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Barbaque

barbaque©Perle Vallens

Tourner sa viande dans sa cage comme pendu à son unique pan de vie, le billot qui maintient la chair droite, debout. Un flottement au crochet, l’échine branle d’avant en arrière. La tête oscille, dodeline, acquiesce, l’oeil cligne et pend la paupière dans l’attente d’un soubresaut, d’une giclée dans les veines. Une morsure dans la chair, un spasme vital. Dent pour dent, entamé avant extinction totale. Le corps balance dans l’attente du désir cannibale.
©Perle Vallens

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Autoportrait aux roses

autoportrait rosier©Perle Vallens

La fin de la nuit brille de sa dernière ombre, claque noir à pleine vitre. Je me vois dans ses yeux pleins qui portent les premières couleurs de l’aube. Elle m’offre le dessin d’un massif de roses, plissé dans le flou du reflet. Redouter la piqûre et le souffle lointain de l’arbuste. Se garder de toutes ses griffes tenues à distance. Visage absent, deviner les pétales sur mes joues comme autant de doigts de soie.
©Perle Vallens

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Temps mort

temps mort©Perle Vallens

Temps mort comme un cheval trop vieux. C’est une parenthèse blanche qui brûle les yeux, un aveuglement momentané, une césure dans une phrase. La voix s’éraille puis se tait. L’incertitude prise en tenaille entre deux instants. L’absence comme démence profonde, cachée. Ce qui ronge l’intérieur, très lentement, ne se ressent pas, ne se réalise pas, dort dans sa saumure, empoisonne doucement, de son venin de miel, du fiel de sa main.
Temps de rien et de doute. Temps d’autre âges, d’autres lieux qui toujours reviennent comme le chien à sa place. Temps que le vent n’emporte pas, qui stagne, eau croupie des heures, le marécage où s’englue le fil ininterrompu de l’ennui. Temps qui sale le ressac d’un coup de langue toujours recommencé. Toujours lèche, jamais ne s’arrête.
©Perle Vallens

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Tenir sa langue

langue©Perle Vallens

La langue rongée, mordue dedans la bouche vide sur la longue rangée des mots. La langue coupée du reste du monde.
La langue tombée si bas qu’elle ne dit plus rien. La langue court les rues désertes, le désarroi des îles.
La langue s’échoue loin des repères connus, se cogne contre des paroles convenues.
La langue salive à l’idée de l’autre, depuis longtemps l’oublié, l’esprit vague qui hante la gorge.
La langue captive rend ses armes de feu.
©Perle Vallens

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Se faire des idées

se faire des idées©Perle Vallens

Vous vous faites des idées. Des idées parasites qui s’installent durablement dans vos têtes, qui franchissent parfois le seuil de vos bouches.
Vous vous faites de drôles d’idées. Des idées fausses, des idées noires que personne ne sait blanchir. Il faudrait les laver à grande eau, à gros grain, les passer au karcher, les vouer au silence.
Vous vous faites des idées que personne ne sait dire, que tout le monde tait par peur des représailles. On le sait, les idées sont dangereuses, elles tournent comme des toupies en cercles vicieux, elles creusent des labyrinthes où nous nous perdons.
Vous vous faites des idées qui deviendrons les nôtres par esprit de conquête, elles prendront le pouvoir comme elles prennent la tête.
Je me fais des idées qui ne sont pas les vôtres, je les laisse s’envoler, libres et folles, éprises de liberté. Des idées pour les arbres et les oiseaux. Des idées pour habiller le ciel. Des idées autres pour ouvrir vos idées closes.
©Perle Vallens

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Le 23h17

nuit 23h17©Perle Vallens

La nuit de 23h17 ne passe pas.
C’est de ma faute aussi. J’ai manqué la nuit de 22h46.
Le sommeil reste au bord, ma tête posée sur les rails de mon lit.
Personne ne sait quand la nuit va passer. Personne ne sait s’il y aura une prochaine nuit.
Je crois que la grève est programmée pour ce soir. Le personnel de nuit s’absente. La lune s’éclipse. Seule l’obscurité est là, dont je ne sais quoi faire. Peindre au noir peut-être mes prochains rêves. Prendre de l’avance sur la prochaine nuit.
©Perle Vallens

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Credo

dav

Il y a des jours où nous arrivons difficilement jusqu’au soir.
Il y a des nuits qui nous laissent entrevoir un peu du lendemain.
Le noir nous dit que le meilleur est à venir. Nous y croyons comme on croit aux arbres qui poussent plein de lune au bout des bras. Nous y croyons comme on croit au vent qui se lève et balance avec un semblant de tendresse dans les branches. Nous y croyons comme on croit que la lumière renaît chaque matin, comme on croit que le jour tiendra des promesses jamais faites.
On croit avec obstination, les yeux pleins d’ombres, la bouche pleine de mots contenus, qu’on laissera échapper peu à peu pour croire encore.
©Perle Vallens

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Tranché net

tranché net©Perle Vallens

Ouvrir ses veines aux autres, aux virus, aux envies. La volonté vraie guide vers, comme un parfum insoupçonné, une volute d’insurrection, la petite chanson de la violence douce. C’est l’essence des révolutions, déshabiller l’ordre des choses. S’insurger contre soi-même, contre l’inertie de ce qui est encore vivant mais qui menace de s’éteindre. Innerver chaque parcelle de soi, chaque épaisseur engourdie, chaque feuille blême du livre. Ouvrir en grand chaque volet de sa maison, dans un grand battement qui secoue tes lignes de vie.
©Perle Vallens