Emotion·photo couleur·poésie·prose

Mauvaise herbe

 

mauvaise herbe©Perle Vallens
Photo Perle Vallens

Les pensées naissent prématurées. Elles sont de l’art pariétal non encore inscrit sur les murs.
Les murs, il faut d’abord les monter. Ils sont par terre. Ils se sont écroulés faute de pensées pour les faire tenir.
Les pensées sont le ciment pour faire tenir débout. Les pensées redressent. Elles donnent une stature. Elles sonnent juste seulement quand elles sont droites.
Parfois les pensées poussent de travers comme le chiendent dans le jardin. Il faut arracher les mauvaises pensées. Il faut les arracher une à une à la racine, dans le creux du sillon, à la source. Il faut les arracher à la naissance. Il faut les arracher d’un coup sec mais avec la tendresse qu’il sied pour toute pensée. C’est une question d’humanité envers toute pensée, même mauvaise, même si elle devient un mauvais rêve.
Il faut arracher les mauvaises pensées précisément parce qu’elles sont mauvaises. Le conseil est de les arracher avant qu’elle ne se ressèment, avant qu’elles n’essaiment les pires pensées.
Il convient de détacher chaque pistil avec précaution et de le vendre au plus offrant. Il y a toujours acquéreur de mauvaises pensées.
Il faut déraciner en conscience. Il faut extraire et déterrer toute trace de pensée. Il faut débroussailler tout l’espace jusqu’à l’espérance, faire place nette pour les meilleures intentions.
Surtout, il faut se boucher les oreilles pour échapper au cri déchirant des mauvaises pensées. Les pires pensées nourrissent les cauchemars de leurs cris.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Rêver, si seulement

rêver©Perle Vallens

Chacun est responsable de sa douleur. Chacun connaît les causes. Chacun se persuade du pire et du meilleur. Elle veille tard et se persuade que la nuit a une fin. Elle ne dort pas et se persuade que les insomnies naissent dans les lits, qu’il suffirait de s’allonger sous les étoiles pour gravir la pente des rêves. Elle se persuade que les rêves ont raison. Elle se persuade qu’en soulevant un rêve, on trouve quelque chose. Elle se demande ce que l’on peut voir depuis l’autre rive du rêve. L’erreur serait de ne pas rêver.
©Perle Vallens

 

Erotisme·photo couleur·poésie

Un cul qui parle (hommage à William Burroughs)

fesses©Perle Vallens
Série photographique Nourritures terrestres©Perle Vallens

Un cul comme une bouche
s’ouvre et se ferme
les mots au bord des lèvres
la belle jactance
l’exigence remâchée
pour se faire entendre
Le miel culier arrondi
aspiration en O
qui dit tout le bien
qu’on en pense
Le cul parle sa propre langue
de glandes molles
Le cul se dégoupille
la grenade pressante
et la détente
l’estomac dans les talons
goinfre de toutes les substances
l’absolue saturation
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Des nuages

des nuages©Perle Vallens

Le sac que je porte sur mon dos fait de moi une voyageuse. Il est lourd de tout ce qui a été vécu et s’alourdit toujours un peu plus. Chaque heure pèse davantage que chaque première année de vie. Chaque pas me coûte plus que le précédent. Il ne s’agit pas tant de fuir la mort que de l’affronter au milieu des nuages qu’il reste à parcourir. Chaque poème est un nouveau nuage à traverser pour atteindre l’inatteignable.
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Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Froid

Il a fait froid.
Le sommeil est tombé sur le versant ouest sans se relever. La nuit l’a surpris éveillé tout transi quand les oiseaux se sont tus.
Le vent a piaffé dans les feuillages. Au matin, le cœur s’était pris dans un gel de roc qu’il a fallu chauffer au feu rallumé.
La faim a trompé le froid. La soif a creusé loin, sans remblai, jusqu’au désir profond, grands rouleaux rallumés de brandons.
Alors, l’ébranlement dans l’ombre de la main du pas né du jour.
©Perle Vallens

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Forêt

forêt©Perle Vallens

La forêt est un corps. Un corps nu et rêche, rustique et fort, solide comme la souche première qui le fit forêt.
La forêt est un être autonome et autosuffisant.
La forêt n’a besoin de personne pour vivre.

Tous les animaux restent sur place, drive-in et déjeuner sur le pouce.
La forêt recycle elle-même ses déchets. Toute branche morte tombe, tout animal mort finira par s’enterrer de lui-même.
Tout ce qui grouille et fouille la terre retourne à la terre.

Tous les arbres poussent dans le même sens en se nourrissant de la même chose. De là, du bas, de l’intérieur du sol vient la vie. Et du ciel aussi. C’est pourquoi tous les arbres regardent dans la même direction. Ils attendent l’eau qui étanchera leur soif. C’est pourquoi ils s’étirent et poussent si haut. Il se dit qu’ils dansent avant l’orage, agitant leurs feuillages. C’est la danse de la pluie.
©Perle Vallens