la nuit sécable en strates étage au corps son vestibule trop long d’ogresse la nuit ramasse-étoiles fondue ralentie s’efface sa pellicule à prise rapide figée dans son noir se dévide vertébrale la nuit poids mort de caresse molle son pesant d’or son silence lourd sur mes paupières la nuit sa matière sèche sa densité ses profondeurs ce déplacement d’air d’obscurité ce trou noir qui nous aspire tombée dedans comme lorsque j’étais petite Perle Vallens
Tu étais cet animal libre agitant son museau sa chevelure comme une fourrure qui gagnait du terrain sur le jour à l’heure des grandes chevauchées le sommet nous attendait
Tu étais alors la première de cordée et ton propre filin d’acier du ciel qui s’agrippait à la lumière et te poussait vers l’avant c’est ce qui me tirait ta force faite mienne
Tu étais la croisée des chemins par laquelle on échange nos âges la croix tracée sur la poitrine et la bannière qui hèle sœurs et mère qui fait tenir bon sur les sentes escarpées
Tu étais la crosse des fougères qui se déroule dans le plein soleil de ta jeunesse à laquelle je m’accroche tu galopais caprine dans les prés et moi redevenue chevreau
A la lune pleine dont tu fus l’éclat tu as chanté et dansé dans l’ardeur tiède tu étais la course des constellations qui s’est arrimée à ma taille c’était toi ma ceinture d’Orion
Quand nous nous sommes assises tu as été la quiétude de mon front tu as été dans le flot noir de la nuit la lumière qui m’a épinglée papillon mon cœur à ta boutonnière Perle Vallens
Pierres roulent tombent s’arrachent s’effritent. Pierres affleurant à la surface. Pierres empilées, enfoncées sous mon pied qui s’attarde. Pierres terrassées par les érosions. Monceau de pierres, cimetière minéral, pierres cachées dans les profondeurs, sous la glaise humide, grouillant sous les lombrics. Remue-ménage de pierres, comme vives, s’agitant au-dessous. Pierres ensevelies, sédimentées, couche successive d’âges. Pierres recouvertes par les mers, pierres surgies du passé. Pierres fossiles d’autres temps. Pierres encore là après des milliers d’années. Volcaniques, granitiques recrachées dans les laves, de basalte, pierres nées de magma, pierres métamorphes. Silex, éclats de météorite, pierres tombées d’on ne sait où, pierres venues des étoiles. Pierres survivantes, pierres nomades en longue caravane a dévalé ses pentes. Celles qui voguent, suivent le cours des fleuves, pierres voyageuses. Qui pour deviner leur route, quel trajet elles ont emprunté, qui pour voir dans leurs empreintes le sillage, qui pour y retracer un visage. La pierre, je la suce et par la salive, elle me dit ce que je ne sais pas encore d’elle. Pierre acide, crayeuse, ferrugineuse, pierre à digestion rapide de son histoire. Pierre diseuse de ses aventures. Sous la langue me parle de ses ères, de la terre. Pierre de calcaire, d’argile, de grès, silice et marne. Eboulis et poussières, pierres réduites en miettes. Pierre née des carrières, pierre creusée dans la roche, la mère, l’originelle. Pierre blanche, rose, marbrée de vert ou de bleu, pierre scintillante, brûlée au soleil, perlée d’eau de rivière, pierre plate à ricochets. Pierre enfouie dans le sable à l’heure des marée. Pierre roulée et polie, pierre à arête tranchante, pierre à angle droit, pierre à feux, à frottements, pierre douce à caresser. Pierre qui chante ses secrets. Perle Vallens
à l’heure des premières fois j’ai l’air d’une porte ouverte aux foudres qui font trembler le ciel je ne crains pas les ouragans je les ai tant rêvés qu’ils me veulent tendre captive qu’ils me voient devenue à la fois lave et vent épelés tous mes noms secrets de ceux qui récoltent les tempêtes Perle Vallens
des trous creusés par l’enfance on a trouvé l’entrée des signes à la craie pour s’enfoncer on s’y infiltre sans crainte on a effacé la peur de notre champ de vision à l’intérieur on a trouvé de quoi réchauffer le dehors trois fois rien de feu qui restait pour brûler un ciel engourdi Perle Vallens
cheveux de cervidé ayant perdu ses bois et son instinct sent pousser quelque chose qui ne perce rien que la lassitude de rester coincé dans ses sabots dans ses sentiers battus dans ses aspérités bipèdes Perle Vallens