écriture·Emotion·Erotisme·poésie

Upstairs

Demain n’est pas hier. Tu changes d’envie comme de chemise. Je préfère tes chemises.
J’ai l’esprit d’escalier. Je m’arrête à chaque marche. Trop longtemps, silencieuse.
Parfois, tu préfères une langue bien pendue, tendue vers tes envies qui changent. Une langue sauce piquante. Du piment sous la chemise pour que le cœur voit rouge.
J’ai l’esprit d’escalier, je n’ai pas le goût des ascenseurs, ils mènent trop souvent à l’échafaud, mots hachés gros, guillotinés entre les dents.
Ma langue reste cachée entre deux marches, muette dans l’attente de ta prochaine chemise.
©Perle Vallens 

écriture·Erotisme·photo n&b·poésie

Décoquille-moi

A la pointe du couteau, la carapace s’étrangle et suffoque la vivace bestiole, dans l’ouverture scintillante d’un lent déshabillage, une percée suintante d’où s’écoulent l’attente, l’alarme, l’instant affolé.
Soulève la robe et dévoile la volupté d’une nacre qu’un jus suave enduit de ses sucs, les larmes salées d’un souffle d’iode, une folie douce, un délice marin.
Les gouttes tombent comme des perles entre les lèvres, explosent sur la langue toute leur humeur d’océan, l’afflux charnel d’un ressac dense.
Mâcher les chairs quand l’animal se rétracte, se craquelle sous la dent, se morcelle en frissons, glisse et s’abandonne dans la bouche désirée. Mouvant encore du sanglot des vagues, sinueuse ligne voguant, les eaux dans les eaux mêlées, il lâche toutes ses voiles d’un dernier soupir.
©Perle Vallens

écriture·Erotisme

Bon train

Parfois j’aimerais… Et cela me colle des frissons, cela me décoche un coup au cœur, cela m’entortille les veines, cela m’embobine les nerfs, cela me tord les tripes, cela m’atteint au ventre, cela teinte dans le ventricule, cela brille dans la gorge, cela vogue loin dans les yeux, cela vient caresser la nuque, cela va crescendo au creux du dos, cela irrigue les eaux, cela intrigue les mains, cela irrite la peau, cela monte en gamme, cela creuse en vagues, cela ne s’arrête plus, cela me poursuit partout, chez moi, dans la rue, cela vibre, cela sonne sans cesse.
Et puis cela me passe.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·nature·photo n&b·poésie

Sweet home

Ma maison boit la nuit, broie du noir, craque l’opaque en éclat blanc. Ma maison est ivre, livrée à l’intime, danse avec les ombres. Ma maison charrie les corps, cherche les noms, recrache les chants en poussière d’argent. Ma maison bascule dans les songes, salue les arbres et sombre sous les étoiles.
Parle-lui des branches qui frôlent les fenêtres en arches floues, en panaches effleurés. Elles soufflent leur hâle nocturne à la face de craie en lustres indécents, étoffent le crépis desséché de langueurs obscures . Elles so’ffrent au silence, assassinent les soies lentes du crépuscule, Elles essuient les cernes des souvenirs, flottent et suintent l’encre, c’est leur caresse, leur étreinte sur les murs, leurs mots murmurés.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·poésie

Cave canem (2)

DIPTYQUE chien 2 red

Il y a la vie qui grouille derrière les barbelés, les dents qui rongent et le carrelage brossé.
Ils ont des armures et des écrans. Ils ont des barrières et des murs. Ils sont propriétaires d’un chien. Ils en sont fiers ! Il sait montrer les crocs, il nous briserait les os. L’arrière-train arqué, la truffe servile, il hurle sans qu’on lui dise rien. Elevé au rang d’arme, le sang bouilli à la babine retroussée, il se prend pour un loup. Il éructe à notre passage, crache une haine sans nom, bave ses larmes acides sous la canine qui brille. Tout son corps s’écrase, s’incruste dans le portail, l’oeil crevé du fiel de ses maîtres. L’air s’émaille d’éclats, des râles et des cris et de l’animal forcené qui résonnent et s’étranglent, qui se cognent dans les arbres. Il gueulera jusqu’à épuisement.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·poésie

No bra

amazone

Elle ne pleure pas devant la façade ajourée du bois blond. Elle se sent dure mais vide, autant que le semainier qui vomit peu à peu sa lingerie du dimanche, premier tiroir du haut. Elle sort toutes ses dentelles inutiles, celles qu’elle ne portera plus.
Elle ne s’était jamais posé la question avant. Elle se demande s’il existe des chemises pour manchots ou des pantalons pour unijambiste. Et les chaussures, ça ne se vend pas à l’unité. On fait quoi de la seconde, celle du pied absent ? Il n’existe probablement pas non plus de soutien-gorge pour son unique sein. Il faudrait en fabriquer un sur mesure, un harnais d’amazone. Ou un soutif de pirate, en bois, une armature massive, un globe de guerrière.
Evidemment, on lui a proposé une prothèse, du silicone qui l’habillerait, un genre de vêtement intérieur, un truc sous-cutané qui couvrirait ses chairs dévorées. Ca la dégoûte, l’idée de cet implant tout mou, gluant, cette poche pleine de gel incolore, inodore. Cela lui fait l’effet d’une balle, une baudruche qu’on inoculerait. Elle a l’impression que cela va gonfler puis exploser, que cela va couler en elle, se répandre, l’envahir, la déborder, la noyer. Elle imagine que cela va glisser, se déplacer dans son corps, un alien sous la peau plissée.
Elle préfère rester comme elle est, plate à droite, barrée d’une grande cicatrice comme un clin d’oeil belliqueux. Elle est à moitié androgyne, femme asymétrique plus qu’incomplète, femme à temps plus que plein, à pleine main, à pleine vie. Elle se drape de courage et d’énergie pour continuer à avancer et se battre, gonflant ses bras et sa fragilité, à défaut de bra. Et chasser cette masse sournoise, la claque étoilée qui laisse sa trace en queue de comète, astre sombre en éclipse de sein.
Elle a troqué son soutien-gorge contre une perruque. Ca la couvre, ça lui tient chaud mais elle est nue, à perpétuité.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·poésie·Revue littéraire & fanzine

« Des gants » et « Rien ni personne » dans Revue Métèque

RM7

Revue Métèque, der de der. Rebaptisée « Bévue » pour l’occasion, une pirouette, un salut, chapeau ôté, de son créateur Jean-François Dalle. La revue littéraire au ton et à l’image décalés, présentation et maquette soignés, s’arrête, hélas.
Après un premier poème, « Résiliée » dans RM5, JFD a sélectionné « Des gants, pour quoi faire » et « Rien ni personne », accolé au Dead Man de Jim Jarmush, excusez du peu. On retrouve dans ce RM7 des pattes talentueuses comme JFD himself, Antonella Porcelluzi, Bobby Sam Sainclair, Marc Guimot, Jane Agou, Fabien Drouet…
La revue s’aquiert ici.

écriture·Erotisme·hommage à·Non classé

Esquisse

black sheep wolf.jpg
Anonymous (found on the web)

S’il te plaît, dessine moi un mouton
un « bah bah black ship » avec une grande langue bêlante entre mes cuisses
un mange-ortie noir d’encre, un broute-tout entêtant

S’il te plaît, dessine moi des mains et des mains
qui s’agitent et pénètrent et devinent plus loin
que le bout de leurs doigts

S’il te plaît, dessine moi une ascension
une orbite lunaire, une fusée, un spoutnik
pour visiter mon ciel étoilé

S’il te plaît, dessine moi un truc à moteur
un balai magique, une brosse électrique
une léche-frite pour viande embrochée

S’il te plaît, redessine moi une chatte
une miauleuse de toit parisien
une bestiole glissante où mettre les pieds
©Perle Vallens

(double hommage à Antoine de Saint-Exupéry et Boris Vian – et pas que..)

écriture·Emotion·poésie

Il y a

heinz_hajek-halke_sans_titre_1928-1932
Heinz Hajek-Halke (sans titre – 1928)

Il y a du rouge et du blanc dans la pénombre.
Il y a du plaisir et de la douleur tour à tour mêlés.
Il y a des os qui tremblent, de la peau qui chante.
Il y a des nerfs qui frissonnent, de la chair qui palpite.
Il y a des morsures dans mes baisers, des griffures dans mes caresses.
Il y a des songes dans mes cris, des mots dans mes silences.
Il y a des offrandes sous voile, des aveux bien cachés
Il y a des espoirs dans mes yeux levés, des secrets derrière mes paupières closes
Il y a des hiers ivres et des demains à boire. Encore.
©Perle Vallens

Actualité·écriture·collectif·Emotion·Erotisme·La Musardine·recueil

Osez 20 histoires de candaulisme – La Musardine

osez candaulisme

Vient de paraître chez La Musardine le nouveau recueil de nouvelles de la collection « Osez 20 histoires » sur le thème du candaulisme. J’y signe notamment un récit narré par une femme qui assiste aux ébats de son amant avec une autre femme. Comment ? Pourquoi ? Avec quelles émotions ? Quelle intensité vécue ? C’est ce que l’on découvrira dans Les larmes de Candaule. Le recueil fraîchement édité est disponible ici.
En voici un extrait :

« L’attente fait monter le désir d’habitude mais je me sens fébrile, les mains moites, anxieuse comme rarement. Je gigote sur ma chaise, croise une jambe, puis l’autre, je tire sur mes bas vers le haut, ma jupe vers le bas. La porte s’ouvre enfin. Ils entrent tous deux, ils me scrutent. Lui à peine, il fait dévier son regard vers autre chose, le lit, le sol, le mur, en m’évitant soigneusement. Il semble plus gêné que moi. Elle en revanche, m’observe avec attention et une pointe de désir s’allume dans sa pupille. La situation l’excite ! Elle s’approche avec un chaloupé étudié, une langueur de chatte. Elle m’embrasse. Le velouté de ses lèvres sur ma joue et la douceur de sa voix calment la tempête qui gronde dans mes veines.
– Bonjour, merci de m’avoir invitée et de m’avoir fait confiance. J’espère que tu auras autant de plaisir que nous.
(…) »