Erotisme·photo n&b·poésie

Entre mes jambes

entre mes jambes vacille

un vieux souvenir ou un rêve de bave

redevenu réalité 

nos langues épépinent un fruit oublié 

cette confiture qu’on se tartine 

on ne sait pas quel nom elle porte

on se lape – top sans écran interposé-

ce baiser étrenné qu’entraîne la morsure

ou est-ce l’inverse dans le choc des dents 

dans le trébuchement 

on se déracine d’un rien 

d’un crachement de doigt

je respire dans ta bouche un mot de trop

qui me ferait expirer

pour un peu le plaisir reviendrait

©Perle Vallens

Actualité·Erotisme·médias & réseaux sociaux·Prix de la Nouvelle Erotique (PNE)·Revue de presse

PNE sur France inter

Citation ce matin par Maïa Mazaurette sur France Inter dans l’émission Grand bien vous fasse à l’occasion du festival du livre de Paris. A la toute fin, elle évoque l’écriture érotique et donne exemple le Prix de la Nouvelle Érotique dont je suis la lauréate 2021. Inattendue actualité, merci à elle.

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Chemin

Le chemin avance. Ou plutôt j’avance sur le chemin. Je progresse droite, le front vers l’avant, le menton dirigé, volontaire, le regard franc, défini, frais. Sautillant. Regard saute les haies, loin devant, peut-être même au-delà. La ligne, ne la voit. Le ciel seulement et le chant des oiseaux, leur pureté première.

Le chemin avance plus doucement. Et je peine un peu. Je ne franchis plus, je me fraye, je me faufile. Je devance encore mon ombre mais de combien ? Front cherche la fraîcheur, menton tait toute difficulté, rien n’engage que. Regard cherche, déniche la branche morte, défectuosité des pierres, elles roulent, t’enroulent. Oeil vif encore. Devine, devient canne ou bâton de marche.

Le chemin avance-t-il ? L’impression fâcheuse de reculer. Je dérive, je suis radeau qui refoule les vagues avant d’être définitivement renversé. Ce flottement sous le cuir, l’écrasement, terrassé. Le radeau prend l’eau, il faut écoper la peine. Le front bas, plisse. Le ciel est passé depuis longtemps, n’a laissé que sa nuit. L’oeil distancié va en rase-motte, erre son iris, désourcé. Les pierres semblent montagne. Il n’y a plus d’oiseau.
©Perle Vallens

écriture·fanfiction·prose

Cher Daddy

Twin Peaks, le….
Cher Daddy, je suis incapable de dire quel jour on est, j’ai perdu cette notion-là. J’espère que cela ne te choque pas que je te dise Daddy plutôt que Dad. Parfois, je me sens moi, jeune femme, parfois, je me sens toute petite. Là, je crois que je suis redevenue une très petite fille.
De là où je suis, je vois votre vie nébuleuse, floue, voilée de gris, comme couverte d’un linceul. Je sais juste que nous sommes quelques jours après ma mort.
Je ressens encore ce froid glacial qui m’a envahie, Daddy, quand tu m’a tuée. Ce froid glacial dans ton regard. L’acier tranchant vif de ton oeil autre et tes mains serrant mon cou. L’air n’arrivant plus dans mes bronches, j’en perdais mes cris. L’épouvante me suffoquait autant que l’absence d’oxygène, cette évidence que ce fut toi, Daddy, qui me tuait, ce monstre sauvage, cette soif de sang, à l’intérieur de toi, me lapide, me lacère autant que tes mains crochetées à mon corps.
Au moment où la vie me quitte, Daddy, elle fuit par mes pores, comme si j’étais trouée de toute part. Ce reste de chaleur et de vie toutes concentrées dans tes mains de mort. C’est de là, de ce seul endroit que je ressens tout, ton amour et ta haine mêlées, la vie que tu m’as donnée et que tu me reprends, la brûlure du feu et de la glace, je suis pleine et vide de toi, toi qui me quittes, Daddy. Parce que toi et la vie c’est pareil.
La vie me quitte, la vie m’a quittée parce qu’aujourd’hui ou hier c’est pareil pour moi.
Fire walks mais ne me rechauffe pas
Je sais bien que c’est Bob, pas toi. Je sais bien que c’est lui le monstre, pas toi. Toi, tu le devines, tu ne le sais pas vraiment, tu es en plein déni. Tu redeviens l’enfant que tu étais. Apeuré toi-même, inconscient de tes gestes, de la folie meurtrière qui t’étreint.

Je t’ai vu Daddy, tes cheveux blancs, tes dérapages, je t’ai vu dansant avec mon portrait, j’ai vu tes larmes, tu sais. Je t’ai vu sous son emprise. Je t’ai vu et c’est lui que j’ai vu dévorer quand tu regardais Maddy. Il la fixait comme si elle était sienne, comme si elle était la prochaine.
Par pitié, Daddy, débarrasse toi de lui ou il risque de la tuer aussi.
Tu sais je me rappelle ta tendresse quand je n’étais encore qu’une fillette, nos parties de pêche, nos chansons à tue-tête, nos séances de mots croisés. C’est comme ça que j’ai appris à écrire je crois. Je me rappelle que tu me faisais voler dans les airs, lorsque nous dansions ensemble. Je me rappelle Glenn Miller et Frank Sinatra. Je t’entends encore fredonner à mes oreilles pendant que je tourbillonne dans tes bras. Je me rappelle ta bienveillance, ton adoration de père. J’étais ta fille unique après tout. Je t’ai vu tellement effondré, Daddy, devant ma dépouille. Je t’ai vu si absolument désespéré.
Tu n’es pour rien dans la tragédie, sois-en persuadé. Le seul responsable, c’est lui. Tu n’es qu’un moyen de transport pour son âme vile. Tu es toi aussi victime, toi aussi sous son emprise maléfique, comme d’autres avant. Tu le sais, au fond de toi, tu connais le sens de tout ça, tu as reconnu sa présence fétide, son haleine de mort. Elle date de ta propre enfance.
Je le sais car là où je suis, j’ai accès à tous les secrets, à toutes les vies cachées d’hier. Je sais ce qui s’est passé.
Je t’ai déjà pardonné, Daddy, je t’ai pardonné le jour même où tu m’as tuée. Je te pardonne chaque instant de ma non vie depuis, chaque moment passé à t’observer, et à le voir, lui, derrière certains de tes actes, certains de tes regards. Sache que tu n’es pas lui, sois en persuadé.
Voilà ce que je voulais t’écrire. Et aussi te dire que je t’aime, que je t’aimerais toujours, parce que tu es mon Daddy adoré, que je sais que bientôt nous serons ensemble.
Je t’embrasse tendrement,

Laura
©Perle Vallens

Fanfiction écrite en « atelier » d’une heure avec mes filles, sur le thème « angst-confort », relations familiales. N’étant guère familière du genre, je me suis reposée sur du connu même si je n’ai pas vu la série de David Lynch depuis longtemps…

atelier Laura Vazquez·écriture·prose

Hommage à Pina Bausch

Pina Bausch, portrait. Courtesy Fabienne Cabado © DR

Ils disaient que j’irradiais, que mon aura les englobait tous, que je les survolais sur la scène.
Ce que je voulais, c’était dans mes très longs bras, dans le bleu de mes yeux, dans de très légers petits sourires, dire le dévolu.
Ce que je voulais, c’était dire le mouvement en un seul mot.
Ce que je voulais c’était trouver une langue, une écriture dans les corps.
Ce que je voulais c’était que chacun traduise l’intraduisible, qu’il dise l’invisible.
Ce que je voulais c’était que chacun me confie son intime restitué, tous ses âges, ses rêves, sa fragilité et sa force d’être, jusqu’au dépassement.
Ce que je voulais c’était que chacun exprime sa propre interprétation, que chacun soit conscient de sa propre énigme, du mystère et du savoir-faire de sa jouissance.
Ce que je voulais c’était les percer à jour, traverser leurs vérités, lire leurs corps jusqu’à l’ossature, ce qui y est enfermé, ce qui remue à l’intérieur, ce qui doit se libérer de sens.
Ce que je voulais c’était trouver en chacun l’état de corps, son symptôme émotionnel, la résurgence du désir juqu’à la violence.
Je ne leur disais jamais il faut ou il ne faut pas. Ce que je voulais c’était que ça leur vienne comme une grâce.
Ce que je voulais, ce n’était pas donner des explications mais des sentiments. Ce qu’il faut c’est ressentir.
Ce que je voulais c’était parler de notre immense besoin d’amour.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Silence de la main

Je pourrais compter tous les silences
de tous les moments de tous les endroits
mettre la distance dans le souffle
d’une respiration
travailler la patience et mettre le vent
dans ma poche pour mieux les entendre

De tous les silences c’est celui d’un sourire
que je préfère
c’est le silence d’un regard grand ouvert
d’une main levée tendue
le silence d’une main qui caresse
repousse tous nos bruits
disperse loin
toutes nos dissonances
©Perle Vallens

Erotisme·photo n&b·prose

Rêve, plein phare

Un homme est entré dans ton rêve.
Il n’a pas prévenu avant. Il n’a pas frappé à la porte. Elle était déjà ouverte mais personne ne sait dire si c’était pour lui.

Le rêve n’est pas écrit d’avance. Il n’est pas sensé dire quelque chose. Il est libre, non formaté, ne se nivelle pas par le bas, gagnera certaines hauteurs. Il faut apprendre à léviter pour les atteindre. Il faut apprendre le langage des cimes.
Il faut savoir s’enfoncer dans l’ombre du bout de la langue. Il faut s’entendre parler pour ne pas tomber. Les mots sont tes ailes, vastes, se développent en nappes phréatiques pour t’y baigner, t’y abreuver.

Le rêve caresse un espoir dans le sens du poil, dans le sens de la vulve ouverte comme une porte. Le rêve s’avère meilleur amant que l’homme.
L’homme ne caresse rien, il se contente de regarder. Il se montre cruel dans son immobilité, dans son mutisme. A un moment ses yeux se décrochent et roulent jusqu’au sexe. On dirait deux soleils inassouvis qui luisent dans l’ombre de la toison. Ils s’y perdront.
Tu sais, l’émoi se fait dévoration, creuse les chairs comme des puits. Ils finiront dans ton cul. Les yeux plus gros que le ventre, c’est bien connu. Le rêve le sait depuis le début.
©Perle Vallens

NB le texte a été écrit avec les contraintes de mots suivants : soleil, léviter, caresser, formater, cruel, inassouvi.