Actualité·écriture·concours littéraire·prose

Sélectionnée pour le prix Le Même (SFA)

Après une visite au centre hospitalier de Montfavet durant les Journées du Patrimoine, j’ai écrit un texte à mi-chemin entre l’histoire des asiles, leur architecture, et celle de l’hôpital, où plane la présence de Camille Claudel. Le texte reste certes un peu « scolaire », historique, mais s’entrecroise avec la voix d’une internée volontaire, dont n’est pas absente une amie d’écriture très présente au moment de la rédacton et qui se reconnaîtra dans ces lignes.

Le texte intitulé Marcher dans sa propre tête a été sélectionné pour le prix Le Même. Il n’est pas lauréat mais il a reçu les encouragements de la présidente du jury et à ce titre figure sur le site Internet de la Société Française d’Architecture. On peut le lire ici : https://sfarchi.org/prix-le-meme-2/
Je vous en souhaite bonne lecture.

NB Le prix Le Même sera remis ce jeudi soir à Paris. Je ne pourrai malheureusement pas être présente mais je remercie ici la présidente du jury, Julia Deck.

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·collectif·Revue littéraire & fanzine·revue Miroir

Rien ne frotte, et du neuf dans la revue Miroir

Comme chaque huitième du mois, la revue Miroir est parue avec un texte court dont le début est ci-dessous et qui se lit intégralement ici.
A noter que la revue s’enrichit d’un nouveau podcast mené par Benjamin Milazzo, après la saison 1, à laquelle j’ai eu l’honneur de participer, la saison 2, sur un modèle un peu différent, est attendu pour très bientôt. A suivre !

atelier Tiers Livre·écriture·photo négatif·poésie

Blanc

Blanc
où la trace s’enfonce
jusqu’à disparaître

s’ouvre un passage vers
espace à haute teneur
déracinée indéfinie frontière
entre l’avant et l’après

irréel
comme trop réel
évanoui

ce qu’il reste de violence en nous
éparpillée
impressions mortes
mais résurgence d’un souvenir

hypnose
sensation concentrationnaire
l’enfermement des mots
d’où rien ne surgit

chasse sur les terres
de personnes qui ne sont pas moi
à la recherche de l’autre
ce merveilleux

l’inconnu dérive
longues distances à parcourir
pour parvenir

là où l’amorce
la continuité flirte avec la discontinuité
en permanence

hameçonnée l’émotion
accrochée la transe
l’agencement sans pareil
inabouti certes
dansée l’instance
du semblable

un flottement
déraisonné flou
longiligne
dans la main tendue

l’étrange étrangeté se confronte
sans se confondre

en pluie tombés morceaux de moi
pièces d’un puzzle
pour un assemblage
plus grand

Perle Vallens

 

avec André Michaux

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Se taire

Ce que c’est que se taire, est-ce seulement ne rien dire ?
Celles qui se sont tues, est-ce parce qu’on les a fait se taire ? Aujourd’hui se tairaient-elles encore ?
Elles se taisaient peut-être parce qu’elles avaient de bonnes raisons. Ou peut-être étaient-ce de mauvaises. Bientôt, elles ne se tairont plus.


Nous aussi, comme elles on se taisait. Je me suis longtemps tue. Pourquoi ? Et toi, est-ce que tu te tais aussi ? Ou est-ce que tu parles ? Est-ce que tu oses parler ? Tes lèvres se sont descellées par je ne sais quel miracle. Car la parole est un miracle n’en doute pas. Même si parfois elle est aussi un mirage, un mensonge.


Quand on se tait, la vérité nous mord au sang. Notre vie nous échappe par les veines au lieu de se crier par la bouche. Je le sais car je l’ai vu. J’ai vu celle-ci obligée de se taire quand pleuvait les coups. La parole glissait quelque part en elle mais n’en sortait pas. Elle grossissait comme un cancer à l’intérieur parce qu’elle se taisait. Ça lui faisait comme un goitre, une grosseur. Ça la déformait. Une grimace sur son visage. Le silence n’est pas un apaisement, c’est une congestion.

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écriture·prose

La vieille automobile

La vieille automobile biplace décapotable ses roues si fines qu’on dirait jouet d’enfant et son chauffeur à casquette et belle moustache au-dessus du sourire belle allure dans son costume trois pièces et cravaté élégant présentation impeccable les mains fermes sur le volant véhicule prêt à démarrer dans l’attente d’un signal et son très jeune passager au regard qu’on dirait mélancolique ses cheveux très ras très blonds le col clair d’un vêtement à gros boutons d’où émergent les doigts fléchis paume posée sur la capote repliée quand à l’arrière sur ce qui semble être un siège de service où s’adosse un jeune homme portant veste d’étudiant et casquette tous deux siglés d’un écusson son visage flotte devant le feuillage et branches d’arbres d’un jardin qu’on pense parfaitement entretenu à tel point qu’on en vient à l’évidence du fait justement de ce jardin et l’apparence soignée des passagers du véhicule qu’il s’agit de membres d’une famille bourgeoise aujourd’hui disparue du moins en tant que bourgeois dont subsiste peut-être encore un esprit conservateur voire une âme passéiste chez des descendants sur lesquels plane une ombre de regret ou mélancolie à moins que rien de tout ça
Perle Vallens

(atelier sans ponctuation avec Claude Simon)

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Découragement

Maintenant je ne suis que ça : découragement.
Depuis la cage de mon squelette, le découragement résonne et sa voix est acouphène. Tu gémis, me dit-il. Tu ne fais que gémir, tu ne sais plus que ça. A la place tu devrais taire la douleur. Ta fatigue, donne-la moi, elle me nourrit. Contente-toi de toi. Le vide te restreint, c’est plus facile. Dis-toi que tu n’es rien, ça va passer. Contente-toi de cette patience à vivre car rien n’est jamais résolu. Contente-toi.
Mon découragement me décourage moins vite, moins longtemps si je lui abandonne le choix. Je me mets en veille, en retrait, je fais abstraction.
Tu vois, mon découragement, je gémis moins, c’est pour te faire taire.

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·photo négatif·poésie·prose

Absence

Rien ne frotte
Aucune étincelle d’aucun silex
aucune flamme ne naît des braises déjà soufflées
Le feu est là quelque part mais ne se réveille pas pour faire brûler
et ce qui ne brûle pas s’éteint

Rien ne murmure rien ne chante
la voix a disparu
la bouche de la voix a disparu
le visage de la bouche de la voix a disparu
Il n’y a plus de vent assez fort pour la porter

Il n’y a plus de marée pour me nourrir
plus de lumière pour me guider
dans l’horizon plus de montagnes à escalader
tout est plat à perte de vue

Il n’y a plus de chemin où poser mes pas
la route prévue a été coupée
chercher revient à ne pas trouver
se pencher dans le vide revient à tomber

Perle Vallens