Rage est un texte écrit sur consigne d’écriture proposée dans les ateliers de Laura Vazquez. Merci à Benjamin Milazzo de l’avoir choisi pour le numéro de janvier 2024. A lire dans l’intégralité ici.


Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
Rage est un texte écrit sur consigne d’écriture proposée dans les ateliers de Laura Vazquez. Merci à Benjamin Milazzo de l’avoir choisi pour le numéro de janvier 2024. A lire dans l’intégralité ici.



Rien ne frotte
Aucune étincelle d’aucun silex
aucune flamme ne naît des braises déjà soufflées
Le feu est là quelque part mais ne se réveille pas pour faire brûler
et ce qui ne brûle pas s’éteint
Rien ne murmure rien ne chante
la voix a disparu
la bouche de la voix a disparu
le visage de la bouche de la voix a disparu
Il n’y a plus de vent assez fort pour la porter
Il n’y a plus de marée pour me nourrir
plus de lumière pour me guider
dans l’horizon plus de montagnes à escalader
tout est plat à perte de vue
Il n’y a plus de chemin où poser mes pas
la route prévue a été coupée
chercher revient à ne pas trouver
se pencher dans le vide revient à tomber
Perle Vallens

corps qu’on dirait sanglé exsangue
chair emboutie jusqu’à l’os embossée tremble
chair innervée de vie mais mal ravitaillée par corbeaux d’insomnie
mal nourrie chair dénutrie à teneur aigre de ferraille
chair dissoute dans l’acide d’un sang noir métallique
secrétant des billes comme des soleils surgis en pleine extinction
des brûlures dans les membres innervés de vers grouillants
membres comme amputés pourrissure de bois scié qu’on dirait chiures d’insecte
de quel cocon s’évertuent à venir me grignoter
chaque section alourdie chaque cellule dispersée
l’éclatement observé à la loupe distinguerait l’anomalie
l’œil scrute et scande
l’œil défigure lambeau par lambeau lave de bleu les apparences
l’œil inverse l’impression d’un vertige d’une gesticulation d’un visage double je
malmené de bris de verre de brindille sèche
je crisse et je tout entier crie pour expulser ses eaux usées par la bouche
décharge à ciel ouvert de pluies acides
on dirait la nuit partout tout vibre encore dans le noir
la peau pulse ne sais combien par minute peau de pierre ponce
blanchie par l’éclat led d’une ampoule trop vive lumière qui gâche le grain
l’épiderme se troue et boit tout ce qui pourrait déborder
la peau se brouille craquelée écorce rongée brunie
vieille peau flétrie se débrouille mal avec l’ombre qui rampe et recouvre
ses serpents grimpent gravitent tout autour dévorent
c’est un enfouissement une disparition dans les mains serrées des regrets
vivante mais
peut-être déjà morte
Perle Vallens
avec la mise en page, si jamais wordpress ne respecte pas, comme cela arrive parfois…

Merci à Benjamin Milazzo d’avoir sélectionné ce texte pour la revue Miroir, dans le cadre des ateliers d’écriture animés par Laura Vazquez.



Ecoutez
C’est la terre
qui tremble et craque
C’est l’écorce terrestre
qui rompt se morcelle se détache
C’est la carcasse décentrée folle
qui s’ébranle et s’engouffre
C’est la masse considérable
qui s’éventre brusquement arrachée à elle-même
par on ne sait quelle force centrifuge
C’est l’effondrement de falaises infranchissables
qui se brisent sous leur propre poids
C’est la partie centrale des glaciers
qui se fracture leur fonte progressive
où le sérac s’écroule
C’est le fracas des corps solides
qui s’entrechoquent
corps devenus mous sans forme
devenus flottement dans l’onde disloquée du monde
C’est l’abîme insalubre d’ombres instables
qui dévore et avale toute chose
C’est l’éclat rauque et métallique
qui foudroie la peau grasse et douce et souple de la terre ensanglantée
C’est la chair vive défaite ravalée au rang de cadavre
qui nourrit la terre et s’en nourrit
C’est la trace des blessures la couche crevassée
qui découpe cicatrices le long des fissures
tant de membres amputés qui finissent par repousser
au rythme d’une course comme une prière
que rien ne parvient à terrasser
Perle Vallens
Comme chaque jour 8 du mois, la revue Miroir vient de paraître. Merci à Benjamin Milazzo d’avoir sélectionné 4 textes :





A noter, la revue papier de Miroir, parue cet automne et dont le premier numéro est toujours disponible ici.


C’est là, ici même. C’est là précisément. Peut-être s’éterniser. Là où. Un souffle, un rythme. On le ressent fort quand on y pénètre. Notre œil se fait caméra pour percer l’obscurité. Zoome avant, balaie, dans un long travelling horizontal, mesurant l’espace. Il ne s’agit pas de dénombrer la largeur, la longueur du lieu mais de se laisser porter, de le laisser jaillir à l’intérieur.
Ça bat au plus profond, ici, dans le ventre, en écho à la persistance rétinienne, en écho au silence teinté de parole du lieu. Car le lieu parle, n’en doutons pas. Il s’adresse à nous, il se confie. Sa voix caverneuse résonne en nous. Il se souvient. Il savoure l’échange. Nous nous imprégnons de son âge, de ses destinées, sa plénitude minérale, inatteignable, site immémorial et pourtant proche de nous. Avec lui, nous nous perdons dans la nuit des temps. Avec lui nous flottons et nos os claquent mais ce sont applaudissements.
Le lieu porte un visage inscrit dans son antre, dans ses creux. En surface nous sourit et nous sourions en retour. Il n’y a rien d’inquiétant dans son noir. Noir n’est pas noirceur. S’il l’est, noirceur n’est pas totale obscurité. Si elle l’est, obscurité n’est pas fatalement obscurantisme.
Perle Vallens

Tout le monde le sait, la langue est un muscle. Nous préconisons une approche originale pour la travailler, un entraînement hybride. Il s’agit d’alterner des phases intensives et d’autres plus douces, d’endurance, avant celle de récupération.
D’abord, il faut échauffer, tendre et relâcher, la tirer, la soulever, la soupeser, tirer à nouveau dessus pour l’assouplir.
Quand la langue est prête, on peut commencer les premiers exercices. On prononce sans effort des mots faciles, sans grande signification, des mots anodins, indéfinis.
Puis, vous passerez à l’étape supérieure. Vous devez toujours et avant tout penser au phrasé, au niveau sonore, à bien faire tinter les voyelle, bien poser les consonnes. Pensez aussi à interpréter la ponctuation, parfois même, chantez-la.
L’accélération requiert une force cardiaque pour articuler les mots compliqués ou ceux qui engagent. Attention de ne pas vous laisser submerger par l’émotion des mots. Certains sont véritablement traîtres, ils nous terrassent avant même de les énoncer. Certains mots nous assassinent. Pourtant, il faut s’accrocher et les dire tout de même. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour les faire entrer dans le cœur à coup de langue. Il faut que la langue joue les mots, qu’elle les crie si besoin, qu’elle fouette les mots, jusqu’au sang.
Dans une seconde phase, il faut enchaîner des mots, des mots, des mots, ventiler, inspirer, des mots, des mots, des mots, maîtriser l’allure, la diction, le souffle, des mots, des mots, marathonez un peu, cela fait du bien à la langue
A la fin, on laissera retomber le rythme, l’énergie, la douleur ressentie, lentement, sans pression, en respirant profondément, jusqu’à ce que la langue se relâche totalement, qu’elle reprenne une position normale dans la bouche, positionnée au repos, contre le palais. Alors seulement, le silence pourra réinvestir la place.
A la fin, tous les organes auront retrouvé le calme, au niveau le plus bas, d’avant l’entraînement.
Perle Vallens
Le dernier épisode de Miroir est très riche, l’est encore plus la revue papier d’après 3 des consignes proposées par Laura Vazquez. Elle est éditée par Captive Editions sous la houlette de Benjamin Milazzo qui fait un travail de compilation formidable chaque mois déjà sur la revue numérique. Je ne figure pas hélas au sommaire mais la maquette est belle et le choix de textes promet de l’émotion, des mots puissants. On peut l’acquérir ici.
En revanche, on peut trouver un de mes écrits en ligne.


Et la revue papier :


C’est ce tube blanc qui luit
aveuglant dans l’obscurité
il brûle les yeux si on le fixe trop longtemps
il tressaille égratigne la prétendue quiétude
taille la belle assurance dans toute sa longueur
le cran fendillé vrille les nerfs
entame le cœur à coups de
grésillements
j’ai vu clairement le néon
grimacer
sa vibration perverse sonne un glas
le grondement d’une terreur sans contrôle
une crispation glaciale dans la nuque
lambeaux de courage ramassés repliés
sous l’accélération du pas
ma peur sous la semelle résonne
dans le trop noir du parking
Perle Vallens