photo couleur·poésie

Inflammable

Je plaide coupable de trafic
d’émotions de troc 
de sentiments rackettés
Ce n’est pas vraiment une affaire de fric
c’est pour gagner ma croûte hautement inflammable 
c’est pour garder mon regard grand augmenté 
de toutes les causes perdues dans lesquelles 
on verserait une nouvelle version de kérosène 
C’est une histoire de feu dans la main 
déployé en braises à chaque fois
pour chaque vie tisonner comme on touille 
Je les sauve pour plus tard 
pour avoir chaud dans mes hivers durables 
C’est pour dire du bien au mal du monde
C’est histoire de setup pour cogner à 
toutes les portes et qu’à leur tour
elles prennent feu 
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

Par la bouche

On se fait des histoires 
On prend des mesures qui apaisent
On partirait pour revenir 
Il y a des nœuds persistant dans tes cheveux 
Il y a des liens fortement tissés jadis 
ancrés dans l’esprit du cœur 
Le désir est matière à boucherie à sang chaud 
L’amour est de mèche te hachera la viande
bonne chasse et bon jus où tu baignes
L’amour est substance sèche
qui te sort par la bouche
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

là où je vais

là où je vais tu peux venir aussi
là où je vais on peut tous aller
aller à l’ouverture à la porosité
à se remplir dans les creux
à se déverser en vagues successives vers
à se répandre en ondes concentriques
en ondes radio et lumière
en voix diverses parfois subversives
et ce n’est pas grave
et toi aussi tu peux te disperser
dans tous les axes sans gps
tous les azimuts tous les désordres
du monde tous les horizons
se diffuser sans se répertorier
loin des censures et des souffles inversés
des courants contraires
la force qu’il faut tu peux la puiser
en toi-même ou dans les autres
cela te tire vers l’avant pour mieux traverser
sans regarder mais voir ce qui s’écoute
toucher ce qui s’entend
c’est l’invisible qui te tire le mieux
qui te vit cette source vibrante
en toi ce feu ces flots ondulatoires
toi aussi tu te laisseras dévorer et recracher
par les visages par les énigmes
qui nous devancent sans frapper à la porte
n’avertissent pas mais surgissent à l’improviste
et c’est là dans ce cœur battant des effets de surprise
que tu trouveras de quoi chérir de quoi chanter
toi aussi
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Passerelle du canal

De cette passerelle brumeuse qui surplombe
une rivière inconnue (qui n’est pas la Seine)
un cours d’eau sombre d’hiver
me revient celle éclatante
de bouquets de jeunes gens
de bribes étudiantes
de pleine joie jusqu’au bord
de cet air d’été
léger sans conséquence
ni certitude que souffle coupé
ce n’est pas le soleil acéré 
mais la lame de tes pas
quelle autre évidence
que sang qui déborde
ce n’est pas le fleuve
si ce n’est dans mes veines
si c’est pour défaillir
serait-ce dans tes bras
qu’enfin la bouche cueille
la première salive la saveur
de tes lèvres
que j’avais déjà bues
(mais seulement en rêve)
aveuglée je devine
ton désir à la voix
©Perle Vallens

Modèle photo·photo couleur·poésie

Dendrophile

modèle Perle Vallens – photographe Prax Lou

La main arbustive feuillette le vert
la verticalité tendue vers le ciel
tâte la nudité l’entre-deux du tronc
applique le symbole à la stabilité du torse
en tension le long du pseudo-thorax
exosquelette d’insecte branlant sur ses deux jambes
risque de casse toujours possible
d’une ossature trop frêle
pour être humaine
toujours crisse entre deux pas
toujours écarquillée l’estampe entre les cuisses
et le sourire de l’iliaque se brise
la fossette du coccyx à moins d’un baiser
sincère dans le bas des fesses

Arbre n’est pas pénis si stature phallique
j’attaque sa cime pour faire comme si
entrefeuille ses espaces vierges
sa verdeur déjà d’hier
suce l’écorce à défaut du fruit
pense l’à venir le sortir droit des branches
sa sève en dépose du suint
en caresse des aisselles
son tressaillement de feuilles
panse sa blessure son ouverture
ses fluides pleine gorge à boire
son jus de plein été
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

Ce qui s’énonce

ce qui est prononcé
est épicène
ne sait s’il se transmet
de mère en fille
ne sait si sa consonance
dit l’espace ou le tracé
du sentier que l’ossature
emprunte au cerveau
ne sait si le son flûte
entre l’esprit mâle et femelle
ne sait si la syntaxe exprime
le sexe ou la chair
ne sait si le phrasé autorise
la nudité s’il dénoue et dévoile
s’il dévisage le vrai nom des choses
ne sait si le mot conserve
son épicentre
sous la langue
©Perle Vallens