Actualité·écriture·collectif·Emotion·Erotisme·La Musardine·recueil

Osez 20 histoires de candaulisme – La Musardine

osez candaulisme

Vient de paraître chez La Musardine le nouveau recueil de nouvelles de la collection « Osez 20 histoires » sur le thème du candaulisme. J’y signe notamment un récit narré par une femme qui assiste aux ébats de son amant avec une autre femme. Comment ? Pourquoi ? Avec quelles émotions ? Quelle intensité vécue ? C’est ce que l’on découvrira dans Les larmes de Candaule. Le recueil fraîchement édité est disponible ici.
En voici un extrait :

« L’attente fait monter le désir d’habitude mais je me sens fébrile, les mains moites, anxieuse comme rarement. Je gigote sur ma chaise, croise une jambe, puis l’autre, je tire sur mes bas vers le haut, ma jupe vers le bas. La porte s’ouvre enfin. Ils entrent tous deux, ils me scrutent. Lui à peine, il fait dévier son regard vers autre chose, le lit, le sol, le mur, en m’évitant soigneusement. Il semble plus gêné que moi. Elle en revanche, m’observe avec attention et une pointe de désir s’allume dans sa pupille. La situation l’excite ! Elle s’approche avec un chaloupé étudié, une langueur de chatte. Elle m’embrasse. Le velouté de ses lèvres sur ma joue et la douceur de sa voix calment la tempête qui gronde dans mes veines.
– Bonjour, merci de m’avoir invitée et de m’avoir fait confiance. J’espère que tu auras autant de plaisir que nous.
(…) »

écriture·poésie

Blue Moon

koho shoda
Koho Shoda

C’est un champs à perte de vue. Une vaste étendue un peu sauvage, folle prairie sur une terre fertile, vibrante et chaude. Cela vit dessous, cela fourmille dense. Cela sent l’humus riche et frais, une promesse pour la lumière. Les bourgeons percent sous la croûte épaisse. Fleurs embryonnaires frappées par la grêle des larmes, le sel assassin, la pâle heure grise d’une aube boréale aux reflets de faussaire.
Le cœur n’écoute pas, il refuse les compromissions, il reste prostré. Interdiction d’entrée aux astres. Seule la lune bleue reste aux aguets.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·Non classé

Breath (no) play

fernando vicente
Fernando Vicente

Il n’était pas là l’instant d’avant et maintenant, il prend toute la place. Il occupe tout l’espace.
Il avait quitté ma tête un moment. Je respirais sereinement, regardant loin devant dans la lumière blanche d’après midi. Et je l’ai senti, brusquement, brutalement. Sa tête à l’orée de la trachée, heurtant, cognant à l’huis de ma gorge. Un étau si large, un écho si grand. Lui au fond de ma poitrine, les cheveux chatouillant mes profondeurs, les yeux d’une fixité mobile, roulant dans mes entrailles, sa voix emprisonnée dans ma cage thoracique, les dents cliquetant entre deux côtes. Je me suis mise à suffoquer. L’air ne passait plus. Ni les sanglots. Ni les mots. J’ai voulu crier, lui dire qu’il me tuait mais aucun son n’est sorti.
J’étouffe en silence. Comprimée, si pleine de lui, j’expire, j’explose de l’intérieur.

Opération express requise. Arracher le cordon, vider le liquide dans la cuvette, cracher son propre sang, arracher ses organes. Chirurgie réparatrice d’urgence. Remplacer le cœur, il bat à contre temps. Sans oublier le sexe qui balbutie à contre sens.
©Perle Vallens

écriture

Clignotements

lucioles

Cela clignote partout autour. Cela en devient aveuglant. C’est comme un avertisseur lumineux, une alerte, un phare dans la nuit.
Plusieurs lumières lointaines ou proches, si vives, si vivantes, ont menacé de s’éteindre, comme ça, brusquement. Il faudrait remplacer les AVCs par des LEDs pour éclairer plus fort, plus loin.
Et moi, pauvre luciole à demi éteinte, suspendue à l’interrupteur. Va-t-il s’éteindre ou s’allumer ? Pour éclairer quelle obscurité devrais-je luire ? Pour qui scintiller à nouveau ? Dans quel regard briller ?
©Perle Vallens

écriture·Erotisme

Langage amoureux

Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même) ; d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire duquel je soumets la relation.

Roland Barthes (Fragments du discours amoureux)