atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

là où je vais

là où je vais tu peux venir aussi
là où je vais on peut tous aller
aller à l’ouverture à la porosité
à se remplir dans les creux
à se déverser en vagues successives vers
à se répandre en ondes concentriques
en ondes radio et lumière
en voix diverses parfois subversives
et ce n’est pas grave
et toi aussi tu peux te disperser
dans tous les axes sans gps
tous les azimuts tous les désordres
du monde tous les horizons
se diffuser sans se répertorier
loin des censures et des souffles inversés
des courants contraires
la force qu’il faut tu peux la puiser
en toi-même ou dans les autres
cela te tire vers l’avant pour mieux traverser
sans regarder mais voir ce qui s’écoute
toucher ce qui s’entend
c’est l’invisible qui te tire le mieux
qui te vit cette source vibrante
en toi ce feu ces flots ondulatoires
toi aussi tu te laisseras dévorer et recracher
par les visages par les énigmes
qui nous devancent sans frapper à la porte
n’avertissent pas mais surgissent à l’improviste
et c’est là dans ce cœur battant des effets de surprise
que tu trouveras de quoi chérir de quoi chanter
toi aussi
©Perle Vallens

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Passerelle du canal

De cette passerelle brumeuse qui surplombe
une rivière inconnue (qui n’est pas la Seine)
un cours d’eau sombre d’hiver
me revient celle éclatante
de bouquets de jeunes gens
de bribes étudiantes
de pleine joie jusqu’au bord
de cet air d’été
léger sans conséquence
ni certitude que souffle coupé
ce n’est pas le soleil acéré 
mais la lame de tes pas
quelle autre évidence
que sang qui déborde
ce n’est pas le fleuve
si ce n’est dans mes veines
si c’est pour défaillir
serait-ce dans tes bras
qu’enfin la bouche cueille
la première salive la saveur
de tes lèvres
que j’avais déjà bues
(mais seulement en rêve)
aveuglée je devine
ton désir à la voix
©Perle Vallens

Actualité·atelier Laura Vazquez·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Quelques textes dans Miroir

Chaque 8 du mois paraît la revue en ligne Miroir suite aux ateliers d’écriture proposés en ligne par Laura Vazquez. J’en ai déjà parlé ici et tous les textes écrits dans ce cadre sont tagués « atelier Laura Vazquez », vous pouvez donc les retrouver aisément.
Ce mois-ci, ce sont Racine, Cœur de ville et Mots dire que Benjamin Milazzo, responsable de la revue avec Laura, a sélectionné pour le Miroir du jour. Vous pouvez lire ici tous mes textes parus sur la revue.

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Reboot

On sait ce qu’on a à faire
Activer ses entrées (et ses sorties de route)
Ouvrir tous les fichiers tous les documents
Sélectionner chaque élément non classé
chaque registre non inventorié
chaque image détériorée
car matrice non opérationnelle
car menace de bloquage système
Transférer tout ce qui a été infecté
ce que la vie a virussé
Tirer à vue liquider le mode échec
Quitter le port tant qu’il est encore temps
Optimiser ses garde-corps
Scroller mieux, scroller loin
Spamer toutes ses peurs
Vider son stockage mémoire
Ne pas parler, laisser faire l’attente
Régler son désespoir sur le pas de l’autre
Passer par pertes et profits chaque déficit chaque détresse embryonnaire
Renommer tous les dossiers classés sans suite
Enregistrer chaque modification dans son disque dur dans ses discours intrapersonnels
Réamorcer ses fusées de détresse
Réinitialiser son gps interne à la recherche de son nord de son nom
Etirer sans cesse ses muscles et ses nerfs
Initier des métamorphoses, des modifications profondes
Entrer des métadonnées dans ses circuits
Troquer l’eau contre l’alcool
et l’huile de coude
Puis redémarrer ou se mettre en veille
©Perle Vallens

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Trottoir noir

Là c’était là
c’était la nuit
nuit froide et noire
d’un noir troué de halos
reflets jaunes sur le trottoir
comme cratères
où m’effondre
où relève où retombe
où creuse encore
la veine noire de la nuit

la vue se cogne
se brouille
floue de larmes
lointain mais ici
si s’en souvienne
les cris ne se voient pas
maudis hurle suraigu
un ton au-dessus
d’arrache-tympan
la vie se sauve
en courant

la course à rien
les jambes portent molles
l’essoufflement la rage
le grondement atteint
à la gorge pleine
d’ombres de trous de trottoir
bouche bave se vide
ventre ne digère rien
recrache son venin
son noir de nuit
©Perle Vallens

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Un reste de désir

Masse
Masse et masse encore
les membranes
tout passé sous contrôle
sous contraintes

Presse et expulse ce qui doit l’être
par la force si nécessaire
Extrait la charge de plomb
Dévie les tirs du réel toutes ses balles

Décolle désassemble
si l’essentiel est ailleurs tiraillé
loin des passages de sommeil
loin des assaillants de tes rives

Craque les coutures et agrandis
tous les espaces pleine peau
bois les sons des craies
celles qui crissent sur ton corps noir

Désarticule déstabilise
déshabille les habitudes
les crachins de fièvre t’attendent
peut-être au bout du printemps

Dément ce qui a été dit
Contient le flot des paroles
remise-les et replie bien serré
la forme du mot gésir

Mesure l’empan des silences
ce vers quoi tu peux avancer
Aspire fort le bleu les brisures
la coquille de l’œuf non encore éclos

C’est là dans les débris dans détritus
dans l’instabilité des résidus
que tu trouveras
un reste de désir
©Perle Vallens

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Qui sait ce qui

Ce qui bruisse
ce qui passe devant tes yeux
ce qui te traverse ce qui s’espace 
ce qui danse dans l’instant
ce qui s’obstine dans l’ombre
ne souhaite pas se dévoiler entièrement
reste une issue possible
laisse une trace en suspens
dont on ne sait par quel bout la prendre
ce bout du bout cette extrémité ultime
ne cesse de montrer son nez

D’instinct on la repousse
on prend ses distances 
on prend des dispositions 
on adopte des mesures drastiques 
L’espoir perdure dans ce qui te lève la tête
dans ce qui te lave le cœur

Rien ne se délaisse durablement 
dans nos entreprises de délestage
rien ne se met à la casse qui ne revienne
en pleine face façon boomerang
ce qui s’encrasse durablement dans nos mécaniques instables dans nos masses tectoniques
est du ressort des circonstances
non atténuantes puisque en connaissance de cause

Nous passons un temps infini de flottaison
à éviter ce qui tombe en pluie 
qui nous atteint par capillarité 
nous étreint dans une caresse 
qui confine à la noyade
©Perle Vallens

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Racines

réseau racinaire infiniment morcelé 
rhizomes enfouis enflent dans l’ombre
dans le souffle de la terre 
vivace sa tige est une lèvre 
dont on ne sait ce qu’elle embrasse 
si elle pousse vers le haut ou vers le bas 
ne sait où elle s’enfonce où elle perce 
des défenses invisibles
se berce respire les mystères 
traverse la roche se niche 
dans ses anfractuosités
ses ramifications y saillent s’incarcèrent
dessinent un labyrinthe de sève et de sang 
tissé des secrets de l’obscurité 
ses filets d’Arachné muscles tressés
lacis nerveux dessus-dessous 
sa vie dressée à l’envers 
dans le creux du monde
©Perle Vallens

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Le cœur de la ville

C’est sous le trottoir, sous le bitume froid, sous les couches de sédiments que bat le cœur de la ville. Il palpite dans les veines souterraines d’invisibles élans, de pulsions de vie, de vibrations. Sa voix basse murmure en nous sans que nous le sachions. Dans ses bouches naissent des mots indicibles qui remontent en sourdine, aux surfaces d’asphalte, aux immeubles de béton. Chaque mot inaudible sa direction qui nous fait mettre en pied devant l’autre, par quoi nous tenons au sol, qui fait de nous, arpenteurs urbains, ses disciples muets et disciplinés, dans l’obtuse obscurité des choses. Le cœur angulaire bat et brille dans sa nuit de catacombe et personne ne le voit.
©Perle Vallens 

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Les mots raclent

Ouvre la bouche et dis
les mots bloqués
ce plombage dentaire
qui empêche qui chasse
à coup de brûlure
à coup de tremblements
mauvais rinçage des gencives

Les mots sortiront tôt ou tard
ils feront bien ils fredonneront
ils auront su garantir leur floraison
leur fluidité pleine salive
leur folie douce aspirée
par l’autre bouche
ils sont nourriture ils sont boisson
ils sont vérités au fond des ventres

Les mots maladroits
fausse route dans la gorge
ouvrent de vieilles cicatrices
des fractures des failles
raclent les lèvres
traversent au mauvais endroit
en dehors des clous
se rattrapent où ils peuvent
leurs serres autour des cous
étranglent et c’est sans faire exprès

Ils s’en excusent ils trouvent
ce qu’il faut pour adoucir
les plaies le pire le plus dur
est aussi le plus durable
les mots ne passent pas
ils restent en travers
d’autres venus à la rescousse
tentent le tout pour le tout
percent de nouvelles voix
pour poser baume plutôt que bombe
pour anéantir les champs déjà minés

Le bec des mots pique autant qu’il caresse
©Perle Vallens

Ce texte a été rédigé sur une proposition de Laura Vazquez dans le cadre de ses ateliers d’écriture (ici sur instagram). Un certain nombre de textes écrits lors de ces ateliers sont ensuite publiés dans la revue en ligne Miroir, qui diffusent ainsi de nombreux textes, base de données riche, dense, poétique et littéraire. Des bribes très inspirantes.