Emotion·photo couleur·poésie·prose

Fragments

fragment de rose©Perle Vallens

Pétales comme tessons, acérés de douceur, la sève descend dans la coupure rouge sang, le prolongement de l’humain. Tu la prends par la main pour l’accompagner dans sa courte vie. La rose à branchies respire dans et hors, derrière et devant, entrée dans ton être comme un double floral, l’étreinte serrée d’épines en profondeur.
Elle te dessine l’incertitude sur l’épaule gauche, une ébauche qui ne se termine jamais.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Ni pour ni contre

pleine lune©Perle Vallens

Réaliser qu’on fait plus ou moins la moitié du chemin chaque jour, que demain ressemble à hier, que le pour ne vaut pas toujours mieux que le contre, que le soleil est toujours la même boule de feu que la veille. Seule la lune change son profil à chaque insurrection. De gauche à droite, l’avatar en quartier nous sourit de travers jusqu’à éclosion totale. On peut compter sur elle pour pulser les minutes et souffler l’air au mois près. On peut entendre résonner sa musique circulaire, celle qui nous tourne autour et siffle à nos oreilles le silence de chaque nuit.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Gravitation

gravitation©Perle Vallens.jpg

La nuit tombe de tout son poids, lourd de son assurance, de son éternel retour.
La masse s’étend fluide et dense en chape sombre.
Elle installe son souffle noir, sa toile démesurée sur la chaleur des chambres, dessinent sur leurs murs des reflets flous, des signes de l’heure qui passe.
Elle brise de toute sa force les bruissements qui s’estompent puis s’arrêtent.
Alors, le silence pèse aussi, de son immensité de désert.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Petit déjeuner

mousse ©Perle Vallens.jpg

La fréquence de la respiration calquée sur l’air glacé, j’avance sans vraiment marcher, une lévitation en somme. Un semblant d’apesanteur, une fausse légèreté. Je reste au dessus du sol creusé de cavités, de rigoles dans lesquelles je ne tombe pas. La mousse me retient en suspension dans les airs, dans le recul de la mémoire, dans la traversée du jour d’après. La terre mouille, l’écorce coule, tout s’épanche autour. Je bois mon petit matin accrochée à des mots muets que seule l’aube sait encore prononcer.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·photo n&b·poésie

Ton Barnum

barnum©Perle Vallens

Un cirque s’est installé
la lanterne magique qui tourne
sur le parking de ton crâne
son lac nocturne sur l’auvent
juste pour refléter les étoiles

C’est sans compter le poil gris des bêtes
leurs crocs arrachés
une transhumance comme un manège
qui mêle les cris et les plaintes
le risque d’abandon n’est pas loin
sous les dos pelés

Et toi qui passes par là
tu regardes le dompteur de travers
le dézingueur à la chambrière
les brimades et les pleurs muets
la magie du cirque
disparue dans les plaies

Tu le sais, on l’a tous
notre combinaison intégrale
notre peau de léopard
trouée au fouet d’hier
rapiécée chaque jour
au crochet des nuits
sous l’auvent aux étoiles
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo couleur·poésie

Chasse-spleen

Grenade ©Perle Vallens

L’écorce écrasée entre les doigts éclate, coule, libère son jus. A cœur, crevé, éperdu de billes écarlates que la langue tendue récolte. La peau scintille, grain à grain piquée, à vif. L’effusion, le velours et le lin, la lie d’un autre temps qu’une aigreur surprend. La glue colle au palais, un repli sous la lèvre battante. Le sang attendu se répand, trace son stigmate, la plaie saillante rompue de la chair. Une blessure, sans gravité.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Brûlure

brûlure ©Perle Vallens

Brûlé par le soleil, balayé par le vent, grains à grains dispersés, envol de pétales, noircis au crépuscule, soufflés en peluches desséchés, la grâce d’un ciel au duel des yeux, la brisure des brumes craquelées sous les pas.
Combien arpentent encore ces terres ? Combien en reviennent les mains chargées ? Combien parsèment les chemins d’essaims et de semences ? Là où la vie conserve son apparence et la sève dans les veines, la bourbe tassée d’émois et d’années amassée, soulevée par les pieds lourds, la glue colle encore, humide et dense, des amours passées.
©Perle Vallens