atelier Tiers Livre·écriture·prose

Sur le chemin du retour

Marilyn Monroe et la petite danseuse de Degas

J’enclenche la première et c’est comme si je conduisais pour la première fois, première minute et le trac surgit, celui de rentrer plus que de partir quelque part L’inconnu moins angoissant que le trop connu, l’irréel moins fictif qu’une sortie de route Flottement de lumière basse sur le pare-brise, le paysage tremble de tout son long de tout son horizon qui ne promet rien qu’une nuit d’été plus claire plus longtemps S’il fait encore jour l’inquiétude se tait encore entre les portions de bitume brûlant et les fleurs des talus de la départementale Au bout il y a l’autoroute que regagne cette file de voitures devant moi, leur clignotants à droite en témoignent C’est l’heure des entrées et sortie de villes, l’heure où l’on regagne ses pénates Bercail, je me dis, je pense parents-enfance-amis-absence-personne-souffle-manque Profonde inspiration au moment de saisir le ticket du péage à l’entrée de l’A7, mes doigts gourds et malhabiles, toujours la crainte qu’il tombe, s’envole, que je sois obligée de quitter l’habitacle, d’aller le ramasser ou qu’il disparaisse trop loin Ce nœud dans l’estomac, cette infime brûlure, je la connais elle s’estompera sans doute dans une petite heure, elle se commutera en autre chose de plus insidieux tout au fond des articulations et bien sûr plus tard, il faudra bien que je fasse une pause, ce sera toujours bien trop tôt, bien avant les deux heures conseillées mais je ne serai pas capable d’attendre davantage il faudra que je trouve une aire d’autoroute Le ticket je le pose sur le siège passager, là où tout près, la carte bancaire pour régler à la sortie, le téléphone, la bouteille d’eau Là le faire semblant d’une vie normale, non captive de son corps Les genoux sclérosés disent rapidement qu’il faudrait marcher mais c’est bien trop tôt, pas du tout ce que j’avais prévu et comment le temps de trajet pourrait doubler si je leur obéissais La pluie tombe précisément à ce moment-là comme pour rappeler cette intuition du corps, ce baromètre logé dans l’articulation qui d’une façon quasi horlogère donne avec une précision rare ses indications de pression atmosphérique, la masse d’air qui va se frotter, se charger, exploser en gouttes d’eau sur le pare-brise Les balais d’essuie-glace couinent, le caoutchouc se décolle un peu, j’aurais dû les changer il y a un moment déjà Ma vieille voiture dont je prends si peu soin, métaphore de mes membres, l’auto vieillie, rouillée, qui sait si c’est défaut d’entretien ou d’une erreur à la création Je pense à ce vieux film, Christine, voiture-phoenix née de ses cendres et comment dès le début, quelque chose cloche avec elle, avec son fonctionnement Ma carcasse, une histoire de prédestination ou de mauvais entretien, où est-il le garagiste à qui tenir grief ? La pluie s’accentue et les balais l’effacent à mesure qu’elle tombe, mes pensées drues sur la surface, les faire disparaître, s’il suffisait de balais d’essuie-glace pour essuyer les blessures Les balais écrasent et s’écrase avec la sensation d’être entière Morcelée plutôt Émiettée à l’intérieur comme l’os Je me désagrège, j’y pense, je me vois fondre Je suis tellement obsédée que je manque la sortie de l’aire Il faut attendre une vingtaine de kilomètres de plus et je sens la douleur grignoter l’espace entre le genou et le pied, le long du fémur Quelque chose me parcourt, chatouille ou ronge, je ne sais plus trop à ce stade de l’impatience Il me tarde de me poser et pourtant l’allure diminue, je ne suis plus qu’à 100 km/h Ma tête répond mais mes jambes J’aimerais être déjà arrivée J’aimerais retrouver ma chambre d’ado, mon vieux lit défoncé, le mur vide où reste des traces de posters Des fois je regrette de les avoir arrachés et jetés, c’est comme si j’avais éradiqué tout un pan de ma vie Le seul que j’ai gardé, reproduction de la danseuse de Degas, a vécu, s’est froissé, déchiré au coin, là où le scotch s’est arraché, plein de poussière le poster survit aux autres La photo de la statuette en couleur, un genre de fétichisme qu’elle avait, elle disait que la petite danseuse lui avait porté bonheur, elle y croyait, la statue au Louvre, cette danseuse de cire, son vrai tutu, sa posture de fillette sage, mains dans le dos, yeux mi clos, l’air vague, l’air vaguement absente Il y a peu j’ai vu un cliché de Marilyn Monroe devant la statuette, ça m’a fait bizarre, ça m’a fait penser à elle Tout le long du trajet qui me sépare encore de l’aire, je pense à elle et je me délite de trop de souvenirs branlants qui ne me tiennent pas entière, seulement des morceaux de moi-même qu’il faut assembler Me dire que je n’ai fait que le cinquième de la route me décourage Ne pas la manquer la sortie cette fois, prendre la bretelle, m’engager, décélérer, stationner enfin et descendre de la voiture Où sont donc passées mes jambes ?

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écriture·prose

Nous

Même si c’est difficile d’être humain, essayons de ne pas devenir des monstres
Hong Sang-soo (film Turning Gate)

Nous avons eu nos instants de doute, nos traversées du désert, notre quant-à soi où nous sommes demeurés longtemps reclus. Tous nous avons connus la suspicion et la culpabilité que faisait naître cette suspicion. Nous avons connu cette façon de repousser un temps, de tenir éloignés les contours de ceux qui s’approchent trop près, ceux qui menacent de nous toucher. Nous avons tenu les silhouettes à distance, et c’était façon de se protéger. Nous ne savions pas réellement de quoi, d’une différence, d’un écart entre nous, quelque chose que nous ne maîtrisions pas ou que nous craignions de ne pas maîtriser. Nous avons connus ces inévitables reculs. Nous nous sommes dévisagés et dans notre façon de détourer nos sourires et nos grimaces, nous nous sommes reconnus comme semblables. Nous avons décelés dans l’autre la même animalité, la même monstrueuse incapacité, la même défiance. Nous avons eu pour nos frayeurs cette caresse innée, cette façon inédite de la reconnaître comme part de notre humanité, et pourtant nous aspirions à nous en défaire. Nous souhaitions nous nouer mais nos craintes nous en empêchaient, elles nous clouaient dans nos préjugés, nos refuges malsains, notre microcosme nourri de fausses impressions et de barrières hissées entre nous. Comment fallait-il s’y prendre pour les abattre ? Le souhaitions-nous vraiment ?

Notre instinct nous commandait à la fois de nous lier et de nous nier. Nous souhaitons tout autant entrer en contact, en connexion, et pourtant, toujours nous nous retenions de sauter dans ce vide. Il aura fallu que l’un d’entre nous démontre par l’exemple combien entrer en relation les uns avec les autres était bénéfique, combien cela nous était salutaire. Alors timidement, nous nous sommes rapprochés, nous avons interagi, nous nous sommes respectés, certains d’entre nous se sont aimés. Nous avons formé communauté ouverte et fluide. Nous nous sommes assemblés pour faire ensemble un nouveau monde, mobile, protéiforme, composé de nous tous.

Perle Vallens

atelier « nous » avec Jane Sautière

Actualité·Au Diable Vauvert·écriture·les Avocats du Diable·poésie·prose·résidence d'écriture·vidéo·vidéo-poème·You Tube

La Laune, jour 11

Ce onzième vidéo-poème de résidence d’écriture à la Laune avec les avocats du diable/au diable vauvert, a été réalisé au retour de l’aéroport de Marignane, hier matin, aux alentours de 6h00. L’emploi du temps de ces derniers jours a engendré un léger décalage et la publication de deux vidéos aujourd’hui. Tentons un retour à la normale…

Actualité·Au Diable Vauvert·écriture·les Avocats du Diable·poésie·prose·résidence d'écriture·vidéo·vidéo-poème·You Tube

La Laune, jour 9

Ce neuvième vidéo-poème de résidence d’écriture à la Laune avec les avocats du diable/au diable vauvert, a été réalisé à l’aube entre éveil des animaux et bruits humains, à l’heure bleue. Il est un peu plus long que les jours précédents, parce que le suivant sera plus court (ce n’est évidemment pas la raison, vous vous en doutez bien). Totale impro, un peu plus réussi que d’autres fois, soit je m’améliore, soit je suis plus éveillée moi-même à 6h00 du matin !

Actualité·Au Diable Vauvert·écriture·les Avocats du Diable·poésie·prose·résidence d'écriture·vidéo·vidéo-poème·You Tube

La Laune, jour 5

Plus court montage vidéo et totale improvisation pour ce cinquième vidéo-poème de résidence La Laune, chez les avocats du diable/au diable vauvert, pour cause de journée de préparation/présentation/lecture à la médiathèque d’Aigues-Mortes, merci à Philippe Béranger et aux personnes présentes.