
La couleur ne dit pas le crime/la main ne dit pas le geste/le possible se lit dans les lignes/rouges de la dévoration
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

La couleur ne dit pas le crime/la main ne dit pas le geste/le possible se lit dans les lignes/rouges de la dévoration
©Perle Vallens

Chacun est responsable de sa douleur. Chacun connaît les causes. Chacun se persuade du pire et du meilleur. Elle veille tard et se persuade que la nuit a une fin. Elle ne dort pas et se persuade que les insomnies naissent dans les lits, qu’il suffirait de s’allonger sous les étoiles pour gravir la pente des rêves. Elle se persuade que les rêves ont raison. Elle se persuade qu’en soulevant un rêve, on trouve quelque chose. Elle se demande ce que l’on peut voir depuis l’autre rive du rêve. L’erreur serait de ne pas rêver.
©Perle Vallens

Détacher les doigts de ses mains
dans l’ombre qui survient
gravée au mur du silence
La lampe tient parole
brûle l’opacité et rend
à toute chose sa transparence
avant disparition des lucioles
La lumière prend le large
de part et d’autre de la nuit
©Perle Vallens

Laisser en surface ce qui est fragile
qui surnage toujours
plus proche du corps
qu’on ne le croit
qui s’accroche au jour
comme une liane
entortillée aux apparences
à l’à-peu-près des images
que la vie donne à voir
©Perle Vallens

Un cul comme une bouche
s’ouvre et se ferme
les mots au bord des lèvres
la belle jactance
l’exigence remâchée
pour se faire entendre
Le miel culier arrondi
aspiration en O
qui dit tout le bien
qu’on en pense
Le cul parle sa propre langue
de glandes molles
Le cul se dégoupille
la grenade pressante
et la détente
l’estomac dans les talons
goinfre de toutes les substances
l’absolue saturation
©Perle Vallens

Le sac que je porte sur mon dos fait de moi une voyageuse. Il est lourd de tout ce qui a été vécu et s’alourdit toujours un peu plus. Chaque heure pèse davantage que chaque première année de vie. Chaque pas me coûte plus que le précédent. Il ne s’agit pas tant de fuir la mort que de l’affronter au milieu des nuages qu’il reste à parcourir. Chaque poème est un nouveau nuage à traverser pour atteindre l’inatteignable.
©Perle Vallens

Il a fait froid.
Le sommeil est tombé sur le versant ouest sans se relever. La nuit l’a surpris éveillé tout transi quand les oiseaux se sont tus.
Le vent a piaffé dans les feuillages. Au matin, le cœur s’était pris dans un gel de roc qu’il a fallu chauffer au feu rallumé.
La faim a trompé le froid. La soif a creusé loin, sans remblai, jusqu’au désir profond, grands rouleaux rallumés de brandons.
Alors, l’ébranlement dans l’ombre de la main du pas né du jour.
©Perle Vallens

La forêt est un corps. Un corps nu et rêche, rustique et fort, solide comme la souche première qui le fit forêt.
La forêt est un être autonome et autosuffisant.
La forêt n’a besoin de personne pour vivre.
Tous les animaux restent sur place, drive-in et déjeuner sur le pouce.
La forêt recycle elle-même ses déchets. Toute branche morte tombe, tout animal mort finira par s’enterrer de lui-même.
Tout ce qui grouille et fouille la terre retourne à la terre.
Tous les arbres poussent dans le même sens en se nourrissant de la même chose. De là, du bas, de l’intérieur du sol vient la vie. Et du ciel aussi. C’est pourquoi tous les arbres regardent dans la même direction. Ils attendent l’eau qui étanchera leur soif. C’est pourquoi ils s’étirent et poussent si haut. Il se dit qu’ils dansent avant l’orage, agitant leurs feuillages. C’est la danse de la pluie.
©Perle Vallens

Lente celle qui s’allège au soleil
toute sa lenteur comme seul éclat
l’étreinte de l’air est un appel
lent de perles éparpillées
lueurs pleine peau
dépliée de la caresse
épluchée dans la chaleur
celle qui s’alite à l’ombre
des amers
celle qui s’écosse dans
la lenteur
©Perle Vallens

Je vole des mots, je les mets dans ma bouche, je les mange encore mous, je les mâche, je les étire, je les allonge. Je les garde longtemps, je goûte le jus qui jaillit de leur son, j’agace les consonnes au passage, j’avale les voyelles, tant pis pour elles.
Les mots, je les torture un peu pour qu’ils parlent. Je les triture et les trifouille. Je les enroule au bout de la langue, je les fourre en boule, je les funambule sur le fil de salive. Ils se font mousser, ils font des bulles.
Les mots, je les moule dans mes mains, je les modèle à ma façon, je les mélange, je les empile. J’en fais une tour, une forteresse, des murs pour me protéger de l’extérieur. Je les tricote en écharpe, en laine âge pur, en agneau vierge pour soigner ma gorge.
Les mots, je les remue avant qu’ils ne meurent.
©Perle Vallens