Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Pommes pourries

Il est une flottaison continuelle du temps, l’écoulement inclassable qui ne permet pas la pleine possession des instants précieux.

La fabrique des jours ignore les appels, les efforts prévisibles, la précision des secondes. Elle se dilue, dévale les pentes, déplie le ciel..
Elle se défie des attentes, ignore le lendemain, réfute toute impatience. Pas d’affût, pas de démission. Le flou laisse la place à toutes les possibilités.

Le défilement des paysages se tissent de sol sec et d’humus, l’humide empreinte, les meurtrissures et les oraisons. Il se fiche des branches sur le passage, il s’effiloche dans l’ombre de pierres empochées. L’offrande de l’arbre effeuillé tombée au pieds..
Les pommes ont roulé et pourrissent d’un sourire à la terre.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Jour-nuit

Lorsqu’une lumière s’éteint, une autre s’allume. Lorsqu’une se voile, une autre s’évertue à naître. La naissance de la lumière est un petit prodige pour celui qui collectionne les prodiges. Un petit miracle pour celui qui croit aux miracles. C’est l’insensé de la lumière, que l’on coucherait bien sur la pellicule sensible, que l’on coucherait bien sur soi, une couverture de lumière. 
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

La mer scie

Le seul mouvement qui vaille, la vague. La mer avance et recule avec une constance qui force l’admiration, qui suscite l’effort repetitif. Avancer puis reculer pour mieux avancer, pour encore reculer. C’est la répétition, la même façon perpétuelle de continuer. Le ressac de chacun, ses échecs, les échappatoires, les reculades.
La mer ne se soucie de rien d’autre, elle avance et recule. Elle scie le temps en deux mouvements. 
Elle scie dans le vide de la vague qui se remplit aussitôt, elle avale le vide et se remet à scier. elle scie sans fin depuis si longtemps que le sens a été oublié. Personne ne sait, personne ne se souvient. 
La mer scie sans cesse dans la simplicité, elle scie dans l’insouciance. Elle passe et repasse sur les impatiences, elle les use à force, elle assure une certaine continuité des choses. Il n’y a qu’à suivre le mouvement.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·prose

Bon pied

Le pied se pose toujours au bon endroit, celui du nouveau pas, du bon passage, du passé au présent. Il se pose à la bonne place. Il tient son rôle. Il le connaît par cœur depuis le temps. Le pied connaît la leçon. Il connaît la chanson depuis qu’il a deux ans. La mélodie n’a pas changé. Il faut dérouler. Il faut chanter le déséquilibre provoqué, l’art de se rattraper, la maîtrise des orteils, l’assurance du talon. Le pied connait bien la marche à suivre.
Parfois, le pied aurait besoin d’une béquille, d’une semelle orthopédique pour réparer l’incertitude du pas. Le pied qui hésite renvoie à quelque chose d’ancien, quelque chose d’enfance. Le pied hésite à passer le cap, à passer le pas. Il hésite à s’aventurer. Il a sans doute peur de l’incertain, de l’à peu près. Le pied n’aime pas les surprises, ni les entorses. Il suppose qu’il peut rester encore un peu immobile avant de se poser plus loin. Il s’imagine que le chemin peut venir à lui. Le pied change d’avis en fonction de l’aspect de la route. Il a besoin d’un minimum de confort, d’un peu de confiance. Il a besoin d’assise et de stabilité, il a besoin de prendre une grande inspiration avant d’avancer.
Le pied n’avance pas masqué, il se pose franchement, bien à plat, ventre à terre. Finalement, il faut se jeter à l’eau sinon on fait du sur place.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Noyade autorisée

Elle fait la planche, elle fait la morte, elle fait le compte de ses années. Tout cela n’est pas si long, tout cela est peut-être un jeu.

Elle fait une offrande. Elle s’offrirait sans contrepartie pour un peu d’amour et de considération. Elle s’offrirait bien des vacances, très loin de toute réalité.

L’eau accueille ses cheveux. C’est déjà une offrande. C’est déjà un gage de bonne conduite. Les alevins votent pour. Les poissons se méfient. Ils restent toujours à l’écart, ils restent à l’ombre des rochers, ils restent en sous-marin, en sous-main des basses besognes.

Elle flotte en surface, ses cheveux coulent. Un jour, elle les coupera pour de bon.

Elle souffle par la bouche et le nez, elle souffre comme les animaux. Elle s’offre encore un peu tant qu’il fait jour.

Elle se baigne dans l’eau sale. L’eau de vaisselle, l’eau délavée, l’eau vaste qui sait la contient toute, l’eau qui sait l’emprisonner.

Un jour, elle se laissera baigner, laver de tout. Un jour, elle se noiera entièrement dans la vie.
©Perle Vallens

Emotion·Non classé·photo couleur·poésie·prose

Vitrage simple

vitre cassée©Perle Vallens

Qui du verre ou du visage absorbe le mieux la lumière, qui reflète le mieux les souvenirs ?
La transparence se jauge à l’œil grand ouvert. Elle se mesure au degré de réflexivité des ondes, par vagues successives, invisibles, inconsistantes. Les ondes noient le poisson. Les ondes boivent la tasse. Elles se voient dans l’œil en face.
Les ondes s’inquiètent de frapper la bonne surface. L’espace se fait mince entre la paroi et la pupille. Une lame  de rasoir qui couperait l’image en deux. Une pour toi, une pour moi. A chacun son souvenir. A chacun son sourire.
L’usure du regard trouble toujours un peu plus l’objet regardé, qui se fond, qui se fane. Il va bientôt disparaître.
Les vitres finissent toujours par se briser si le regard insiste.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Précipice

précipice©Perle Vallens

Elle souffle sur l’objectif pour faire vibrer les ondes, pour faire bouger l’image, pour la faire revivre. Temps de pose bien trop long pour que l’image reste nette. Temps de pose bien trop court pour y voir quelque chose d’intéressant.
Elle pénétrerait la lumière. Coup de boutoirs inaltérés lancés à grande vitesse. Bombardement avant obturation de la paupière. Basse lumière avant shot d’explosion. 1/8000 avant impact à même la peau. Les protons se bousculent dans le vestibule de la mémoire. Les particules gesticulent à mi chemin entre le rêve, le souvenir et la réalité. Finalement le flou est tout indiqué. Finalement, la pluie laisse des traces. Finalement, la carapace glisse plus bas à mesure que tu t’avances plus près.
Tout le monde le sait, au bord du précipice, la vue est plus belle.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Mauvaise herbe

 

mauvaise herbe©Perle Vallens
Photo Perle Vallens

Les pensées naissent prématurées. Elles sont de l’art pariétal non encore inscrit sur les murs.
Les murs, il faut d’abord les monter. Ils sont par terre. Ils se sont écroulés faute de pensées pour les faire tenir.
Les pensées sont le ciment pour faire tenir débout. Les pensées redressent. Elles donnent une stature. Elles sonnent juste seulement quand elles sont droites.
Parfois les pensées poussent de travers comme le chiendent dans le jardin. Il faut arracher les mauvaises pensées. Il faut les arracher une à une à la racine, dans le creux du sillon, à la source. Il faut les arracher à la naissance. Il faut les arracher d’un coup sec mais avec la tendresse qu’il sied pour toute pensée. C’est une question d’humanité envers toute pensée, même mauvaise, même si elle devient un mauvais rêve.
Il faut arracher les mauvaises pensées précisément parce qu’elles sont mauvaises. Le conseil est de les arracher avant qu’elle ne se ressèment, avant qu’elles n’essaiment les pires pensées.
Il convient de détacher chaque pistil avec précaution et de le vendre au plus offrant. Il y a toujours acquéreur de mauvaises pensées.
Il faut déraciner en conscience. Il faut extraire et déterrer toute trace de pensée. Il faut débroussailler tout l’espace jusqu’à l’espérance, faire place nette pour les meilleures intentions.
Surtout, il faut se boucher les oreilles pour échapper au cri déchirant des mauvaises pensées. Les pires pensées nourrissent les cauchemars de leurs cris.
©Perle Vallens