atelier Laura Vazquez·photo n&b·poésie

L’odeur de la lumière

Il faut toujours l’odeur de la lumière
saveur plus vaste comme illimitée
pour me guider à reculons dans
l’enfance
à travers le geste rond et délicat
surgit le souvenir aiguisé
la déchirure donc où se cherche
et se trouve quelque chose qui ressemble
à une fragilité
sur le point de s’ouvrir
s’offre fleur virale
dans le même caractère de turgescence
que ma jeunesse encore vive sous la peau

Elles ont teinte et dents fauves
les années lourdes qui vident
éventrée tripes à l’air
cet air pourtant qui me porte
a laissé passer éclaircie
une brèche au ciel couché
sa découpe horizontale
une zébrure sur une joue
selon le modèle toujours en vogue
d’un désir porté en visière

A l’air qui m’entoure se mêle une voix
déchirée
une chute annoncée pour qui n’a pas le caractère d’enfants sages
sur le noir qui monte aux yeux
ce qui tremble est
contorsion de l’esprit
Quelle différence y a-t-il entre craintif et peureux
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Mue

Tiraille desséchée la couche
superflue plisse se limite
sa durée de vie
Va savoir ce qui berce dessous
Va savoir

Vue imprenable sur les traces
ses dépouilles crevassées dansent
en surface décimées
Va savoir ce qui perce dessous
Va savoir

Fleuve noyé des veines
dégorge organes blessés
dégantés de quelle crue
Va savoir ce qui caresse dessous
Va savoir

Compte sur la force
Énergie brute se renouvelle
Vivifiée : métamorphose
Va savoir ce qui sonne dessous
Va savoir

Perle Vallens

(sur contraintes : thème mue sans utiliser le mot peau/forme épiphore (finir ses vers par même mot/groupe de mots)

photo n&b·photo-poème·poésie

Acharnement thérapeutique

j’entretiens des relations
anonymes sous couvert d’identité difficile
à conjuguer
calquée sur leurs noms factices

tous mes prétextes sont bons pour entretenir
un irréel de compétition
jusqu’à la nausée
jusqu’à vider ma bouche trop pleine de théories
qui alimentent les rumeurs
d’évasions humorales

je flanche sur des épaules
mal consolidées
je vais en voies d’acharnement thérapeutique
eux déchantent d’avoir conquis trop vite
leur droit du sol
ces maladies du cœur mal soignées
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Bruits blancs

ce tralala de bruits blancs
de faux cris de vrais effets spéciaux
garantis 100% percussion
oubli progressif du corps
un peu de rouge sur la pellicule
un peu marbrée le temps de perdre
la notion de
le temps de perdre son temps
le scénario ne se renouvelle pas
ce qui se loge dans le ventre
se laisse distancer balancelle
où mes feuillages florissants
mes froufrous de peau
les seules prisons choisies
se frottent à la hanche
ce qui pointe de fruit
rien de défendu ou tout
je me déchire en deux mais rien
ne me remplit
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Ronger

Tu ronges depuis le bord externe de l’ongle, taillant, épointant, limant l’irrégularité que tu as toi même créée. Il faut retrouver la forme ovale, harmonieuse, l’arrondi que tu t’appliques à rectifier, il faut éliminer les défauts, les découpes de travers, les départs à l’oblique. Le son crisse, celui de tes dents qui entament et mordillent. Le son te remonte dans l’os de la mâchoire jusqu’à celui du tympan, créée une caisse de résonance, son marteau, ses crispations.Tu ébarbes, tu rognes les petites peaux, les cuticules, tu tires dessus avec les dents puis tu replies les doigts à l’intérieur de la paume. Tu observes, tu détailles chaque progression, les dimensions rétrécies, tu sais que dans peu de temps, ce sera trop tard, que tu ne pourras plus rien faire ni poser un vernis ni même des faux ongles, il n’y aura plus assez de surface pour une manucure de secours. Tu arracheras ce qui subsiste de crasse sentimentale sous la cornée. Tu racleras, tu suceras, ravalant chaque mot perdu sous le bombé blanc, la lunule encore vierge de ta rage et buvant les dernières paroles, le suc planqué sous la rainure. Après, tu t’attaqueras à la chair, détachant de petits morceaux, d’infimes éclats de peau, d’insignifiantes parcelles du territoire, du pourtour de l’ongle, parfois jusqu’au sang. C’est à la première tache laissée sur ta manche que tu te diras qu’il faut que tu arrêtes cette détestable manie, ce geste compulsif, ronger tes ongles jusqu’à l’os.
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b

Le geste

Elle s’arme et le bras s’abat
coup bref
coup sec           net
le son mat 
le geste sûr 
sans coup férir 
le poignet ferme ne s’affaisse pas 
première entaille soulève 
de l’armature la chair 
exsangue         si blanche
translucide
la lame glisse le long
se faufile dessous 
affine définit la direction de l’acier
(l’affûtage est un autre geste) 
nul obstacle ne vient interrompre
il faut de la force et de la délicatesse 
la main assure la prise 
dans le changement de destination 
la matière brute sa métamorphose 
Elle alors 
sa proie végétale  
tranche débite hache émince
assène
coup sur coup
son office essuie
coup final 
le tranchant du couteau
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Une foule

Sur les talus, dans les prairies, il y a un enchevêtrement végétal qui s’enracine, s’agrandit, conquiert. Dans le vert il y a foule.

Celle qui envahit terrains vagues et bord de route, là où le sol se donne trop de peine et s’épuise.
Celle qui rampe, se ramifie, rhizome n’est pas poison pour révéler la gravité d’une terre trop limoneuse.
Celle qui vole, ses aigrettes parsemée par champs, s’essaime et se reproduit plus vite que le vent qui les entraîne.
Celle qui se plante épineuse dans la pulpe du doigt mais inflorescences bleutées, capitules et ombelles, disséminent ses charmes à grande distance.
Celle qui court par stolons rases campagnes illuminées de son or.
Celle qui se propage, ligneuse, vigueur de jeunes plantules jaillissantes, aiguillonnent acérées les chairs griffées rougies de leur sang et du jus de son fruit d’été.
Celle qui lancéolée, ses feuilles en rosettes, disperse ses graines aux oiseaux, et son mucilage dans les gorges.
Celle qui se hisse à l’assaut, grimpante assidue, ses attraits rosés et mellifères.
Celle qui, ses feuilles basales, pétiolées, sa progression pionnière en bordure des fossés, assure la procure de la glèbe.
Celle qui goûte les friches, fructifie de cœurs renversés ou petites bourses de qualité hémostatique.
Celle qui éclate ses capsules, se disperse en sous-bois, son port tapissant s’ombrageant, rougeâtre, et sa saveur, sure.
Celle qui s’étale, s’enfourrage, le sort garanti au nombre de folioles, dentées, la morsure du destin pour capturer la bonne fortune.
Perle Vallens