atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Grand calme

C’est une heure creuse. Elle boit nos eaux vives. Elle nous vide, jusqu’aux orbites par lesquelles nous voyons l’ordinaire. Nous volons de nos propres ailes. Nous devenons ce que nous étions l’instant d’avant. Tu vois ce que je veux dire ? Nous devenons nouveaux mais d’une nouveauté tenue. Du neuf d’après brouillon. D’après bouillonnement de secondes (celles que nous n’avons pas vues).

C’est une volonté. Elle se dit farouche mais nous ignorons pourquoi tant elle faite d’audace. Elle n’a pas peur. Elle ne pleure pas ses arguments, elle les campe au contraire. Elle se veut claire, précise. Elle a cette saveur de bonbon acidulé. C’est pour qu’on la garde encore un peu avant de la partager.
Elle ne se mâche pas des jours durant, ne se crache pas, elle s’échange. Elle se troque contre toute autre pensée adjacente, sensible, contraire ou non, qui la ferait avancer. La pensée marche son petit trot ou son pas rapide dans ceux des autres.

C’est un vœu (ou une prière). Il s’étale sur un trottoir sale. Il se développe sous la semelle d’une chaussure sale. Il naît de la saleté et nous ne savons pas si cela nous rassure. Il naît de sa propre bordure, de son recoin sale, d’une frontière commune avec la vie. Sans quoi il n’est rien.

C’est un souffle. Il se veut court. Il crée un arc en partant du cœur. On ne sait pas trop jusqu’où il va, jusqu’où il est capable d’aller, s’il se rallonge à mesure de la respiration. Il percute quelque chose de dur. C’est dans la gorge que ça se passe, que ça tressaille. C’est en spirale (et tourne tourne), ça donne la nausée ou bien ça court plus vite qu’une danse et cela t’entraîne vers le bas. Vers la chute.

C’est un vertige. C’est ce qui te tire, ce qui t’entoure et te tourne la tête. La prise dans le filet d’un tout petit être (comme une pêche au large). L’orage te gronde à l’intérieur. Rien ne digère, tout grossit. Il y a une sérieuse menace d’explosion. Il y a un instinct de survie. Il y a aussi cet espace entre le marchepied et le quai où tu te laisses glisser.
On le sait, c’est toujours comme ça avec les vertiges.

Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·poésie

Métro (sexuel)

I
l’heure de pointe à Saint Lazare
je me pole dance suspendue à la barre
alu 100% humidité corporelle
je sue comme tout le monde, et alors ?

II
je ne descend pas à l’arrêt prévu
je reste coincée sous l’aisselle
d’un grand black en t-shirt Kooples
noir sur noir (je vois des étoiles)

III
bam le portillon m’a claqué
le postérieur et je pense à toi
rien d’étonnant à Gare de Lyon
je zieute insta où tu n’es pas

IV
si j’étais à Gare de l’Est je chercherais
ce plus long quai de déculottée
plus c’est long plus c’est bon, je me dis
ma vulve acquiesce quelque part sous tissu superflu
Perle Vallens

 

sur consigne de Rim Battal/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·photo retouchée·poésie

Du vert

tu vois tout ce vert
ce vert ratisse large
il tresse une sensation de fraîcheur
d’humide de mastication bovine
ce vert est une dérive
c’est une dérive dans le paysage
qui mène au rêve
il y a du vert jusque dans mon ventre
du vert partout jusque dans le fond de mon œil
la vie me colle des lunettes vertes
il y a du vert partout jusque dans le rouge
du vert sapin au vert bouteille
tu peux deviner la couleur
d’ailleurs on se perd dans le vert
toi aussi tu es vert
ce n’est pas la rage qui t’agite
c’est ce putain de vert qu’on respire
du vert sans arbre et sans fleur
du vert sans blé sans bétail
juste spores et pollen
juste prolifération du vert ailleurs
c’est peut-être un détail pour toi
tout ce vert à perte de vue de raison
est-ce que le vert environnant connaît une limite ?
est-ce qu’il connaît une panne une interruption de ses programmes ?
qu’est-ce qui pourrait empêcher le vert de progresser
jusque dans nos chambres ?
qu’est-ce qui pourrait empêcher le vert d’envahir nos vies ?
tout ce vert que tu vois
©Perle Vallens

d’après consigne Anna Serra/Mater Atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie·prose

Petits conseils entre amis

Il faut que tu dises les formules magiques. Il faut t’agenouiller et prier. Il faut te dépouiller du surplus. Tu dois compter les fééries sur le bout de tes doigts. Une à une et les étaler, les étager devant toi. Regarde-les te grandir. Tu dois leur ménager une ascension, peut-être avec ta bouche. Et les porter à bout de bras. Et puis les étendre de ton regard. 

Vois, les nuages mangent plus d’horizon que tu n’en auras jamais. Le ciel explose ses bombes dès l’aube et c’est dans les interstices du monde qu’il disperse le plus de secrets. 
Vois, la pluie mutile la terre et la terre vomit sa bile dans les rigoles des ruelles. 
Vois, la ville extirpe ses armes, elle les assènera si l’on ne prend garde. Les immeubles nous extorquent nos derniers mots, nos derniers moments au vert, au vent (écoute, il ne mugit plus, il s’est tu). 
La vie exagère. Elle va et vient, nous troue, trouve notre pierre angulaire, notre point final. 
Nos bras nous en tombent et nous nous roulons en boule, à dévaler toutes nos pentes. 

Relève-toi, ne te laisse pas couler sous le tapis, avale toutes tes couleuvres. Gèle toutes tes extrémités jusqu’à ce qu’elles se brisent puis recolle-les. Gémis une fois, deux fois, trois fois (on ne gémit jamais assez), ne te gêne pas avec ton plaisir, il te le rendra. Digère mieux tes désappointements, tes désapprobations. Jette au feu tes frustrations. Bois le jus de tes folies, leurs fruits dans les veines. Flotte durablement dans tous tes états et observe ce qui te vient du monde. Fais tien ce temps plein, ce temps de plénitude, et jusqu’aux pleurs baigne-toi dans le blé moulu des voix, fais-en farine à tracer tes mots blancs, ton pain quotidien.
©Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·montage photo·photo couleur·poésie

Passée au rouge

Montage à partir de plusieurs de mes photos

laisse l’envol d’un pétale de coquelicot
soulever un pan du rêve la passe de cruauté
banderille la chair rougie au gel
akènes grains de grenade picorent la brûlure
de gueule et d’os dégouline le langage
le long de la colonne
mot pour mot tu dis comme obscur objet
extinction du désir ou rallumage du sexe
au moteur brandies les bougies
irriguent pulsent en zone sacrée
la pulpe et le jus vermeilles irradient
chakra ou cœur illiaque la caresse
cogne dur
martèle dans l’éclat
acier de la douleur
déraille ou désarticule dans l’attente de
l’embrasement
ce qui fait planer ailleurs que dans les nuages
ce qui fait briller les plaies anciennes
ma queue d’animale étriquée inutile
l’ancestrale sans notice
sans argument pour ou contre 
je me replie dans mon ossature
je bloque toutes mes cloisons autres que nasales
je hume dans mon propre souffle un peu de 
son magma de l’incandescence
quelques gouttes sur mes bassesses
mieux qu’un baume pour colmater l’absence
pour répondre aux questions non
posées façon pierres chaudes
sur la peau répandre la magie
(c’est un genre de rituel)
pourtant je ne sais pas qui vient
traverser ma caverne
qui visite ma terra incognita
impénétrable
rien n’effleure ni n’affole que le vent
et ce fantôme revenu hanter mon corps
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Margot Ferrera/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie·prose

Hey, petite !

Hey petite, tu me tires en arrière, tu m’aspires, tu me démembres. Trois fois moins, petit être, cette soif d’avant, inversée. J’innerve chaque instant de ton vœu que je crois mien mais je me trompe, c’est toi toujours devant, moi derrière. Je trempe mon doigt, celui de ta main anachronique. Tu dénombres à rebours mes secondes décomptées, combien de temps encore me reste-t-il, le sais-tu ?
Hey petite, tu me tires en arrière et c’est sans circonstances atténuantes que je me laisse traîner dans ce qui me berce d’enfance.
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Zoé Besmond de Senneville/Mater Atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose

Un secret

Ce secret que rien n’alourdit que la parole
ne dit rien que tu ne saches déjà
de ta mère de ton épouvante à la contenir
dans son rôle de mère
disert dans sa propre expression
ne se décèle pas d’emblée

Ce secret jamais ourdi arrivé par hasard
toujours tu toujours présent en transparence
tressé de ses nerfs que l’on ne nomme pas non plus
qui saillent sous l’histoire
toujours un sourire (faux) en coin
un air de dire un air de rien

Ce secret ne se bombe pas sur les murs
ne bombe pas le torse se rétrécit plutôt
sa petitesse est le signe de sa décence
sa discrétion consentie son innocuité
Il passerait protéiforme pour un fantasme
ou un rêve va savoir

Ce secret ne disparaît jamais il surgit
à l’improviste inopportun s’impose
il revient quand tu t’y attends le moins
c’est un monstre sous l’apparence
d’un secret il te creuse et te ronge
il a un appétit vorace
il mange tout sur son passage

Ce secret qui fait bombance sur ton dos
qui sous couverte de caresse
a dévoré ta jeunesse et te croque encore l’os
tu ne sais plus comment lui claquer le bec
©Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie

Escalier roulant

ne fait qu’avancer ne sait s’il recule tu crois qu’il recule mais ne fait qu’avancer
on ne sait pas trop comment il fonctionne qui le sait moi je ne sais pas ce tapis
roule sa bosse n’est pas ascenseur qui veut n’est pas doté d’une force supérieure
Escalator n’est pas un nom de super héros
roule des mécaniques et sa jeunesse son esprit d’escalier
on n’a d’yeux que pour ses nids de poules rainurés stries qu’on embrasse du regard
sa roue de paon son hypnotique boucle sans fin ses rouages dessous
est-ce un piège a trap où tomber s’il s’emballe si quelque chose
se coince là tu sais Isadora Duncan accident mortel broyé entre les pals acier de l’escalier roulant
combien d’accidents par an qui le sait sa construction robuste sa fermeté sous les pieds
ses tôles poncées dans le sens de la marche
qui dit qu’il ne s’éventre pas sous tes pas moi je le dis en sautillant sur la dernière marche
©Perle Vallens

d’après consigne de Florentine Rey/Mater Atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Saccage

Pourquoi regarde-t-on de si loin
nos mains nos membres
ce qui saccage se voit sur les images
ou à l’œil nu on n’a pas besoin de loupe
ni de télescope

Pourquoi la réparation qui s’impose
semble impossible
Ce sont des gestes qui ne peuvent pas être défaits
ne peuvent pas être repris
le chemin inverse n’existe pas

On essaie de ramasser nos gestes
à la petite cuillère
une goutte d’eau dans notre océan salé
dans l’effondrement dit
dans le feu de l’action la fonte des glaciers

On ouvre la bouche mais on ne sait plus prononcer
on ne sait plus dire ce mot
on se demande pourquoi
ce cri de colère ne veut pas exploser
Est-ce que tu sais pourquoi ?
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Bye bye

Bye bye baby
Bye bye ton air buté, ta brutalité
ta façon de braire sur moi
de me traiter de branleuse
de bouche à pipe 
Bye bye les bleus les ecchymoses
tes cours d’estampes sur peau
tes pluies de juron
tes déjections verbales
tes vertes et tes pas mûres 
Bye bye tes bruits dégueu
tes dégueulis quand t’as trop bu
tes prises de bec avec le monde
jamais refait jamais repeint
toujours haï (moi la première)
Bye bye ta guerre de tranchée
(dans le vif)
tes coups hauts de boxeur
tes coups bas de sournois
ta castagne tes pains quotidiens
tes arrachages de dent
Bye bye tes mensonges éhontés
tes faux semblants tes faux sourires
tes faux armistices et faux espoirs
tes fausses promesses de faux amis
tes amours fausses
pas de faux départ je te dis
bye bye
bye bye you’re not my baby
anymore
©Perle Vallens