Retour en extérieur, à deux pas du lieu de résidence, dans la campagne fleurie (et parfumée). Quatrième jour de résidence à La Laune, chez les avocats du diable/au diable vauvert et quatrième vidéo-poème.
Catégorie : écriture
La Laune, jour 3
Poursuite de ce « feuilleton » de mai et changement d’ambiance, intérieur à nouveau pour ce troisième jour.
La Laune, jour 2
Suite des vidéo-poèmes de résidence à La Laune, chez les avocats du diable/au diable vauvert. Deuxième jour.
Si la vidéo se clôt sur une journée en intérieur,il s’agissait surtout de la matinée. Le soleil est arrivé en début d’après-midi et je suis finalement sortie marcher alentours.
Moins d’animaux sortis, peu d’humains sur les chemins, on était samedi, et surtout week-end de féria, et tout le monde est probablement à Nîmes, comme tous les afficionados de la maison d’édition.
En résidence à La Laune, au diable vauvert


Je suis en résidence pour la seconde fois à la Laune, au diable vauvert, résidence d’écriture que gèrent les avocats du diable, et ce pour 15 jours, durant lesquels je travaillerai à un nouveau récit. Je tiendrai comme en juillet 2022, un genre de journal poétique de résidence. A suivre…
Une fulgurance

dans la nuit, rien, le calme, la quiétude
et puis d’un coup le rouge envahit tout
dans le blanc de l’œil se tend et repeint les murs
couleur sang
une fulgurance
la mâchoire de fer d’un animal s’est refermé sur moi
ses dents ne se comptent pas elles son des dizaines elles sont indénombrables
elles sont mobiles et se déplacent sans que je sache où à l’avance
elles s’assemblent en un point précis pour mieux mordre
plus en profondeur
elles ne veulent pas lâcher ma chair ce qu’elles veulent : la déchiqueter
elles sont affamées
elles en veulent à mes muscles
comme quelque chose de lent et d’incisif à la fois
qui se tortille et me tord dans l’indéfini
quelque chose qui me triture
m’emprisonne entre quelques millimètre de parties molles
depuis la cage s’élève en ondes en ailes froissées
irradiation d’un oiseau malade qui progresse par à-coups
ses secousses résonne de sa déraison
quelque chose me contraint plaquée à terre
et me ceinture de son emprise de sa brûlure
ce qui flotte n’est rien d’autre qu’un feu qui me ronge
un feu déjà vu qui revient à la charge
Perle Vallens
ce que tes yeux emprisonnent

Rappelle toi, tu étais là toi aussi
tes yeux étaient là, ils ont vu
ras les cils ce qui s’infiltrait d’insupportable
tes yeux n’ont rien dit de l’effroi
ils sont restés silencieux
Je sais très bien pourquoi et je vais te le dire
la pluie du déni les a lavés
chacun des deux yeux visibles
et de tous les autres yeux
de ceux qu’on a à même la peau
ou sur le bout de la langue
chacun a chassé l’image passée sous silence
le reflet visible et invisible chaque effet de nos désertions
nos yeux à tous restés intouchables
Toi et moi tirons au sort nos regards
captifs des illusions
quelque chose chante dans le nerf optique
quelque chose qui berce
que fait germer la lumière
et ça nous pousse à l’intérieur nous sort par les yeux
et c’est une clarification soudaine
chaque situation nouvelle
couchée dans le regard jusqu’à l’éveil
jusqu’à sa révélation nécessitera un relevé de paupière
Es-tu conscient de ce que tes yeux emprisonnent ?
Perle Vallens
18 secondes

Ce que peut le décompte. 18, 17 16… Ce que montrent l’enchaînement dérushé, les tonneaux, les sensations, la fugacité de l’instant, son caractère tangible et irréel à la fois, la force de son évocation. Et le regard qui se perd dans des profondeurs. Du personnage ou de l’acteur ? Lui, si cela lui est déjà arrivé, quelle densité, quel effroi en cet instant ? Ce décompte il le connaît en partie. Il y a eu les répétitions. Il connaît son texte par cœur. 15, 14, 13… N’a jamais vu sa vie défiler pour autant, ses vies fictives prennent toute la place quand le moteur tourne, se substituent à la sienne. Il n’existe pas dans ces moments-là, il n’est que faire-valoir, monologue de théâtre, sourire de carton. Il n’est que fuite. Il est quelque part en dehors de lui-même. Il se regarde comme s’il était un autre. Le corps du cascadeur prend sa place, il se superpose à son propre corps. Où flotte son corps dans l’intervalle, où dérive-t-il ? 12, 11, 10… Ce qui arrive, ne lui arrive pas à lui mais à un succédané de lui, un remplaçant à qui souffler le texte. Les mots se heurtent dans sa tête à d’autres mots. Il dévie un temps de la scène à jouer qui ne se rejouera plus. Le silence atteste d’une posture de fossoyeur, celui du temps à rembobiner. Avance, avance et compte, murmure la caméra. Et la bobine montre le chemin, se défile, se déroule. 9, 8, 7… Tout est dans le regard dit-on, et la voix-off parle plus fort que lui. Sa voix n’est pas vraiment sa voix, elle dit ce que dit, ce que pense le personnage. Mais lui, où est-il dans tout ça, dans quelle peau, dans quelle histoire ? Les mots s’impriment sur la piste audio et s’effacent instantanément de son esprit. Les mots restent seuls, sans la voix pour les porter. 6, 5, 4… Il y a une variable d’ajustement dans le temps de l’action, c’est ce à quoi il pense, lui, l’acteur, pas le personnage. Est-ce que ça se verra sur le film ? Est-ce qu’il faudra tourner à nouveau la scène ? Est-ce qu’il faudra couper au montage son regard vague, son sourire évanoui, plus vrai que nature ? 3, 2, 1… Coupez ! On la garde.
Perle Vallens
Inspiré de l’extrait de l’accident dans Les choses de la vie de Claude Sautet, dont existe aussi un ciné-poème.
Quelque part quelqu’un

Quelqu’un ne sait pas quoi dire
Quelqu’un sait qu’il n’a rien à dire et se tait
Quelqu’un mutique, patiemment
Quelqu’un, sa pudeur logée dans la gorge d’où rien ne sort
Quelqu’un tremble de dire sans oser comme il tremble de ne rien dire
Quelqu’un, une parole fugace, éphémère s’enferme à la fin, longuement
Quelqu’un disert, son éloquence parle à sa place
Quelqu’un, la bascule est rapide
Quelqu’un, son changement de direction comme changement d’avis
Quelqu’un énonce un souhait
Quelqu’un énonce une confiance
Quelqu’un énonce une vue basse par temps d’orage
Quelqu’un énonce un manquement
Quelqu’un met de la distance
Quelqu’un bâtit des barrages
Quelqu’un, ses barrages s’effondrent
Quelqu’un cherche à se protéger mais ses barrages ne sont jamais assez efficaces
Quelqu’un s’imagine que les barrages sont aussi des ponts
Quelqu’un se noie parce que son barrage a cédé
Quelqu’un aimerait d’un barrage faire une frontière ou une justice mais ça ne fonctionne pas
Quelqu’un renforce ses propres charnières car un barrage ça ne suffit jamais
Quelqu’un se définit lui-même comme barrage
Quelqu’un a un pied bot, la faute aux mariages consanguins
Quelqu’un a le goût du sang bien enfoncé dans la bouche
Quelqu’un a un cousin qui lui ressemble comme un frère
Quelqu’un a dix cousins
Quelqu’un a vingt cousins autant qu’il sache
Quelqu’un a probablement un nombre indéfinissable de cousins
Quelqu’un se dit que des cousins ne font pas une vraie famille
Quelqu’un a perdu sa famille
Quelqu’un se dit qu’une famille est superflue, qu’on peut s’en passer
Quelqu’un pense au contraire que la famille c’est ce qui fait le plus défaut même quand on en a une, qu’il n’y a jamais assez de famille
Quelqu’un se désole car sa famille le déteste
Quelqu’un caresse un subterfuge, une façon de faire semblant pour devenir un autre
Quelqu’un se cherche une nouvelle forme
Quelqu’un se contorsionne dans les limites du raisonnable
Quelqu’un veut un espace plus grand, un air vif, un temps de grand vent
Quelqu’un voudrait bien s’envoler
Quelqu’un sait ce que gésir veut dire
Quelqu’un évoque la douleur
Quelqu’un évalue le niveau intermédiaire de la vie
Quelqu’un s’évertue à vivre
Perle Vallens
(avec Henri Michaux)
Dans le buisson

Elle scrutait depuis de longues minutes, en embuscade derrière le buisson, patiente, attentive. Aux aguets, attendant que quelque chose se produise, que quelque chose apparaisse qu’elle croyait entendre tout en ce demandant ce qui pouvait bien se mouvoir dans le feuillage, ce qui allait, peut-être, apparaître.
L’odeur le précédant, musquée, puante presque, il fut devant elle. Ce n’était somme toute qu’un amas de poil, dont on ne voyait ni museau ni yeux, comme font les hérissons lorsque par crainte ils se mettent en boule, mais sans les piquants. Elle s’attendait au surgissement, elle l’espérait mais ne put empêcher un geste de recul brusque qui la fit tomber sur ses fesses.
L’animal exhalait une telle odeur qu’elle dut se boucher le nez. Sa présence la fit frissonner, ses tempes se mirent à bourdonner. Elle fut prise d’acouphènes et de tremblements. Elle n’osait bouger en dépit d’une répulsion certaine et irrépressible. Elle se sentit habitée par la bestiole comme si elle-même devenait cette boule de poil affreusement malodorante et en conçut un grand désarroi, un désagrément indicible, un véritable malaise. Ce qu’elle ressentit par-dessus tout, put-elle seulement le nommer : la peur. Celle qui paralyse puis foudroie.
La syncope la surprit au milieu des feuilles mortes où elle chut, sa jupe froissée en corolle autour d’elle. Combien de temps était elle restée ainsi évanouie, elle ne savait mais à son réveil, il avait disparu.
Perle Vallens
peggy m. en précommande aux éditions la place

Annoncé il y a quelques temps déjà, peggy m. arrive tout bientôt aux éditions la place, le livre devrait être disponible en librairie fin avril/début mai et chez l’éditeur et il est d’ores et déjà en précommande.
Ici toujours la vidéo d’annonce sur youtube
Et en voici le communiqué :

Voici un extrait de peggy m. :
