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Comment devenir un athlète oral ?

Tout le monde le sait, la langue est un muscle. Nous préconisons une approche originale pour la travailler, un entraînement hybride. Il s’agit d’alterner des phases intensives et d’autres plus douces, d’endurance, avant celle de récupération.

D’abord, il faut échauffer, tendre et relâcher, la tirer, la soulever, la soupeser, tirer à nouveau dessus pour l’assouplir.

Quand la langue est prête, on peut commencer les premiers exercices. On prononce sans effort des mots faciles, sans grande signification, des mots anodins, indéfinis.

Puis, vous passerez à l’étape supérieure. Vous devez toujours et avant tout penser au phrasé, au niveau sonore, à bien faire tinter les voyelle, bien poser les consonnes. Pensez aussi à interpréter la ponctuation, parfois même, chantez-la.

L’accélération requiert une force cardiaque pour articuler les mots compliqués ou ceux qui engagent. Attention de ne pas vous laisser submerger par l’émotion des mots. Certains sont véritablement traîtres, ils nous terrassent avant même de les énoncer. Certains mots nous assassinent. Pourtant, il faut s’accrocher et les dire tout de même. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour les faire entrer dans le cœur à coup de langue. Il faut que la langue joue les mots, qu’elle les crie si besoin, qu’elle fouette les mots, jusqu’au sang.

Dans une seconde phase, il faut enchaîner des mots, des mots, des mots, ventiler, inspirer, des mots, des mots, des mots, maîtriser l’allure, la diction, le souffle, des mots, des mots, marathonez un peu, cela fait du bien à la langue

A la fin, on laissera retomber le rythme, l’énergie, la douleur ressentie, lentement, sans pression, en respirant profondément, jusqu’à ce que la langue se relâche totalement, qu’elle reprenne une position normale dans la bouche, positionnée au repos, contre le palais. Alors seulement, le silence pourra réinvestir la place.

A la fin, tous les organes auront retrouvé le calme, au niveau le plus bas, d’avant l’entraînement.
Perle Vallens

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Un texte dans Miroir, et la revue papier

Le dernier épisode de Miroir est très riche, l’est encore plus la revue papier d’après 3 des consignes proposées par Laura Vazquez. Elle est éditée par Captive Editions sous la houlette de Benjamin Milazzo qui fait un travail de compilation formidable chaque mois déjà sur la revue numérique. Je ne figure pas hélas au sommaire mais la maquette est belle et le choix de textes promet de l’émotion, des mots puissants. On peut l’acquérir ici.
En revanche, on peut trouver un de mes écrits en ligne.

Et la revue papier :

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Peur blanche

sdr

C’est ce tube blanc qui luit
aveuglant dans l’obscurité
il brûle les yeux si on le fixe trop longtemps
il tressaille égratigne la prétendue quiétude
taille la belle assurance dans toute sa longueur
le cran fendillé vrille les nerfs
entame le cœur à coups de
grésillements
j’ai vu clairement le néon
grimacer
sa vibration perverse sonne un glas
le grondement d’une terreur sans contrôle
une crispation glaciale dans la nuque
lambeaux de courage ramassés repliés
sous l’accélération du pas
ma peur sous la semelle résonne
dans le trop noir du parking
Perle Vallens

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Chien et loup

Ça commence entre chien et loup, ce moment où la lumière s’émousse doucement. L’ombre bleue survient progressivement. Elle envahit d’abord la terre, les arbres. Elle se dessine en nappes, en nébuleuse un peu floue qui recouvre ce qu’il reste à voir. C’est le moment où les yeux se plissent pour distinguer encore quelque chose dans l’obscurité. Pour s’habituer au noir. Elle s’avance à son rythme, s’étend, se répand. Elle repeint. S’éternise. Le paysage se brouille dessous, puis disparaît. Toujours ce mouvement lent, comme ralenti, suspendu, surprend par sa radicalité. 
On dit qu’elle tombe mais c’est faux, la nuit noie.
Perle Vallens

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L’odeur de la lumière

Il faut toujours l’odeur de la lumière
saveur plus vaste comme illimitée
pour me guider à reculons dans
l’enfance
à travers le geste rond et délicat
surgit le souvenir aiguisé
la déchirure donc où se cherche
et se trouve quelque chose qui ressemble
à une fragilité
sur le point de s’ouvrir
s’offre fleur virale
dans le même caractère de turgescence
que ma jeunesse encore vive sous la peau

Elles ont teinte et dents fauves
les années lourdes qui vident
éventrée tripes à l’air
cet air pourtant qui me porte
a laissé passer éclaircie
une brèche au ciel couché
sa découpe horizontale
une zébrure sur une joue
selon le modèle toujours en vogue
d’un désir porté en visière

A l’air qui m’entoure se mêle une voix
déchirée
une chute annoncée pour qui n’a pas le caractère d’enfants sages
sur le noir qui monte aux yeux
ce qui tremble est
contorsion de l’esprit
Quelle différence y a-t-il entre craintif et peureux
Perle Vallens

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Ronger

Tu ronges depuis le bord externe de l’ongle, taillant, épointant, limant l’irrégularité que tu as toi même créée. Il faut retrouver la forme ovale, harmonieuse, l’arrondi que tu t’appliques à rectifier, il faut éliminer les défauts, les découpes de travers, les départs à l’oblique. Le son crisse, celui de tes dents qui entament et mordillent. Le son te remonte dans l’os de la mâchoire jusqu’à celui du tympan, créée une caisse de résonance, son marteau, ses crispations.Tu ébarbes, tu rognes les petites peaux, les cuticules, tu tires dessus avec les dents puis tu replies les doigts à l’intérieur de la paume. Tu observes, tu détailles chaque progression, les dimensions rétrécies, tu sais que dans peu de temps, ce sera trop tard, que tu ne pourras plus rien faire ni poser un vernis ni même des faux ongles, il n’y aura plus assez de surface pour une manucure de secours. Tu arracheras ce qui subsiste de crasse sentimentale sous la cornée. Tu racleras, tu suceras, ravalant chaque mot perdu sous le bombé blanc, la lunule encore vierge de ta rage et buvant les dernières paroles, le suc planqué sous la rainure. Après, tu t’attaqueras à la chair, détachant de petits morceaux, d’infimes éclats de peau, d’insignifiantes parcelles du territoire, du pourtour de l’ongle, parfois jusqu’au sang. C’est à la première tache laissée sur ta manche que tu te diras qu’il faut que tu arrêtes cette détestable manie, ce geste compulsif, ronger tes ongles jusqu’à l’os.
Perle Vallens

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Le geste

Elle s’arme et le bras s’abat
coup bref
coup sec           net
le son mat 
le geste sûr 
sans coup férir 
le poignet ferme ne s’affaisse pas 
première entaille soulève 
de l’armature la chair 
exsangue         si blanche
translucide
la lame glisse le long
se faufile dessous 
affine définit la direction de l’acier
(l’affûtage est un autre geste) 
nul obstacle ne vient interrompre
il faut de la force et de la délicatesse 
la main assure la prise 
dans le changement de destination 
la matière brute sa métamorphose 
Elle alors 
sa proie végétale  
tranche débite hache émince
assène
coup sur coup
son office essuie
coup final 
le tranchant du couteau
Perle Vallens

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Une foule

Sur les talus, dans les prairies, il y a un enchevêtrement végétal qui s’enracine, s’agrandit, conquiert. Dans le vert il y a foule.

Celle qui envahit terrains vagues et bord de route, là où le sol se donne trop de peine et s’épuise.
Celle qui rampe, se ramifie, rhizome n’est pas poison pour révéler la gravité d’une terre trop limoneuse.
Celle qui vole, ses aigrettes parsemée par champs, s’essaime et se reproduit plus vite que le vent qui les entraîne.
Celle qui se plante épineuse dans la pulpe du doigt mais inflorescences bleutées, capitules et ombelles, disséminent ses charmes à grande distance.
Celle qui court par stolons rases campagnes illuminées de son or.
Celle qui se propage, ligneuse, vigueur de jeunes plantules jaillissantes, aiguillonnent acérées les chairs griffées rougies de leur sang et du jus de son fruit d’été.
Celle qui lancéolée, ses feuilles en rosettes, disperse ses graines aux oiseaux, et son mucilage dans les gorges.
Celle qui se hisse à l’assaut, grimpante assidue, ses attraits rosés et mellifères.
Celle qui, ses feuilles basales, pétiolées, sa progression pionnière en bordure des fossés, assure la procure de la glèbe.
Celle qui goûte les friches, fructifie de cœurs renversés ou petites bourses de qualité hémostatique.
Celle qui éclate ses capsules, se disperse en sous-bois, son port tapissant s’ombrageant, rougeâtre, et sa saveur, sure.
Celle qui s’étale, s’enfourrage, le sort garanti au nombre de folioles, dentées, la morsure du destin pour capturer la bonne fortune.
Perle Vallens

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Pente savonneuse

Je fais passer le savon encore sec mais doux sous l’eau, le temps de le dissoudre, de faire mousser. Il glisse. Il m’échappe et tombe au fond du lavabo avec un son mat. La discrétion de la chute, cette pudeur de l’échec. Je me dis humilité n’est pas humiliation. Je n’ai pas honte de mes fêlures, de mes faillites. Je me relève toujours, et toujours lentement parce que le rebord du monde est aussi glissant que la faïence humide. Je repose le savon et je rince la glycérine qui fait une couche fine, surgrasse. Voilà, je m’en lave les mains. Rien de ce, de ceux qui m’entourent ne peut freiner mon avancée. Je ne me laisserai plus impressionner, dénigrer, flouer, négliger, mépriser, moquer, maudire. Exit methylchloroisothiazolinone. Exit sulfate et parfums de synthèse. Existence vidée de ses substances superflues, nocives, nettoyée de son superflu. Je me débarrasse du surnuméraire, je me purge du surplus. Je me purifie. Je m’épure. Ma main propre et maintenant sèche sait bien qui je suis. Et si elle me sort par le bras c’est pour assurer mon indépendance. Nul tressaillement, nul haussement de cil, froncement de rides pour barrer le front autant que la route que je me suis assignée. Aucune planche savonneuse sous mes pas. J’essuie mes plâtres, l’enlève la poussière et je marche. Droit devant.

Perle Vallens