J’ai suivi chaque profil dans le flou de l’histoire
le défilement de leurs frères
J’ai suivi ce qui fait de leurs folies figure humaine
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

L’or au toucher

mes mains sont lampe de poche
je m’éclaire au toucher
au jugé au souffle que l’air déplace
dans mes cheveux
filmée au ralenti je me vois double
sur la pellicule gesticulant
je conjure les images qui ont pris
la couleur de la nuit
ce décalage avec le jaune imaginaire
qui court certaines heures
dans une pupille lointaine il bouge
et fait trembler le vacarme du réel
chaque jour je conjugue le verbe naître
logé dans son œuf
et c’est comme écaler la coquille
pour répandre un or auquel on ne croyait plus
©Perle Vallens

Actualité·photo couleur·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Dans Le ventre et l’oreille, L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux

La revue Le Ventre et l’Oreille est une revue culturelle d’expressions musicales et culinaires. Elle réunit des articles au fil de l’eau et des numéros thématiques. Le dernier thème en date est « Beurk » et traite de dégoût gustatif, olfactif, visuel, concernant ce qui se cuisine et se mange, ou auditif s’agissant de sons, de musique…
Ici il s’agit d’une voix qui évoque un certain dégoût de la viande, crue notamment, et du sang (serait autant fascination que dégoût..) et se déroule dans l’arrière-boutique d’un boucher, là où ont été prises les photographies qui illustrent la narration et qui sont donc également de moi.
NB le titre est un clin d’oeil à Eschyle, de la citation originale : l’odeur de sang humain ne me quitte pas des yeux.

photo n&b·poésie

360°

corps devenu mur
devenu insecte rampant
sur le mur
devenu bouche taiseuse
corps fraise à main nue
son propre pivot
ancrage à vis bien serré
pour éviter les faux pas
passe ses copeaux sous silence
sa force de coupe son taux d’usage
peut rogner la matière jusqu’à l’os
puise dans l’usinage des jambes
sa stabilité son socle
pour une rotation à 360°
pour un geste qui embrasse
corps adhésif sur toute surface
s’accole s’agglomère lisse
égrène son pollen pleine peau
sa pluie de particules touche
l’horizon du monde
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Gravats

un glissement de terrain dans les mains
le geste tombe sous des tonnes de gravats
sous des trombes d’eau
d’orages
comme si quelqu’un avait déposé là
un désastre
juste sous mon nez
j’y glisserais jusque sous le sable
ou sous la table s’il y en avait une
on laisserait le droit fil de l’instant
on lui préfèrerait l’accident
on passerait un bon moment
de catastrophe
©Perle Vallens